Et si ce qui vous freine était en réalité ce qui vous propulse ?
Ning An a quitté Pékin à 22 ans sans parler un mot de français, avec un passé de bègue sévère et une licence en automatisation qu’il n’avait jamais vraiment travaillée. Aujourd’hui, il est facilitateur agile, expert en dynamiques de groupe et il prend la parole en public avec une fluidité qui déstabilise ceux qui le connaissent depuis longtemps.
Dans cet épisode de Change & Chill, Ning revient sur un parcours aussi inattendu qu’inspirant : l’enfant unique de Pékin élevé dans une liberté rare pour sa génération, qui choisit de fuir l’ordinaire plutôt que de le subir. Un stage en usine, la chemise trempée d’un inconnu dont il ne verra jamais le visage et une décision qui change tout.
On explore ensemble :
Un épisode sur le courage de faire différemment, la puissance de l’acceptation, et la manière dont les contraintes les plus intimes peuvent devenir nos compétences les plus précieuses.
Introduction et origine du prénom « Antoine » 00:00:33
Parcours personnel et origines chinoises 00:02:04
Décision de quitter la Chine pour une vie différente 00:02:21
Apprentissage du français et arrivée en France 00:10:40
Bégaiement sévère durant l’enfance et l’adolescence 00:16:03
Découverte de la prise de parole publique comme solution 00:19:29
Retour du bégaiement en France et gestion du stress linguistique 00:24:04
Prise de conscience : le bégaiement comme « croyance limitante » 00:26:52
Transition professionnelle vers l’agilité et la facilitation 00:31:11
Compétences relationnelles développées grâce au bégaiement 00:32:11
Vision du changement comme « mal pour un bien » 00:50:35
Sources de bonheur personnel 00:53:52
Olivier My 00:05
– Bienvenue sur Change & Chill, le podcast où l’on parle de changement simplement. Je suis Olivier My et avec mes invités, nous explorons comment le changement peut être une force positive dans nos vies. Des histoires inspirantes avec une touche de légèreté. Bienvenue dans ce nouvel épisode de Change & Chill où j’ai le plaisir d’accueillir Ning An. Salut Ning, comment ça va ?
Ning An 00:30
– Bonjour, salut, salut Olivier, ça va très bien ?
Olivier My 00:33
– Super. Une question avant de démarrer tout ça, c’est vrai que quand on s’est rencontrés, tu m’as dit voilà moi je m’appelle Ning An et en fait je voyais un Antoine passer. Oui. Mais du coup donc il y a une histoire derrière ça ou pas ? Parce qu’à chaque fois je me posais la question mais je t’appelle de la bonne manière ou pas ?
Ning An 00:48
– Oui, du coup c’est un prénom qu’on m’a donné un professeur du français.
Olivier My 00:53
– Ok.
Ning An 00:54
– Du coup j’utilise… avant de venir en France. J’ai appris des cours en français pendant trois mois. Le premier cours, le professeur est venu. Il est venu avec une liste des prénoms type français. En France, ce n’est pas le pire. Ce n’est pas le pire parce qu’il y a des prénoms des générations de mes parents genre Didier, Christophe. C’est d’autres générations.
Olivier My 01:21
– On salue tous les Didier et tous les Christophe néanmoins.
Ning An 01:23
– C’est ça. Et après, pourquoi il a choisi Antoine ? Parce que mon nom est Anne. Il y a Antoine, je me trouve sacrole. Donc c’est pour ça qu’il a choisi Antoine. Après, tout ce qu’il a, quand je m’inscris sur Gmail et tout ça, comme vous le savez, les prénoms chinois sont assez courts. Souvent, toutes ces adresses ont été prises. Dans ce cas-là, il a mis Antoine, donc c’est pour ça. Il y a beaucoup de gens qui m’appellent Antoine aujourd’hui. Ok.
Olivier My 01:51
– D’accord. Donc il y a des gens qui t’appellent Antoine ?
Ning An 01:53
– Oui.
Olivier My 01:54
– Ok. Justement, vu que tu l’abordes, ce sera aussi une manière de te présenter. Tu l’as évoqué, donc tu es d’origine chinoise. Et je vais te laisser un peu d’espace pour nous dire un peu plus de qui tu es.
Ning An 02:04
– Oui, cette année, je vais avoir 40 ans.
Olivier My 02:07
– Félicitations.
Ning An 02:08
– Voilà, donc aujourd’hui, je suis papa de deux petites filles. Et je suis venu en France à mes 22 ans. Je suis né à Pékin. Du coup, enfant unique.
Olivier My 02:20
– Oui, ok.
Ning An 02:21
– Et donc j’ai fini ma licence à Pékin, j’ai vu ma vie à Pékin. Et après, au bout d’un moment, je me dis, je ne voulais pas une vie ordinaire. C’est-à-dire, je voulais quelque chose de différent par rapport aux autres. Donc ça, ça m’a poussé un peu pour voir ailleurs.
Olivier My 02:40
– D’accord, et ça, ça t’est venu quand ?
Ning An 02:41
– C’est venu il y a 21 ans.
Olivier My 02:43
– 21 ans. Oui.
Ning An 02:44
– Tout juste avant la fin de ma licence.
Olivier My 02:46
– Ok, et c’est une licence en quoi ?
Ning An 02:48
– Ils sont en automatisation.
Olivier My 02:50
– Automatisation, donc tu étais déjà dans les sciences.
Ning An 02:53
– Ouais.
Olivier My 02:53
– Et qu’est-ce qui t’a amené à te dire, j’ai envie d’avoir une vie différente ? Parce qu’en Chine, il y a quand même quelque chose de très collectif, avec des directions qui sont probablement un petit peu orientées. Qu’est-ce qui, toi, t’a fait te dire, bah tiens, j’ai envie de faire différemment des autres ?
Ning An 03:07
– Je pense que ça vient d’une part.
Olivier My 03:09
– Ouais.
Ning An 03:10
– Je vois comment mes parents, ils vivent leur vie, à mes 21 ans, à mes 20 ans. Je voyais déjà plus ou moins ce que je vais vivre dans les 10 ans, dans les 20 ans, dans les 30 ans à venir. C’est ça qui m’a fait peur. Je me dis que la vie est courte, autant en profiter avec les moyens qu’on a. Mais après, c’est aussi quelque chose qui vient de mon enfance. Je n’aime pas trop tout ce qui est ordinaire. Tout le monde le fait, je veux le faire comme les autres. Ça m’ennuie, ça me gêne. Il y a toujours un côté, j’aimerais être un peu différent aux autres.
Olivier My 03:47
– Ce qui est d’ailleurs marrant, parce que culturellement parlant, être différent, ce n’est pas ce qui est recherché.
Ning An 03:52
– C’est ça. Je pense que ça vient de l’éducation de mes parents. Dans ma génération, je suis un enfant qui a eu beaucoup, beaucoup de liberté. Même trop. Dans la famille… Ils disent, patient, t’as eu trop de liberté, t’as eu le droit de faire ça.
Olivier My 04:09
– T’as des exemples justement de ce qui apparaît comme étant une liberté que d’autres n’avaient pas ?
Ning An 04:13
– Une liberté, ça pourrait être typiquement dans les études. Mes parents, plutôt, ils ont tendance à me laisser faire ce que je voulais. Typiquement, il y a des très bien en maths, en physique, tout ce qui est chinois, anglais, c’est pas très bon. À aucun moment… Ils m’ont dit, Bastian, il faut que tu prennes plus de temps pour tout ce qui n’était pas très bon, pour avoir un bon score. On m’a plutôt laissé la liberté. Après, au final, ça marche plutôt bien. Est-ce qu’il y a d’autres histoires ? C’est pendant les vacances scolaires, je peux faire des activités que je voulais. Versus les autres. Les autres, c’est plutôt Bastian, on va t’inscrire dans un cours supplémentaire pendant les vacances. Donc il n’y a pas eu… tous ces contrôles. qui est imposée par mes parents, même au final, je me suis inscrit au cours, mais ça vient de moi.
Olivier My 05:10
– Oui, c’est ça la différence. Une initiative de ta part.
Ning An 05:13
– Oui. Du coup, je ne sais pas si au final, mes parents sont réussis, responsabilisés, parce qu’au final, j’ai été au cours. J’ai été au cours comme les autres. Mais c’est justement ça vient de moi, ça ne vient pas d’eux.
Olivier My 05:26
– Ils ont créé un environnement qui t’ont fait prendre des décisions en partant de toi et pas forcément imposées par eux.
Ning An 05:32
– Oui. D’ailleurs, il faut que je pose la question à mes parents. C’est des bons coachs alors. Ouais.
Olivier My 05:40
– Non mais super. Et du coup, autour de 20 ans, tu te dis, il faut que je fasse quelque chose de différent. Qu’est-ce qui t’amène en France ?
Ning An 05:47
– Parce que simplement, pendant ma licence, automatisation, ce n’est pas quelque chose que j’aime bien. Je ne sais pas ce que c’est en fait. Le moment équivalent quand je passe au bac en chinois, mon choix, c’est informatique. Moi, je n’aime que ça. Les autres, ça ne m’intéresse pas. Et après, comme je n’ai pas eu un score très élevé, du coup, je n’ai pas eu cette spécialité. Donc, on m’a envoyé dans la même école, mais automatisation. Du coup, c’est pour ça, pendant quatre ans, parce que la licence, le cycle, c’est quatre ans en Chine, je n’ai pas vraiment travaillé. C’est-à-dire, les cours, bon, j’étais là, j’étais pas là. Souvent, j’étais pas trop là.
Olivier My 06:26
– On peut se le dire maintenant.
Ning An 06:27
– Et les examens bon je suis assez fort pour assez fort. C’est aussi un peu malin pour arriver à les avoir à la fin. Après la pluie, je pars du temps, je passe mon temps sur le terrain de basket. C’est le basket que j’aime beaucoup. Je joue tous les jours au basket.
Olivier My 06:45
– Toujours maintenant ou ?
Ning An 06:46
– Maintenant un peu moins, avec mes genoux, un peu avec le temps qui ne me permettra plus de trop faire ça.
Olivier My 06:53
– Mais les gens ne le voient pas, mais effectivement tu es particulièrement grand. Pour un Asiatique, effectivement, tu es particulièrement grand.
Ning An 07:01
– Oui.
Olivier My 07:01
– C’est quoi déjà ta taille du coup ? 1m86.
Ning An 07:05
– Je le considère comme une anomalie. Parce que mes parents sont très petits. Ma mère est 1m56. Mon père 1m70. C’est très valide. C’est le seul dans la famille qui est grand.
Olivier My 07:20
– C’est vraiment une anomalie. On parle d’anomalie, mais c’est juste une différence. Du coup, tu as déjà une différence au sein de ta famille.
Ning An 07:26
– C’est ça.
Olivier My 07:27
– Et donc ? Tu disais, donc automatisation, ce n’est pas trop ta passion et tu passais du temps à faire du basket. Et du coup, qu’est-ce qui t’amène encore en France ? Parce que là, on est resté sur la partie automatisation. Le basket, ok, c’est très bien d’utiliser les compétences que l’on a et le physique que l’on a.
Ning An 07:42
– Ouais.
Olivier My 07:43
– Mais du coup, ça ne nous envoie pas encore à l’étranger.
Ning An 07:46
– Ouais, parce qu’au bout d’un moment, je me suis rendu compte que je n’ai pas travaillé, que ce n’est pas bien. Il faut travailler pour avoir des choses meilleures. Bah tiens, il y a aussi une raison… C’est peut-être ça qui m’a repoussé. Parce que j’ai fait un stage la dernière année de ma licence. C’est un stage dans une usine de fabrication d’un composant. Donc c’est assez impressionnant. Il y a une scène, même aujourd’hui, je me rappelle très bien. C’est le premier jour, parce qu’on est en couple. Il y a des tuteurs qui nous ont fait inviter pour faire une visite. Du coup, on est dans les usines. Donc là, je voyais, il y a un monsieur. que je ne vois que son dos.
Olivier My 08:28
– Ah ouais, ok. Mais parce qu’il te tourne le dos ?
Ning An 08:30
– Parce qu’il est en train de manipuler une machine très lourde. Et la scène, elle est assez impressionnante parce que son dos, la chemise, elle est complètement mouillée.
Olivier My 08:43
– Ok.
Ning An 08:44
– C’est impressionnant, c’est un travail à la main qui dure. Donc, je n’ai pas vu son visage, mais à travers de son dos, et surtout la chemise mouillée en plein dédé, avec un effet. 40 degrés, il n’y a pas de clim. Ça m’a un peu choqué. Ça m’a un peu sorti de ma tête, on va dire scolaire et tout. Bon, il y a toujours les parents qui nous protègent. Tout ça, à un moment donné, ça m’a choqué. Juste de voir à quel point son travail n’est pas évident, il est dur pour lui. Et aussi le fait de ne pas voir son visage, ça donne encore une image plus forte, je trouve. Ici, on voit une personne lambda. tout mouillé et il fait un travail lourd, répétitif parce que je vois son geste en gros il y a trois parties il met une sorte de fil métal dans un endroit et après dans un autre endroit c’est à ce moment là je me dis bon bah Ninh.
Olivier My 09:38
– Faut peut-être que tu fasses quelque chose qui te permette de ne pas avoir à faire ça dans le futur ou c’est… un peu ça c’est un peu ça ouais donc ça ça a été déclencheur de ok il faut que je fasse autre chose que je crée un chemin qui potentiellement sera meilleure pour moi. Et du coup, qu’est-ce qui t’envoie du côté de la France ? Parce qu’encore une fois, autour de la Chine, il y a plein d’autres endroits aussi. Et puis, peut-être ça aurait pu être les Etats-Unis aussi. Enfin, tu vois, il y a plein d’autres endroits.
Ning An 10:06
– La réalité, c’était, bon, comme je n’avais pas travaillé, il n’y avait pas le bon score, il n’y avait pas la bonne note universitaire. Mon anglais n’était pas très bon. Du coup, tous ceux qui payaient anglophone, je ne pouvais pas. Je ne pouvais pas quitter à apprendre un an, apprendre anglais et tout ça. Donc, pour moi, c’était hors de question que je m’enferme pendant un an pour quelque chose. À la fin, je ne suis même pas sûr que je pourrais y aller. c’est là où il me s’est renseigné où il m’a dit que T’aller en France, c’est plutôt, entre guillemets, simple.
Olivier My 10:39
– Ah ouais ? Ok.
Ning An 10:40
– C’est-à-dire rapide. C’est-à-dire, il suffit d’apprendre le français pendant trois mois pour passer un examen qui s’appelle TELF, je crois, qui est assez simple. Et après, en plus, c’est pas cher.
Olivier My 10:52
– Ok.
Ning An 10:52
– C’est pas cher parce que ça fait partie des critères. C’est comme, je n’ai pas travaillé pendant quatre ans. Je ne vais pas demander à mes parents pour dire, il faut payer cher pour que je parte. Oui, je comprends. Du coup, le prix, comment il y a ? tout ce qui est le CAF, enfin, beaucoup de… Des aides. Des aides, du coup, relativement, c’est beaucoup moins cher. Et du coup, parce que c’est un peu le seul pays qui répond à tous mes critères.
Olivier My 11:18
– Ok. Mais du coup, à l’époque, tu ne parlais pas français ?
Ning An 11:21
– Non.
Olivier My 11:22
– Et donc, on te dit, tu peux apprendre le français en trois mois et puis du coup, ça te facilite pour entrer forcément dans le pays. Et apprendre le français, c’est comment alors ? Quand on ne connaît pas du début et qu’on est chinois.
Ning An 11:34
– C’est intense, parce que déjà trois mois, ce n’est pas le cours normal. Oui, c’est intense. C’est intense, c’est pour que je parte.
Olivier My 11:43
– Oui.
Ning An 11:44
– Du coup, c’est un peu différent. Je me rappelle bien la première semaine, après le début du cours, je fais beaucoup de rêves dans la nuit. Et le rêve, c’est qu’il y a beaucoup de sons, des prononciations bizarres qui m’entourent. Mais la première semaine, c’était ultra intense. C’est même entourant, j’entends des sons bizarres. Des sons qui ne sont pas les miens. Oui, oui. C’est, voilà. Et après, c’est les trois mois de travail intense pour avoir une base très basique du français. Même ça, une fois arrivé en France, c’est largement insuffisant.
Olivier My 12:21
– Tu te rends compte de la complexité après quand tu parles avec quelqu’un ?
Ning An 12:25
– C’est ça. Lors de mon arrivée en France, la première chose, c’est quoi ? On va aller faire des courses pour chercher de l’eau. pour eux, voilà, donc… J’ai demandé à monsieur, il n’a pas réussi à me faire comprendre que je cherchais un supermarché. Donc c’était insuffisant, mais en revanche c’était ultra intéressant. C’est quand on arrive dans un endroit où on n’arrive pas à se faire comprendre, ça change tout. Et c’est intéressant parce qu’il y a un côté jeunesse, on veut des choses différentes. Parce que c’est aujourd’hui, à 40 ans, je me trouve dans un endroit où j’ai du mal à me faire comprendre. je vais avoir du mal à 22 ans je trouve ultra intéressant ok ce que tu dis je ne comprends pas et ce que je dis tu ne me comprends pas comment je vais me débrouiller je le trouve super intéressant comme expérience comme expérience c’est pas ordinaire ouais bah du coup ça répond à ton besoin de faire différemment et c’est vrai que le fait d’être étranger ça te crée une expérience plutôt positive.
Olivier My 13:28
– Au sens il y a de la curiosité tu vois de dire comment est-ce que je me débrouille avec ce que j’ai Merci. pour atteindre mes objectifs qui est de me faire comprendre ou d’interagir avec les gens.
Ning An 13:35
– Oh, c’est ça.
Olivier My 13:37
– Et du coup, comment est-ce que tu… Parce que là, tu nous parlais en France pour chercher de l’eau. Mais du coup, le moment où tu pars de Chine, la décision, elle se fait comment ?
Ning An 13:47
– Pour moi, c’est un choix. C’est un choix que je vais aller dans l’inconnu. Simplement, il correspond à mes besoins. Je n’ai pas l’impression que c’est une décision tellement naturelle. qui me dit, tiens, je cherche quelque chose de différent. Là, je l’ai. Du coup, je pars. Je pars, je verrai pour la suite. C’est vrai que tu n’avais pas un job.
Olivier My 14:12
– Tu n’avais rien de particulier, au-delà de te dire, je pars dans un pays qui s’avère être la France, et puis après, je me débrouillerai là-bas.
Ning An 14:19
– C’est ça. De toute façon, il a dû avoir trois ans d’études. Il y aurait le temps. Donc.
Olivier My 14:25
– Tu pars pour les études ? Oui. Et du coup, ces études-là, c’est quoi comme études ?
Ning An 14:30
– J’étais à Tours. Polytech tourne précisément en informatique.
Olivier My 14:34
– Du coup, tu as pu avoir l’informatique que tu voulais.
Ning An 14:36
– J’ai vu vraiment. C’est vrai, je n’en ai pas parlé. C’est aussi un critère ultra important. Ce choix-là, ça me permet d’apprendre l’informatique. C’est quelque chose qui vient de mon père. Je crois que quand j’avais 6 ans, 7 ans, il m’a ramené déjà dans son bureau avec le début d’un ordinateur de petite taille de taper toutes les lignes de commande. du coup L’informatique, c’est quelque chose que je voulais comprendre. Comment ça marche ? C’est ça qui m’a passionné.
Olivier My 15:06
– C’est marrant quand même tout ce qu’on peut réussir à transmettre juste par des petites expériences. Parce que du coup, il y a vraiment deux choses que tu évoques. Il y a effectivement cette expérience avec ton père qui t’a donné la passion ou la curiosité de l’informatique. Puis tu nous as raconté cet épisode avec la personne dans l’usine qui t’a déclenché une décision opposée. Mais le cas échéant, c’est vraiment des histoires qui sont intéressantes. Et je voulais appuyer sur un point parce que du coup, c’est en te réécoutant parler où effectivement, on pourrait… se dire que l’accent que tu as quand tu parles est strictement celui que tu as créé avec le chinois. Mais en réalité, il n’y a pas que ça. Et ça, je l’ai découvert il n’y a pas si longtemps quand tu me disais que la prise de parole était un sujet pour toi. Est-ce que du coup, tu peux nous en dire un peu plus ?
Ning An 15:52
– Oui. Aujourd’hui, je suis un peg invisible. Quand j’étais petit, entre 10 ans jusqu’à à peu près 13 ans, 15 ans, j’ai eu un bégayement sévère. C’est-à-dire Typiquement, parler, c’était ultra compliqué pour moi. Typiquement, en classe, on me dit « Tiens, Ning, tu lis ce texte-là » , que je n’arrivais pas. C’est-à-dire, je péquais. Je péquais énormément. C’est-à-dire, je répète le premier mot du texte jusqu’à dix fois, vingt fois, et je n’arrive pas à enchaîner la suite. Si je fais un exemple aujourd’hui, si je dis « Je m’appelle Ning » , le pèquement, ça veut dire… je m’appelle Ning c’était un peu ça ça peut être vraiment long ça peut être vraiment long et plus long c’est plus le stress monte pour toi ?
Olivier My 16:55
– Pour moi parce que ça monte chez les autres aussi je pense ouais chez les autres aussi en tout cas chez toi tu sens c’est intéressant d’avoir aussi ce regard là parce que du coup quand on est de l’extérieur on voit juste le blocage mais du coup c’est-à-dire que chez toi tu sens qu’il y a quelque chose qui n’arrive pas à sortir c’est ça.
Ning An 17:11
– C’est intéressant là il y a deux types de blocage chez moi le premier c’est aujourd’hui j’en ai beaucoup moins, c’est effectivement la répétition du premier mot et après pour pouvoir enchaîner les autres enfin le reste du texte donc là aujourd’hui c’est bon c’est assez invisible et après le deuxième c’est il y a certaines prononciations que j’ai du mal à sortir que je Merci. Aujourd’hui, il y a une petite liste dans ma tête.
Olivier My 17:38
– C’est vrai ?
Ning An 17:38
– Oui. Et après, quand on parlait, on sait à peu près toujours à l’avance les deux, trois mots suivants que je vais prononcer. Du coup, plus j’arrive vers la prononciation du mot en question, plus le stress monte.
Olivier My 17:53
– Oui, d’accord.
Ning An 17:53
– Parce que je vois que ça arrive.
Olivier My 17:55
– Oui, là, ça va être compliqué.
Ning An 17:56
– Ça va être compliqué. Du coup, là, il y a le stress qui monte. Voilà. Et après, quand j’arrive… Ce mot-là en question, typiquement tous les mots qui commencent en français par X, j’ai du mal. Le mot que j’avais… Ça va.
Olivier My 18:12
– Xylophone, tu ne vas pas l’utiliser tout le temps. Non.
Ning An 18:14
– Surtout ce qui est le mot extraction.
Olivier My 18:17
– Ah, X au sens sonorité, pas forcément le X de la lettre. Ouais, ouais.
Ning An 18:20
– Exposition, c’est le mot qui nécessite beaucoup d’efforts. Du coup, pendant plusieurs années, j’ai eu ce paiement sévère. Après, on sait très bien quand on est allé à l’école, Quand on est petit, on aime bien se moquer des gens.
Olivier My 18:34
– En tout cas, est-ce qu’on aime bien ? Je ne sais pas. Mais en tout cas, les gens le font.
Ning An 18:38
– Ouais, ça donne du fun. Du coup, il y a beaucoup de surnoms. Il faut dire, je suis un bêgue. Ce n’est pas forcément évitant, le début. Et après, je ne sais pas pourquoi, naturellement, au fond de moi, ma réaction à ça, c’est je veux le combattre, ce péquement. C’est là où, en classe, on avait une autoparade. professeur du chinois il a un moment de session de prise de parole tournant pour tous les élèves donc là c’est quoi c’est collège c’est collège vers 13 ans 13 ans ouais c’est ça du coup je me rappelle même aujourd’hui c’était ultra stressant pour moi déjà la prise de parole de base c’est stressant c’est compliqué et là je me mets à la place de la professeure devant tout le monde en Chine la classe est plutôt 40 ou 50 personnes 3 à 50 personnes qui me regardent Et après, je parle à ce sujet. Du coup, à l’époque, j’aime bien l’histoire de trois royaumes. Donc, c’est le sujet qu’il a choisi. Du coup, le jour J, il a fait ma présentation. Et après, bizarrement, je n’ai pas vraiment piqué.
Olivier My 19:46
– Ok, donc là, tu as une expérience stressante qui te met en disposition ou c’est censé te mettre en difficulté. Et étonnamment, c’est fluide.
Ning An 19:55
– Ouais, c’est fluide. À ce moment-là, je n’ai pas compris pourquoi. Mais par contre, j’ai commencé à aimer de faire des séances de la prise de parole. Parce que typiquement, on a du mal à parler au quotidien. Mais à tout moment, je pouvais parler normalement, même devant tout le monde. Il y a un côté déjà, j’arrive à m’exprimer. Il y a un côté, une fierté. Vous voyez, je parlais normalement. À ce moment-là, je n’ai pas compris pourquoi. Mais par contre, j’ai dit à la professeure, à chaque fois, parce qu’en gros, chaque session, il y a cinq élèves, ça tourne. Et du coup, je suis devenu élève permanent. C’est-à-dire, à chaque fois…
Olivier My 20:37
– Il y en a toujours un, c’est Nini.
Ning An 20:38
– Il y en a toujours un, c’est moi. Et je raconte des histoires de trois royaumes sans vraiment de préparation. Donc, c’est vraiment de façon impro. Pendant 15 minutes, voire 30 minutes.
Olivier My 20:50
– Oui, quand même. C’est quand même des prises de parole qui sont conséquentes.
Ning An 20:53
– Oui, c’est ça. Du coup, je ne me suis pas rendu compte à ce moment-là. Pour moi, c’était un jeu. C’était à la fierté. J’ai bien aimé. Et voilà. Récemment, donc là on va revenir, j’ai fait une présentation par rapport à mon péquement l’année dernière. Donc j’ai pris quelques temps à étudier et pourquoi je ne péquais pas quand je suis devant tout le monde. Enfin quand je suis devant des gens. Apparemment, ce n’est pas le même circuit cerveau qu’on utilise. Les gens disent que quand on chante, on ne pèque pas. C’est vrai que même si je ne chante pas beaucoup, je n’ai jamais péqué en chantant. Ça ne m’est pas arrivé. Même une personne qui a dit… C’est vrai qu’il y a beaucoup de gens, ils bagbaguent, ils font des présentations, une prise de parole publique, voilà. Parce que simplement, ce n’est pas le même circuit. Donc ça, ça m’a permis de comprendre pourquoi et comment j’ai vu ce passé. Mais par contre, avec cette découverte par le passé qui m’a permis de faire beaucoup de sessions de prise de parole publique, qui a effacé la peur de prise de parole depuis 20 ans. C’est même aujourd’hui quand j’en parle. tout le monde, j’aime bien, je bague pas je suis content et je cherche beaucoup t’as le sourire quand tu parles de ça ouais ouais et justement quand tu faisais ces sessions à l’époque donc t’as 13-15 ans.
Olivier My 22:13
– Tu as vécu un passé où beaucoup de gens se moquaient de toi parce que tu étais bègue cette première fois où tu l’as fait cette prise de parole où tu es fluide c’est quoi les retours des gens ? parce que toi ça a été une surprise, une fierté déjà mais les gens qui n’ont pas l’habitude de t’entendre fluide comme ça ?
Ning An 22:29
– Je me rappelle plus Merci. J’étais tellement dans un pull. Se content de ce que j’ai fait, ça suffit. Les autres, déjà, ils se moquent de moi. Il n’y a pas de problème avec ça. Mais déjà, est-ce que ceux qui disent que je fais bien ou pas bien, au final, ça m’écale. Déjà, le fait d’être content et satisfait de ce qu’on fait nous-mêmes, c’est déjà très bien.
Olivier My 22:51
– Donc toi, tu étais déjà satisfait juste de toi. Et puis, tu n’as pas forcément gardé en tête ce que les gens avaient pu te dire par la suite. Oui.
Ning An 22:57
– Oui.
Olivier My 22:57
– Je comprends. Et ça, c’est une belle expérience parce que ça montre quand même que le contexte amène à des résultats différents. Parce que tu disais qu’effectivement, il y a une notion de circuit neuronal potentiellement qui fait la différence. Mais du coup, ça, donc tu as une expérience autour de 13-15 ans. Tu as toute l’expérience que tu nous as racontée par la suite où tu arrives en France. Donc, tu bégais un peu en France quand même ?
Ning An 23:19
– Oui, je bégais même plus.
Olivier My 23:21
– Plus en France ?
Ning An 23:22
– Oui. Sachant que quand j’arrive à mes 18 ans, je ne paie pas. déjà beaucoup moins.
Olivier My 23:29
– Il y a une progression.
Ning An 23:29
– Il y a une progression. Du coup, le bégayement, à ce moment-là, il est devenu invisible. C’est-à-dire, ça peut être ignoré. Ça peut être une personne qui pète une ou deux fois sur deux ou trois mots, ça arrive. C’est devenu quelque chose d’invisible. Avec le temps, je pense, tout ce qui… J’arrive à mieux gérer mon stress. Il y a beaucoup de choses, je pense, ça a été pour qu’il devienne moins visible. Et après, lorsque mon arrivée en France, typiquement, il y a plus, quand on s’exprime, il y a plus de facteurs. Déjà, je parle une langue qui n’est pas la mienne. Déjà, ça ajoute une complexité. Ça change beaucoup de mécanismes, je pense. C’est pas la même logique en plus. C’est pas la même logique. En parlant, il faut trouver les mots, trouver les grammaires. C’est pas ce que… ou imparfaits. Il y a beaucoup de choses qu’il faut qu’on… Le cerveau, il travaille bien.
Olivier My 24:24
– Oui, ça, j’imagine.
Ning An 24:25
– Comme tu as compris, ce n’est pas mon point fort. Du coup, ça ajoute une complexité de fou.
Olivier My 24:30
– Oui.
Ning An 24:30
– Du coup, lorsque mon arrivée en France et je commence à péquer, moins sévère qu’avant, mais c’est revenu. Typiquement, je pense comme tout le monde, quand on est dans un pays où on parle une langue qui n’est pas la nôtre, quand on parlait, on est un peu stressé. On a peur. Est-ce qu’on a bien prononcé ? Est-ce que j’ai utilisé le bon mot ? Est-ce que la personne qui est en face de moi arrive à me comprendre ? Et surtout, on regarde le visage de la personne, la réaction, il me suit ou pas ? Du coup, il faut analyser tout ça en même temps. Ce qui fait que, du coup, simplement, c’est revenu. Au quotidien, les premières années, j’avais du mal. J’avais du mal à me faire comprendre pas que lire mon livre français. D’ailleurs, il y a le bégayement.
Olivier My 25:19
– Donc, la combinaison de tout ça fait que la première année, il y a des choses qui reviennent au sens bégayement. Tu disais, parce qu’il y a le stress en plus, il y a la nouvelle langue. Mais au final, tu tiens quand même le coup. Tu continues. Est-ce qu’il y a des choses que tu essaies de mettre en place pour que ça progresse ? Ou est-ce que c’est quelque chose qui se fait dans le temps ?
Ning An 25:38
– Plutôt qu’il se fait dans le temps. Après, j’avais une croyance limitée. Le périmètre, comme il vit avec moi depuis des années, je le vois comme un ami qui est avec moi. On vit ensemble, je ne peux pas trop le débarrasser. Il est là.
Olivier My 25:55
– C’est une colloque de longue durée.
Ning An 25:56
– Oui. D’ailleurs, récemment… Donc là, on va y revenir. Donc j’ai compris que c’était une croyance limitée.
Olivier My 26:03
– Oui. Mais effectivement, ce qui est intéressant dans ce que tu racontes, c’est que, alors je ne sais pas si c’est l’idée ou pas, mais en tout cas, la manière dont tu le vis, c’est l’idée, c’est de ne pas l’éliminer complètement, mais c’est d’accepter qu’il est là, il ou elle, d’ailleurs, j’en sais rien. Mais en tout cas, qu’il y a une présence qui est à côté de toi et comment est-ce que tu fais avec ? Et potentiellement, je ne sais pas, mais peut-être que tu y as vu une opportunité derrière aussi. Qui dit croyance, en fait, c’est limitante, généralement.
Ning An 26:28
– Oui. Alors, en parlant de cette croyance limitante, effectivement, justement, le moment où j’ai préparé ma présentation par rapport à mon paiement, d’un côté, je regarde les vidéos, les articles concernant le paiement sur Internet, et après, en parallèle, j’ai interrogé les gens qui me connaissent bien.
Olivier My 26:52
– Ah, qui te connaissent bien, d’accord. Oui.
Ning An 26:53
– Qui me connaissent bien. Je pose la question, bah tiens… Tu vois, je suis un peg. Et comment tu me vois ? Comment tu vois mon péquement ? Et après, la réponse, c’était hallucinant.
Olivier My 27:05
– Ah ouais ?
Ning An 27:05
– Si on me demande, comment ça Ning, t’es peg ? Non, tu parles normalement. Même du coup, je dis, c’est pas possible. Du coup, j’ai commencé à leur faire des simulations. Bah tiens, tu vois, à tel moment même, là, ils sont en train de t’en parler. Là, je péquais sur le premier mot, t’as pas fait attention. Non, c’est normal. Du coup, la réponse a été hallucinante. Et après, à tel point, je ne crois pas. Du coup, finalement, j’ai posé la même question à ma femme.
Olivier My 27:30
– Oui, qui elle te connaît encore mieux normalement.
Ning An 27:32
– Qu’on aime bien.
Olivier My 27:33
– Du coup, tu as rencontré en France.
Ning An 27:35
– En France, c’est une chinoise aussi. Et après, on aimerait bien faire des choses entre nous. Donc, c’est normal.
Olivier My 27:43
– On va dire que des fois, le hasard fait bien les choses.
Ning An 27:46
– Oui, oui, voilà. Du coup, c’est la même réponse de ma femme. Timon, j’ai jamais… apporter ce sujet avec elle.
Olivier My 27:54
– Ok, d’accord.
Ning An 27:55
– Depuis le temps qu’on vit ensemble, le moment où j’ai apporté, elle a répondu, non, t’es pas peigne. Du coup, il y a à peu près un an, où j’ai 5-6 personnes, voire plus, il y a personne qui m’a considéré comme un peigne. Même au fond de moi, à chaque mot, à chaque phrase que je sors, je me dis, attention, on ne peigne pas et tout. Mais au final, c’est une croyance limitée, parce que les autres, ils ne voient pas ça. coup Pendant une ou deux semaines, je n’étais pas très bien parce que j’ai perdu mon ami.
Olivier My 28:24
– Oui, je comprends.
Ning An 28:25
– Parce qu’on m’a dit, c’est ça. Du coup, mon ami, au final, il est là ou il n’est pas là ? Il est vivant avec moi ou pas ? Pendant une semaine, je n’étais pas très bien. Je me pose beaucoup de questions. Et c’est là où le déclencheur pour la suite d’une amélioration de la prise de parole. Typiquement, je parle pour moi de la prise de parole qui me bloquait. Le plus, c’est qu’il y a ce pèguement où je réfléchis beaucoup en parlant pour voir si la personne en face de moi me comprend ou pas, en regardant le visage. Au jour de tout ça, je fais de moins en moins. J’ai surtout à avoir une confiance pour dire que les autres ne me considèrent pas comme un pègue. Ils ne font pas forcément des efforts pour me comprendre. J’arrive à m’exprimer parfaitement, paisément. Et rien que ça, d’avoir formulé une croyance. positive que je lis tous les jours, tous les matins, pour voir une amélioration assez visible de ma prise de parole.
Olivier My 29:25
– C’est ce qui fait que aujourd’hui, on est là l’un avec l’autre. C’est qu’effectivement, même quand tu me l’avais dit, moi-même, ça m’avait étonné. Je me suis dit en fait, ce n’est pas que son accent parce que du coup, moi, j’ai aussi l’habitude des accents asiatiques différents et je me suis dit, ça ne me choquait pas plus que ça. Et effectivement, quand on commence après à y faire attention, on peut le voir. Mais si tu ne le montres pas, on ne le voit pas. Toi, ton ami était bien caché derrière toi. Oui. Et du coup, tu disais, tu avais une ou deux semaines où tu avais l’impression d’avoir perdu ton ami. Et tu l’as retrouvé ?
Ning An 29:57
– Je pense qu’il est là. Et après, je le gère bien.
Olivier My 30:00
– Donc, c’est une belle relation que vous avez maintenant.
Ning An 30:02
– C’est une belle relation. Et c’est aussi un ami qui, bon, ça peut me mettre en difficulté, mais c’est aussi un ami qui m’a beaucoup aidé dans tout ce qui le courage. Parce que quand il y a un côté bégayement, tout le monde se moque de moi, c’est obligé d’être plus solide envers ce qu’ils disent des autres. C’est obligé de faire plus d’efforts pour montrer que je pouvais faire des choses. Donc il y a un côté, on m’a mis… D’un côté, en difficulté sur plein de sujets. Et grâce à tout ça, il m’a permis de construire quelque chose que les autres peut-être n’ont pas.
Olivier My 30:43
– Ça a renforcé certaines compétences chez toi. Quoi qu’il arrive, oui. Effectivement. Ce qui est intéressant, c’est que tu as décidé d’aller dans des études d’informatique. Informatique où au final, tu parles surtout à une machine initialement. Mais tu ne t’es pas arrêté là. et c’est ce que je trouve être aussi le plus… pas impressionnant, c’est que tu es allé dans un domaine par la suite qui s’avérait être beaucoup plus interactionnel, donc plus conversationnel.
Ning An 31:08
– Oui.
Olivier My 31:09
– Comment s’est fait ce passage-là ?
Ning An 31:11
– Il y a plusieurs facteurs. Le premier, c’est que j’ai fini mes études, j’ai fait mon stage en tant qu’audit valable. Après, j’ai fait trois ans de développement. Après, je me suis rendu compte que je n’étais pas très bon.
Olivier My 31:25
– Je connais ça.
Ning An 31:26
– Je n’étais pas très bon. J’arrive à me débrouiller au travail, après j’étais pas très bon. Et à peu près au même moment, dans l’entreprise où j’ai travaillé, ils ont commencé à l’introduire Agilité. C’est un peu Agilité, un peu bancal, mais voilà, il y a le Scrum, Gambon, StoryPoint et tout, je trouve ça intéressant. Et du coup, naturellement, je me dirigeais. Après, à ce moment-là, j’étais déjà responsable d’une équipe.
Olivier My 31:55
– Ok.
Ning An 31:56
– Le sujet qui m’intéresse. Il y a aussi quelque chose, grâce à mon ami, que j’estime assez fort de mon côté, c’est le relationnel. Typiquement, j’arrive facilement à analyser la relation. Et pourquoi c’est mon ami qui m’a permis de voir ça ? C’est déjà pendant des années, quand je parle, je regarde comment les autres y réagissent. Quand on me visage, parce que j’étais obligé pour comprendre, est-ce qu’il m’a compris ?
Olivier My 32:25
– Oui, tout à fait. Donc tu es forcément plus à l’écoute globalement de la personne, c’est-à-dire pas juste ses mots, mais aussi ses réactions et son langage envergne.
Ning An 32:34
– Et comme je suis à cause de mon ami, et surtout après mon enfance, je sais que pour avoir le même débit que les autres, des Français natifs, ce n’est pas possible. Parce qu’à 22 ans, c’est à peu près tard. Si on arrive à 16 ans, à peu près, on arrive à parler une langue comme les autres. Mais c’est trop tard. Du coup, naturellement, je parle moins que les autres. dans les études, au travail et tout. Mais le fait de rien que parler moins, ça m’a permis d’avoir le temps et aussi la capacité de voir comment les autres se comportent, comment ils s’en parlent. C’est quelque chose qui est tellement naturel pour moi. Pour moi, ce n’est pas une analyse. Parce que je fais ça tout le temps. Je regarde la personne en face de moi. Aujourd’hui, le fait d’agilité et tout, c’est une compétence ultra importante pour ce métier-là. Du coup, pour résumer, c’est un côté développement qui n’était pas très bon. Après, j’ai eu l’opportunité de travailler sur tous les sujets d’adélité. Et après, il y a d’un côté quelque chose qui me colle, que ça ne me demande pas beaucoup d’efforts pour comprendre.
Olivier My 33:39
– Donc, il y a une compétence que tu as développée depuis que tu es tout petit, grâce ou à cause de ton ami. Et au final, il y a une sorte de convergence, finalement des signaux qui font rentrer dans le monde. De la facilitation, de la dynamique de groupe, de tous ces éléments-là, finalement, pourquoi pas ?
Ning An 33:57
– C’est ça. C’est typiquement aujourd’hui les feedbacks que j’ai eus souvent. C’est assez bon dans l’écoute, c’est assez bon dans la facilitation, surtout la posture passe. Et la reformulation, pour être sûr que j’ai bien compris. Du coup, mon ami, ça ne m’a pas mis déjà à préparer le terrain. Après, entre-temps, il y a des techniques à apprendre. Mais après, c’est quelque chose que je fais à l’aise.
Olivier My 34:23
– Il y avait un terreau qui était déjà fertile, juste de par l’histoire par laquelle tu es passé. Et effectivement, ce qui est intéressant, c’est que dans ce genre de métier-là, il y a plein de profils différents. Il y a les profils qui, au final, parlent beaucoup pour créer de la relation, mais du coup, qui prennent beaucoup de place. Et de ton côté, malgré le fait que tu prennes de l’espace au sens où tu es grand, en fait, tu réussis à, en créant le vide de l’espace, tu sais, de non-parole que tu prends, qui en fait fait partie à la fois de ton histoire et puis de tes envies, ça te permet de pouvoir écouter et de pouvoir orienter plus facilement. Donc ça c’est aussi des choses qui sont intéressantes en termes de compétences parce que du coup si on se focalise que sur e-baguette, etc. c’est comme si on te créait un… J’ai des images à l’école, tu sais, je ne sais pas si vous aviez ça vous en Chine, mais il y avait les bons points et les mauvais points. Je ne sais pas si vous aviez ça.
Ning An 35:15
– Non.
Olivier My 35:15
– Parce que moi, je me rappelle, c’est en primaire, on avait ça et puis au bout de dix bons points, j’avais une image.
Ning An 35:19
– Oui.
Olivier My 35:20
– Oui, bon, c’est un truc comme ça. Mais c’est comme si en fait, le fait que tu aies ce bégaiement, c’était un mauvais point pour toi et on ne devait voir que ce point noir chez toi. Alors qu’en réalité, c’est pour ça que je disais, le bégaiement ou tout élément en fait qui apparaît négatif sous un certain angle est une opportunité. aussi de créer quelque chose d’autre. Et toi, aujourd’hui, de ce que j’entends, tu as réussi à utiliser cet ami. D’ailleurs, c’est intéressant que tu l’appelles un ami. Ça pourrait très bien être un ennemi pour le coup, qui t’empêche de faire comme les autres. Mais vu que tu n’as jamais voulu faire comme les autres, de ce que j’entends, aujourd’hui, tu l’as utilisé comme étant une opportunité de écouter, façonner la capacité relationnelle que tu as, de mettre en relation les gens, et puis de pouvoir échanger avec les gens d’une autre manière.
Ning An 36:02
– Oui. D’ailleurs, Mon ami, c’est un cas concret et ça m’a permis aussi de voir des difficultés dans un sens plus global différemment. C’est-à-dire que c’est plus simple pour moi de mieux raisonner les difficultés. Dans le moment où je n’étais pas très bien, où il y a des difficultés, il y a toujours tendance de lister à côté, patient, quelles sont les opportunités. Si je reformule la difficulté en ajoutant « j’ai eu la chance de ma difficulté » , Je finis toujours par trouver… deux, trois opportunités ultra intéressantes. C’est aussi à travers ça que je rationalise mieux la difficulté qui m’aide au quotidien pour avoir le courage, pour aussi être posé, pour voir le bon côté, le mauvais côté. Donc, mon ami, ça a aussi changé le mécanisme de ma réflexion en cas de difficulté.
Olivier My 36:55
– Et je trouve que c’est la beauté de la chose, c’est-à-dire que la notion de est-ce que quelque chose est bien, est-ce que quelque chose est mal, C’est quelque chose qui a été quand même normalisé par la société, de par les chemins qu’on prend d’une manière usuelle. Le fait de réussir à trouver l’opportunité derrière une difficulté, c’est fondamental pour pouvoir rebondir, surtout dans les écosystèmes dans lesquels on est. Et j’imagine en tout cas que ce sont des choses que tu vas partager à tes filles, cette capacité justement à rebondir et avoir les opportunités.
Ning An 37:25
– Pas encore, elles ont trois ans et deux mois.
Olivier My 37:29
– Tu vas attendre un peu.
Ning An 37:30
– Je vais attendre un peu. Et après, je pense que naturellement, c’est une valeur qui va être transmise, comme les valeurs que j’ai reçues de mes parents. Je ne suis pas sûr, ils ont failli se prêter pour me transmettre quoi que ce soit et à travers des comportements, de ce qu’on dit, ce qu’on fait, j’espère que ça va être transmis.
Olivier My 37:48
– Oui, en tout cas, on le verra dans le futur. Et donc, tu es dans ce métier-là aujourd’hui où tu crées des interactions pour aider finalement les équipes à être plus performantes, si je résume aussi aujourd’hui.
Ning An 37:58
– C’est ça.
Olivier My 37:59
– Et du coup, il y a un an… à peu près maintenant, on interagit ensemble et puis tu me disais tiens la prise de parole c’est un truc que j’ai envie de faire plus donc à l’époque je savais pas que tu en avais déjà fait dans le passé dans ton enfance etc et du coup je me rappelle encore où tu me disais ouais moi la prise de parole c’est plutôt dans 2-3 ans etc et puis moi je t’avais dit je pense que dans quelques mois ça va être ça va être le cas et ce qui est assez intéressant c’est que 6 mois après, donc l’année dernière effectivement, on se réunit avec un groupe de personnes Merci. Et on te propose de faire une sorte de prise de parole improvisée, qui a choqué tout le monde. Parce que du coup, effectivement, quand tu nous as dit que tu étais bègue ou que tu as évoqué le sujet aux personnes, c’est quelque chose qui ne s’est pas ressenti. Et la question que j’avais, c’est cette prise de parole-là. Donc maintenant, dans l’histoire que tu nous as racontée, c’est quelque chose que tu avais déjà fait dans le passé, le fait de faire un peu une impro comme ça. Mais comment est-ce que tu l’as préparée ? Si tant est que tu l’avais préparée d’ailleurs.
Ning An 38:55
– Cette prise de parole, il est plus ou moins… Un pro, oui, comme tu dis. À vrai dire, je ne l’ai pas vraiment préparé. Entre-temps, je croisais Alpen, qui m’a accroché un peu sur ce sujet-là. Ce que j’avais en tête, c’est parler lentement. Et il n’y avait que ça. Le fait de parler lentement, mon cerveau n’est plus posé, il est calme, c’est effluide. Les idées, ça me vient dans l’ordre. Je les ai transformées en phrases. Et c’était ça. C’était simplement parler lentement et surtout plus lentement qu’on pensait. Il faut encore chercher, mettre le pari à très haut pour avoir quelque chose que je voulais vraiment.
Olivier My 39:38
– Donc si tu avais des conseils pour des gens qui voudraient prendre la parole, à minima, c’est parler lentement.
Ning An 39:45
– Il y a aussi un côté de légitimité. Il y a une phrase que j’aime bien de Je crois que c’est Christophe…
Olivier My 39:56
– Kéven ?
Ning An 39:57
– Oui, qu’il a dit grâce… On va revenir au programme d’Ansel. Je crois qu’il a dit… Tous les sujets ont été dits. sur LinkedIn. Ah, au Christophe Chen alors. Oui, Christophe Chen.
Olivier My 40:09
– Beaucoup trop de Christophe. Oui.
Ning An 40:10
– Voilà. Et tous les sujets ont été traités. Mais par contre, aucun sujet a été traité de sa propre façon. Il a vraiment aimé cette manière. C’est vrai, quand on ouvre LinkedIn, quand on veut préparer une présentation, on se pose la question est-ce que je suis légitime de parler de ça ? Est-ce qu’il est trop simple ? Est-ce que tout le monde parle de ça ? Mais au final, ce n’est pas ça qui compte. C’est de s’exprimer de ta façon, avec l’expérience vécue, qui sont sûrement uniques. Il y a aussi ce côté légitimité. J’ai déjà pu un peu travailler parce que c’était ça qui m’a bloqué.
Olivier My 40:52
– Oui, je comprends.
Ning An 40:52
– Qui m’a bloqué la prise de parole. Il y a toujours un côté, ce n’est pas la langue qui est la mienne. qui côtaient avec le pèquement qui me gênait un peu. Et voilà, ce côté légitimité, j’ai dû travailler entre-temps.
Olivier My 41:05
– C’est vrai que la légitimité, c’est tout un sujet. Et c’est vrai que moi, la phrase que j’ai tendance à dire, c’est qu’effectivement, la plupart des sujets ont été traités. Mais non seulement tu as toujours le droit de parler de sujets qui ont été traités, mais surtout, tu as toujours le droit d’avoir un avis sur le sujet. Et ça, en fait, ça a toujours de la valeur, d’une manière ou d’une autre. Parce que même si ce que tu dis est quelque chose que je sais déjà, ça va me renforcer dans le fait que je sais déjà. Et parfois, ce n’est pas dans le contenu que tu vas amener, mais c’est parfois dans la forme que je vais apprendre. Et je sais qu’on est beaucoup aujourd’hui dans un certain domaine, tu sais, quand tu as un certain niveau d’expertise dans un domaine, où tu n’apprends plus en termes de contenu, mais tu apprends en termes de forme, parce que ce sont les différents angles qui permettent aussi d’avoir un impact différent. Et du coup, la prise de parole, aujourd’hui, c’est un sujet que tu continues à pratiquer. Est-ce que tu sens en fait l’impact que ça peut avoir ? Maintenant que tu commences un peu plus à la pratiquer de manière plus professionnelle, si je puis dire, dans ton quotidien.
Ning An 42:03
– Oui, c’est une sérénité. Une sérénité sur plusieurs aspects. Le premier, il y a une sérénité sur la phase de préparation. Comme la sérénité que j’avais pas avant, j’avais la tendance de passer trop de temps pour préparer quelque chose. Typiquement, une présentation de cinq minutes, je peux passer des heures, des heures pour préparer ça. pour être vraiment satisfait. Du coup, aujourd’hui, je passe un temps raisonnable pour préparer un sujet, parce que je suis rassuré. Il n’y a pas besoin de se préparer pour le jour. Il y a aussi un quotidien où je m’exprime mieux, parce que typiquement, je suis capable aujourd’hui de parler plus lentement, d’être plus clair dans ce que je dis, et surtout, c’est des satisfactions envers moi-même. Il est beaucoup amélioré. Il n’y a pas longtemps, j’ai partagé dans la communauté NCL, j’ai partagé par Tichan, j’ai fait une présentation. Parce que par rapport à une nouvelle mission que j’ai commencée il y a quatre mois, ce que j’ai partagé, c’est pour une première fois, je suis satisfait de ce que je présente, de la façon, dans le fond et la forme, je suis content. Indépendamment du résultat, enfin, c’est sûr, il y a un très bon résultat, d’ailleurs, comme toujours. Bon. ça m’arrive souvent rien que d’être satisfait pour soi-même c’est beaucoup pour moi.
Olivier My 43:35
– Je me sens léger je me sens confiant et ça change beaucoup de choses c’est marrant parce que du coup on a l’impression de revivre l’expérience que tu as eu à l’école quand tu as fait cette première présentation et que tu as été content de toi c’est à dire qu’en fait au delà du résultat extérieur comme tu le dis, ne serait-ce que le fait que toi tu sois fier de ta capacité à faire quelque chose dans le fond et dans la forme, c’est déjà génial. C’est déjà compliqué, quelque chose que plein de gens déjà n’arrivent pas à faire. La prise de parole, c’est un sujet qui est difficile.
Ning An 44:04
– Ça change beaucoup, c’est vrai qu’on est aligné avec nous-mêmes.
Olivier My 44:07
– Tout à fait.
Ning An 44:07
– Parce que parfois, on peut très bien avoir un bon résultat, mais si on n’est pas satisfait de ce qu’on fait, on pense qu’on peut toujours mieux faire, on n’est pas satisfait. C’est fatigant. C’est fatigant dans la durée où on vous cherche toujours plus loin, on ne se fait pas satisfait, on est dans le… que le vertu, parfois, quand on est en difficulté. Donc là, vraiment, c’est quelque chose. Là, aujourd’hui, je retiens, c’est la légèreté de se contenter.
Olivier My 44:33
– Et du coup, si tu avais des gens en face de toi qui hésitent à prendre la parole, qu’est-ce que tu leur dirais ?
Ning An 44:40
– Je lui pose la question, à quel point tu as envie de prendre la parole ? Parce qu’il y a un côté forcé des gens, je trouve. On ne va pas… donner des conseils à la personne c’est aller chercher pas oui je te rejoins pour ma question c’est déjà de voir sa motivation ce qu’il a besoin enfin de comprendre déjà ça c’est vraiment il est en position Je cherche quelque chose, je cherche des conseils, je pourrais lui donner des conseils.
Olivier My 45:09
– Imagine que la personne, elle est sur la ligne de départ. Elle a fait tout le chemin pour être sur la ligne de départ, mais elle n’arrive pas à faire le pas qui traverse la ligne de départ.
Ning An 45:19
– Je dirais, sûrement, il y aurait des pelles surprises qui t’attendent, que tu ne connais pas encore, mais il va y avoir des pelles surprises. D’ailleurs, c’est ce que je me dis souvent.
Olivier My 45:32
– Donc c’est la partie… Fais attention à être surpris.
Ning An 45:36
– Oui.
Olivier My 45:38
– Super. Je te posais cette question-là parce que je pense qu’effectivement, il y a des choses que tu peux apporter à d’autres maintenant en termes de prise de parole, avec l’histoire que tu as, parce que tu as le droit d’avoir un avis sur la prise de parole, même en tant que beg, ancien beg, avec ton ami, sans ton ami, ou tout ça.
Ning An 45:55
– C’est un peu ça que j’allais dire, et après je trouve parfois un peu absurde pour se dire tu vois, moi j’étais et… avec invisible le parle français qui n’est pas une langue qui est la mienne et après ce genre de conseil aucun cas n’est comparable le fait de donner ce genre de conseil ça me donne l’impression on compare la difficulté pour dire moi j’étais en plus j’avais ce problème là donc si tu l’as pas tu devrais te démerder pour dire au final ça aide pas ça aide juste pour dire t’es nul je comprends il y a un côté supériorité que j’essaie de ne pas mettre dans les conversations même en jouant dans la mission je fais ultra attention à ça parce que souvent ça peut créer des choses qui… voilà donc je fais attention à ce problème, donc c’est tout ma conseille c’est plutôt bauder la question et juste tourner une conseille assez vague il n’y a pas de surprise je vais tout partager c’est précisément vague mais c’est parfois dans le flou qu’on pousse les gens à naviguer c’est.
Olivier My 46:56
– Intéressant comme posture parce que du coup effectivement Il peut être très facile de donner des conseils rapides comme ça. Et je pense qu’on est tous les deux dans le monde de l’accompagnement. Certaines personnes en ont besoin, parce que du coup, des fois, ils ont besoin d’un conseil précis pour faire le premier pas, un minima, sans que ce soit trop engageant ni pour elle, ni pour toi, enfin ni pour nous en tout cas. Mais par contre, effectivement, le reste de l’expérience reste quand même individuel. Et je te rejoins tout à fait, c’est chaque histoire est différente. Pas une mieux que l’autre, malgré les cartes qu’on a en main au départ. Mais effectivement, je trouve encore plus dans la prise de parole, parce que quand tu fais de la prise de parole, il y a une sorte d’expression de toi, pleine. Tu vois, moi j’avais, dans ma jeunesse, je faisais partie d’un groupe de musique, et quand tu es sur scène, il y a vraiment cette expression de ton identité qui se met en œuvre. Encore plus quand tu… En tout cas, c’est la vision que j’en avais. Moi, j’étais dans un groupe. Donc quand tu es dans un groupe, c’est un collectif qui exprime son identité collective. mais j’ai toujours eu l’impression que quand tu avais le micro, c’était encore différent. Parce que du coup, c’est ta voix qui sort. Quand tu fais un instrument, tu es entre guillemets derrière l’instrument. Même s’il y a ta manière de le jouer, il y a tout ça, il y a ton style qui se reconnaît potentiellement, etc. Mais tu es quand même derrière un instrument. Donc ça veut dire que la manière dont tu vas le faire va dépendre aussi de cet intermédiaire-là. Quand tu chantes, c’est ta voix à toi que tu vas transmettre. Et derrière ça, effectivement, il y a quelque chose de très personnalisé. Et du coup, toi, tu disais que tu chantais un tout petit peu, pas beaucoup, mais un petit peu. Tu chantes sur quoi ?
Ning An 48:28
– Pas beaucoup. C’est vraiment très, très peu. Peut-être que c’est une croyance limitée, mais je trouve toujours… Enfin, non, je ne chante pas. Par contre, je te rejoins sur le lien avec le basket. En jouant au basket, c’est aussi l’identité de chacun. Ça joue. Comme des années, je pratique le basket. C’est typiquement à travers de la backhand, comment il triple. Est-ce que… Quand il est triple, il regarde les autres ou pas. Comment il se comporte, comment il fait des passes, comment il joue. On voit très bien son identité. Parce que derrière, c’est le corps qui joue. Ce n’est pas à travers un ballon. Après, le ballon, il n’y a pas trop d’importance. Si on va à travers les gestes et les comportements, je trouve que ça rejoint. Comme tu dis, quand on parle, c’est la voix. On voit très bien l’identité de chacun. Et au basket, on le voit aussi. Typiquement, pour les gens que je ne connais pas du tout, en jouant pendant… 10 minutes, je sais à peu près qui, comment.
Olivier My 49:25
– Quel genre de personne.
Ning An 49:26
– Quel genre de personne. Et après, si on commence à creuser, c’est exactement ça. Parce que parfois, quand on ne se connaît pas, il y a un côté où on se cache un peu. Tu crées un masque social. Oui, il y a un masque social, mais le basket, tu ne peux pas. On voit ça tout de suite.
Olivier My 49:43
– Je te rejoins en tout cas sur cet aspect-là qui est, il y a la voix. Et effectivement, la voix fait aussi partie du corps. corps est effectivement une expression de ton identité directe. Donc effectivement, le sport en lui-même est aussi une manière de le voir. En tout cas, merci, Ning, pour tout ce trajet-là autour du bégaiement. Est-ce qu’il y a un truc en particulier que tu aimerais ajouter dans la conversation ? un sujet, un thème qu’on n’aurait pas abordé, qui te viendrait à l’esprit ?
Ning An 50:08
– Ce matin, en venant, je me dis j’attends une question de toi. C’est comment je vois le changement ? Est-ce qu’en écoutant… C’est vrai.
Olivier My 50:16
– C’est ce que je faisais des fois. On peut discuter de ça, parce qu’effectivement, on a navigué au travers de tes changements, mais je t’ai pas posé cette question. Et je sais que effectivement, si tu y as réfléchi, c’est frustrant de ne pas y répondre, donc je vais te la poser.
Ning An 50:30
– Merci.
Olivier My 50:31
– Et donc, Ning… Qu’est-ce que c’est que le changement pour toi ?
Ning An 50:34
– Ouais, aujourd’hui, je dirais, le changement, c’est souvent un mal pour l’ambiance. Et pourquoi je dis ça ? Beaucoup de changements qu’on peut vivre, c’est des changements qui ne viennent pas de nous. Il y a toujours un côté, bon, ça nous fait mal, avec le groupe des changements. Et au final, c’est pour l’ambiance. Tout va dépendre de comment on le prend. Avec tout à l’heure, je disais, bon… les difficultés très bien, quelles sont les opportunités. C’est toujours pour un bien. Je trouve que résumer de cette manière, ça donne la lucidité. Dans notre métier, quand on accompagne des gens, des organisations, il faut être lucide. C’est-à-dire, si on vient pour dire, on veut changer, c’est pour votre bien, souvent ça ne marche pas. Parce que les autres, naturellement, on le voit comme un mal. Donc le fait de déjà parler du mal, Ça donne plus de lucidité dans la façon qu’on accompagne les gens. Si on sait que ce n’est pas facile pour les autres, comment je peux vous aider ? Il y a une cause pour le cheat des changements. Après, côté bien, c’est quelque chose, c’est le résultat final qu’on va y atteindre. Et surtout, c’est quelque chose qui, déjà personnellement, ça me donne du courage. C’est-à-dire quand il y a des changements qui m’imposent. Il y a du mal, dans le premier temps, c’est normal. Après, avec le vécu, je suis sûr que c’est pour un bien, dans des mois à venir, dans les années à venir. C’est sûr, il va y avoir de belles surprises qui vont arriver. Personnellement, ça m’aide beaucoup dans la gestion des difficultés et stress qui sont liées au changement. Du coup, c’est pour ça que je la formule de cette manière-là. D’un côté, il y a la lucidité du changement. De l’autre côté, ça donne le courage, simplement. Parce que la plupart des changements que j’ai vécu, ou quasiment tout, j’ai eu des très belles surprises que je n’aurais jamais imaginées sans ça.
Olivier My 52:38
– Et je pense que c’est d’autant plus vrai lorsqu’on devient acteur ou actrice du changement, plutôt que de simplement le subir. Des fois, on te l’impose. Il y a un événement qui s’impose à toi. La question qui se pose, ce n’est pas c’est quoi cet événement-là ? Est-ce qu’il est bien ou est-ce qu’il est mal ? C’est qu’est-ce que j’en fais ?
Ning An 52:54
– Oui.
Olivier My 52:54
– Et effectivement, au bout d’un moment, généralement, quand tu prends acte, des événements qui nous entourent, et c’est encore plus vrai aujourd’hui, dans une période extrêmement instable et extrêmement mouvante, qu’on y retrouve des choses qu’on n’aurait jamais faites avant, qu’on apprenne des choses qu’on n’aurait jamais faites avant, et du coup que ça nous permette d’avoir de belles surprises. Merci en tout cas d’avoir répondu à la question que je ne t’avais pas posée au départ. Merci pour tout ce trajet qu’on a fait ensemble. Et du coup, ce que je te propose, c’est que je te donne ces fameuses cartes que j’ai préparées au début, Donc, je ne te referai pas la blague à toi. Tu peux. Donc, j’ai des cartes que j’ai choisies, comme je l’ai fait dans les autres épisodes. Et pour le coup, je n’ai choisi que des cartes rouges. Parce que je sais qu’en Chine, c’est une couleur qui porte chance, notamment pour les enveloppes. Et du coup, ce que je vais te proposer de faire, c’est de prendre ces cartes-là. Je vais te laisser les mélanger. Donc, elles ont été sélectionnées pour toi. Et tu vas en sélectionner une, de nous la lire et puis d’y répondre.
Ning An 53:52
– Qu’est-ce qui te rend vraiment heureux ? que tu as déjà. Alors, je dirais, c’est ma femme qui est quelqu’un qui me comprend très bien, qui me comprend, qui me donne de la liberté, qui me soutient dans tous les épisodes qu’on a vécu ensemble. Typiquement, le soir, quand je rentre à la maison, je suis heureux, indépendamment de comment j’ai passé ma journée.
Olivier My 54:22
– Ça, c’est beau, en tout cas. C’est-à-dire que tu sais que tu as une sorte de safe place dans laquelle tu peux revenir et tu sais que dans cet écosystème-là, tu es heureux.
Ning An 54:31
– C’est ça.
Olivier My 54:31
– C’est génial. Merci. Est-ce qu’il y a autre chose ?
Ning An 54:34
– Ah !
Olivier My 54:34
– Ou quelqu’un d’autre ? Ou autre chose ?
Ning An 54:37
– Bon, il y a un sujet qui me préoccupe. C’est que je parlais de ma femme.
Olivier My 54:44
– Oui.
Ning An 54:44
– Il faut que je parle de mes parents. On a parlé de quelqu’un qui est assez sensible à ça. c’est Aujourd’hui, je suis heureux parce qu’ils ont des bons de santé. Même malgré que je suis loin, ils sont indépendants. J’estime aujourd’hui… Parce que c’est pas facile pour les vieux, on va dire, de vivre sans enfants à côté ou dans le même pays. C’est un sujet qui me préoccupe depuis 15 ans. Je suis heureux déjà qu’ils m’ont transmis tout un tas de valeurs. Et après, le sujet préoccupant, c’est que je suis loin, donc c’est pas facile. C’est pour ça que je voulais pas rentrer dans ce sujet. Et après, quand même, c’est un sujet qui me tient à cœur.
Olivier My 55:29
– En tout cas, il y a un côté à la fois… Ils sont en bonne santé, ils sont indépendants. Du coup, ça, c’est quelque chose qui te rend heureux et ils sont là. Et en même temps, en fait, effectivement, vous êtes à des milliers de kilomètres. Et donc, qu’est-ce que ça veut dire derrière ? Et puis, il y a du temps à passer. En tout cas, je te rejoins beaucoup sur ces aspects-là. On change ? On prend une autre enveloppe pour voir ce que ça donne ?
Ning An 55:51
– Oui.
Olivier My 55:51
– Tiens, ce que je te propose, je te repasse le paquet. Retire en deux.
Ning An 55:56
– En deux.
Olivier My 55:56
– Tu retires deux, tu lis les deux et tu choisis une ou l’autre. où situer. En coup de zèle, tu peux répondre aux deux aussi. Je te laisse y lire déjà.
Ning An 56:06
– Alors, je vais le lire. Le premier, c’est que préfères-tu dans les relations que tu as aujourd’hui ?
Olivier My 56:12
– OK. Et la deuxième ?
Ning An 56:13
– La deuxième, quelles sont les personnes les plus marquantes positivement de ton enfance ? Et pourquoi ?
Olivier My 56:21
– Est-ce qu’il y a une des deux qui te parle le plus ?
Ning An 56:23
– Tu peux piocher une troisième carte ?
Olivier My 56:26
– Les deux ne te parlent pas ? Vas-y, pièges une autre si tu veux.
Ning An 56:29
– Je trouve les relations, ça rejoint un peu le sujet qu’on vient de traiter. Je peux ?
Olivier My 56:33
– Vas-y, pièges une autre. Tu joues ta chance.
Ning An 56:36
– C’est pour ça. Quelles sont les trois personnes qui t’ont le plus fait évoluer ces cinq dernières années ? Là, je pourrais répondre.
Olivier My 56:45
– Là, tu peux répondre ?
Ning An 56:46
– Je ne vais pas trop réfléchir.
Olivier My 56:50
– Après, le nombre n’est pas important.
Ning An 56:52
– Je dirais, comme beaucoup de parents, une personne… qui m’a fait évoluer, c’est ma fille, ma grande, qui a aujourd’hui trois ans et demi, que déjà son arrivée, ça a provoqué un changement type 2, un changement systémique, qui m’a permis de voir le monde différemment, et surtout de me voir différemment, à travers des interactions avec elle, avec les rires, les pleurs, avec ses réactions, je trouve. Ça m’a beaucoup fait évoluer. Une deuxième personne, je dirais, ce n’est pas forcément une personne, c’est une communauté que tu as créée à Troyes-Olivier. Donc, je te remercie.
Olivier My 57:39
– Merci bien.
Ning An 57:40
– C’est issu du programme ECL que j’ai participé au tournoi de l’année 2025. C’était dense comme programme et surtout, à côté, il y a des gens. Il y a une communauté, c’était une dizaine de personnes, alors aujourd’hui on est autour de 20. Ce sont des personnes, je trouve, passionnées. Enfin passionnées d’agilité, d’échange, d’intelligence ouverte. J’ai beaucoup appris, pas que côté technique, connaissance. Je suis impulsé aussi par la motivation et l’enthousiasme de ces gens-là au quotidien à travers. des messages dans le groupe. Je me suis pris dans ce mouvement de… Au cours de ça, depuis un an, je ne tords pas très bien parce qu’il y a beaucoup de sujets à lire.
Olivier My 58:29
– Oui, je comprends.
Ning An 58:30
– Mais déjà, de faire partie d’une communauté telle qu’un seul, ça m’a beaucoup changé. D’un côté, sur le plan professionnel, donc là, je ne vais pas rentrer dans le détail, il y a les techniques et tout. Il y a aussi ce que j’ai appris sur moi. Typiquement, il y a eu l’occasion de mieux comprendre mon ami que je connaissais pas assez. Je pensais que je le connaissais assez, mais au final, non. Il faut mieux comprendre le mécanisme de mon fonctionnement et pourquoi à tel moment je ne parle plus, à tel moment je suis en colère. C’est aujourd’hui beaucoup aligné avec moi.
Olivier My 59:06
– Merci beaucoup, en tout cas. Et je te propose qu’on arrête l’épisode par ici. Si des personnes souhaitent continuer à discuter avec toi, comment est-ce qu’elles peuvent faire pour te contacter ?
Ning An 59:17
– Je suis actif sur LinkedIn.
Olivier My 59:20
– Ok. Donc directement sur LinkedIn. Il y aura tes coordonnées au niveau de l’épisode. Si les personnes souhaitent te contacter, elles auront ce qu’il faut.
Ning An 59:30
– Ok, super.
Olivier My 59:31
– Ning, merci beaucoup.
Ning An 59:32
– Merci à toi Olivier. Et puis à très bientôt. Merci.