Dans cet épisode bouleversant et lumineux, Nidhal Daghrir retrace le voyage qui a façonné son identité — un voyage géographique, culturel et profondément intérieur.
Né en Tunisie dans une famille en perpétuel mouvement, Nidhal grandit en changeant d’école tous les deux ans, toujours “le nouveau”, toujours obligé de s’intégrer, d’observer, de comprendre les codes pour trouver sa place .
Des années plus tard, ce schéma ressurgit lorsqu’il quitte son pays pour la France par amour, puis lorsqu’il quitte une vie professionnelle stable pour repartir à zéro en Suisse.
Tout au long de notre conversation, Nidhal explore :
C’est l’histoire d’un homme qui a dû se réinventer trois fois, mais qui l’a fait en restant profondément lui-même.
L’histoire d’une intégration faite de contrastes : désert et montagnes, bruit et silence, codes visibles et subtilités cachées.
L’histoire d’un couple qui a choisi la confiance plutôt que la peur.
L’histoire d’une renaissance, dans tous les sens du terme.
Un épisode profondément humain, sincère et précieux — qui parlera à toutes les personnes qui ont déjà eu à “se refaire un chemin” quelque part.
Nidhal Daghrir
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Olivier M. 00:05
– Bienvenue sur Change & Chill, le podcast où l’on parle de changement simplement. Je suis Olivier My et avec mes invités, nous explorons comment le changement peut être une force positive dans nos vies. Des histoires inspirantes avec une touche de légèreté. Dans ce nouvel épisode, j’ai le plaisir d’accueillir Nidhal Daghrir. Salut Nidhal.
Nidhal D. 00:29
– Salut Olivier.
Olivier M. 00:29
– Ça va bien ?
Nidhal D. 00:30
– Ça va et toi ?
Olivier M. 00:31
– Moi ça va, tu étais un peu stressé tu me disais ?
Nidhal D. 00:34
– Oui.
Olivier M. 00:34
– Le micro ça fait un peu peur.
Nidhal D. 00:36
– Exactement, c’est la première fois que je suis devant un micro donc ça fait un petit quelque chose quand même.
Olivier M. 00:41
– On entend sa voix.
Nidhal D. 00:42
– Oui, mais je suis en face de toi donc je suis plutôt habitué à être en face de toi. Pour le coup je suis à l’aise.
Olivier M. 00:50
– Justement tu me disais, parce que quand je te présente je dis ton nom et ton prénom, mais tu me disais que ça ne se disait pas d’agrir, c’était la manière française de le dire.
Nidhal D. 00:58
– Oui.
Olivier M. 00:58
– Et du coup ça se dit comment en vrai ?
Nidhal D. 01:00
– En fait, mon prénom et mon nom, c’est des noms, disons, je viens de la Tunisie, donc c’est en arabe. Et donc, mon nom qui est Nidhal, c’est Nidhal.
Olivier M. 01:09
– Ah, en plus, rien que ça aussi, c’est OK.
Nidhal D. 01:12
– Et puis, mon nom de famille, qui est Daghrir en français, c’est Daghrir. Et donc, il y a le ra qui n’existe pas normalement dans la langue française. Donc, voilà.
Olivier M. 01:23
– C’est vrai que ces consonances, on ne les a pas forcément dans certaines langues.
Nidhal D. 01:27
– Oui.
Olivier M. 01:27
– Et d’ailleurs, c’est intéressant parce que j’avais échangé avec des gens sur ça. Il y a certaines langues qui s’avèrent être plus avantageuses parce qu’elles ont plus de consonances ou de sonorités qui font qu’elles s’adaptent un peu plus justement à d’autres langues quand elles les apprennent. Et je crois que justement, l’arabe, c’est ça ?
Nidhal D. 01:42
– Oui.
Olivier M. 01:43
– A pas mal de consonances différentes. Oui. Ce qui vous permet d’une certaine manière de vous adapter plus rapidement.
Nidhal D. 01:48
– Oui. En termes de prononciation, c’est assez riche et il y a pas mal de lettres. Donc, on joue avec, soit au niveau de la gorge, de la langue. Et on a typiquement le « khra » , par exemple, qui existe en espagnol. Nous, on a une facilité à le prononcer parce qu’on l’a aussi dans la langue arabe. Et après, on a d’autres lettres qui n’existent pas en français. Ou parfois, par exemple, le « h » , par exemple, en français, il est muet. En arabe, c’est plutôt le « h » qui est un truc… qu’on prononce.
Olivier M. 02:26
– Mais du coup, il n’est pas muet alors ?
Nidhal D. 02:27
– Il n’est pas muet, exactement. Donc, ce qui se rapproche un peu. Mais voilà, c’est toute la beauté aussi de cette différence de langue et tout. Et c’est vrai que ça nous permet un peu, je ne vais pas dire nous les Tunisiens ou ceux qui viennent du monde arabe et qui parlent arabe, mais quand même, on a une certaine appétence pour plus faciliter la prononciation. Je ne vais pas dire l’accent parce que l’accent, c’est encore différent.
Olivier M. 02:53
– Oui, tout à fait.
Nidhal D. 02:54
– Même si j’ai passé maintenant pas mal de temps en Europe, en France et maintenant en Suisse, à parler français, j’ai pas forcément l’accent français ou maintenant l’accent suisse. Et je cherche pas à l’avoir parce que c’est autre chose. Et le but, c’est juste de bien s’exprimer et de bien comprendre. Voilà.
Olivier M. 03:13
– Non, mais génial. C’est vrai que t’as pas d’accent particulier, quoi. Si on n’était pas en face de toi, là, je te vois. Mais si j’étais pas en face de toi, j’aurais pas pu savoir. Si tu es en Tunisie ou si tu es en Suisse. Après, c’est peut-être ma sonorité à moi qui fait que je ne reconnais pas, mais ça ne me choque pas plus que ça. Mais justement, c’est ça qui va être intéressant. C’est que tu parles de Tunisie, tu parles de France, tu parles de Suisse. Et c’est un petit peu tout ce trajet-là qu’on va discuter ensemble. Mais avant ça, une petite question rituelle maintenant que j’ai, c’est autour du changement. Parce que comme tu le sais, ce podcast tourne autour de ces histoires de changement qu’on peut avoir dans notre vie. Et la question que j’ai pour toi, c’est… Si le changement était un chemin pour toi, à quoi il ressemblerait ?
Nidhal D. 03:56
– Ok, donc juste pour s’assurer que j’ai bien compris la question, si c’était un chemin dans le sens où si je le visualise comme un chemin devant moi… Là, quand je te dis tiens.
Olivier M. 04:07
– Le changement c’est un chemin, c’est quoi l’image qui est venue dans ta tête ? C’est quoi le paysage par exemple qui s’est affiché ? Qu’est-ce que ça te montrait ?
Nidhal D. 04:15
– Alors moi, c’est… peut-être que tu vas rigoler, mais quand tu m’as dit changement, donc j’ai pensé paysage et quand j’ai pensé paysage, j’ai pensé en fait le désert parce que j’ai vécu beaucoup dans le sud de la Tunisie et la verdure de l’Europe. Et maintenant aussi avec les montagnes et tout, parce qu’on n’a pas de montagne forcément, des grandes montagnes en Tunisie. Et c’est ça en fait qui est venu en moi. C’est ce décalage, c’est ce gap, ce contraste entre les deux paysages. Et c’est ça qui est venu en tête.
Olivier M. 04:47
– Après, est-ce qu’il y a quelque chose qui relie les deux ? Ou est-ce que c’est surtout ce contraste que tu as vu qui était représentatif du changement ?
Nidhal D. 04:52
– Il n’y a pas quelque chose qui relie les deux, ce n’est que moi qui est passé d’un paysage à un autre.
Olivier M. 05:00
– Génial. Encore une fois, c’est des questions qui me viennent à l’esprit.
Nidhal D. 05:03
– Donc pas de préparation. C’est ça le changement, c’est comme ça que je visualise comme changement.
Olivier M. 05:11
– Génial. Est-ce que par tout hasard, on pourrait en savoir un peu plus sur toi ? Qui es-tu ? Parce que du coup, on se connaît, mais peut-être que les personnes qui écouteront cet épisode ne te connaissent pas.
Nidhal D. 05:21
– Alors, moi c’est Nidal. Aujourd’hui, je suis coach agile, Scrum Master, agent du changement parce que j’interviens… chez mes clients pour accompagner du changement et parfois pour provoquer ce changement. Je suis mari et papa aussi. Ça me définit aussi. J’aime bien le présenter. Marie d’une femme formidable qui s’appelle Iba.
Olivier M. 05:42
– Que l’on salue.
Nidhal D. 05:43
– Que je salue. Et donc en arabe, c’est Hiba. Ça veut dire cadeau. Et ma fille Salma qui a 20 mois maintenant et que j’apprends beaucoup à côté des deux. Et voilà, j’habite aujourd’hui en Suisse. Je travaille en Suisse depuis 2022. août 2022. Je suis aussi, et ça c’est ma casquette à côté de la partie professionnelle et personnelle, je suis président d’une association qui s’appelle Agile Suisse, dont je suis membre depuis 2022, avant même d’arriver en Suisse. Et c’est une communauté formidable qui m’a permis de rentrer dans ce pays, de comprendre un peu quelques codes et de m’épanouir aujourd’hui dans tout ce que je fais.
Olivier M. 06:25
– Génial. De grands pouvoirs, de grandes responsabilités.
Nidhal D. 06:29
– Oui, effectivement. Il y a une certaine responsabilité quand on est dans une communauté comme ça et quand on a un rôle, disons, formel dans cette communauté. Parce qu’avant, quand j’ai intégré Agis Suisse, j’étais juste membre qui travaillait dans une initiative typiquement l’Agile Tour, l’organisation des Agile Tour en Suisse.
Olivier M. 06:50
– Super. Et du coup, d’où est-ce que tu viens ? Tu disais que tu étais Tunisien, mais du coup, Tunisien de Tunisie.
Nidhal D. 06:56
– Alors oui, je suis né en Tunisie. Je suis né dans une ville dans l’ouest du pays qui s’appelle Kasserine, sur les frontières avec l’Algérie. Mes parents, ils ne sont pas de cette ville-là. En fait, ce qu’il faut comprendre, c’est que mon père, c’est un ancien officier militaire. Ma mère est institutrice, mais puisque mon père, il était dans l’armée, on passait deux ans, trois ans par ville et on bougeait parce qu’il est muté. En Tunisie ? En Tunisie. Et donc, j’ai… Un frère et une sœur qui ne sont pas nés dans les mêmes villes où moi je suis né. Mon frère est né dans la ville d’origine où mon père est né aussi, qui s’appelle Sousse, c’est sur la côte. Ma sœur, c’était dans le sud-est et moi dans l’ouest du pays. Et on a bougé. En fait, depuis ma naissance, moi j’ai vécu dans peut-être 4-5 villes différentes parce qu’on suivait notre papa. Et donc, voilà, j’ai fait 4-5 écoles différentes. Pendant les années primaires, rien que la primaire, je pense que tu étais sur trois écoles différentes.
Olivier M. 07:58
– C’est intéressant parce qu’on se dit souvent qu’on veut avoir une stabilité pour les enfants, ne serait-ce que le lieu dans lequel tu vis, pour trouver des bases solides, pour pouvoir te construire. Et du coup, toi, dès l’enfance, déjà tu bougeais partout. Et l’école, je pense que c’est d’autant plus important parce que tu rencontres des gens. Et moi qui n’ai pas tant déménagé que ça, juste quand j’ai dû changer d’école, je crois quand je suis passé du collège au lycée, je me rappelle, tu dois déjà… de tout reconstruire.
Nidhal D. 08:26
– C’est ça en fait. Mais moi, je faisais ça tous les deux, trois ans. Donc, j’étais toujours le nouveau. Surtout aussi, les mutations, ça n’arrive pas forcément avant la rentrée scolaire. Donc, parfois, je commençais deux, trois semaines et puis je pars dans une nouvelle ville, une nouvelle école, une nouvelle classe. Et donc, c’est pour ça que je dis que je suis toujours le nouveau. Donc, il faut… S’intégrer, c’est assez compliqué pour un enfant à cet âge-là, surtout qu’on n’est pas forcément éduqué pour le faire, même si on dit que c’est très facile pour les enfants, mais pas tant que ça, parce que trouver un groupe pour s’intégrer, surtout il y a ce besoin-là quand on est gamin de s’intégrer, d’être associé à un groupe, de ne pas se sentir marginalisé. Donc c’était quelque chose que je faisais tout le temps, c’est un schéma qui se répétait. Et en plus de ça, il fallait réussir à l’école parce que c’était aussi des exigences culturelles dans notre famille et tout. Et donc, voilà, je me rappelle très bien que tu rentres dans la classe, on te présente.
Olivier M. 09:33
– En face de tout le monde.
Nidhal D. 09:34
– En face de tout le monde. Ce sera la nouvelle personne, le nouveau élève qui vient dans la classe et tout le monde te regarde. Et toi, tu regardes tout le monde et puis tu passes les premières semaines, en tout cas moi personnellement, à observer. à comprendre, alors je ne vais pas aller dire que j’étais en mode analyse, mais en tout cas j’observe et j’essaie de voir quelles sont les personnes avec lesquelles je peux commencer à me rapprocher. Et généralement, et naturellement, c’est la personne à côté de toi. Oui, souvent, c’est vrai. Et puis, petit à petit, tu commences à créer ton cercle social. Mais ce n’est pas le truc avec du recul. Ce n’était pas le truc le plus simple à faire. La stabilité, je n’ai pas… Même si mes parents, je suis reconnaissant, ils essayaient toujours de créer une bulle pour qu’on soit le plus stable possible pour réussir nos études. mais C’était quand même difficile psychologiquement. Par contre, avec du recul et avec beaucoup, beaucoup de recul et plusieurs années plus tard, ça a quand même créé en moi une facilité à s’intégrer socialement dans des groupes, à trouver comment je peux au moins comprendre les dynamiques d’une groupe et essayer de s’intégrer si ça a vraiment quelque chose que je veux faire et que je souhaite faire.
Olivier M. 10:57
– Donc c’est vraiment quelque chose que maintenant Maintenant, tu réalises avec le recul, ou beaucoup de recul, comme tu le disais. Mais à l’époque, quand tu le faisais, ce n’était pas forcément un truc conscient. C’est toi, ta personnalité qui faisait que tu n’étais pas celui qui, par exemple, allait faire plus de bruit pour être vu et puis que les gens viennent te voir. Tu es plutôt en retrait, de ce que je comprends. Tu commences à discuter avec les gens un peu à côté de toi. Tu sondes et puis après, tu trouves ton chemin.
Nidhal D. 11:21
– Oui, j’étais toujours discret. Alors, je ne sais pas à ce que l’observation, elle vient aussi. Moi, je suis le tout petit. De la famille.
Olivier M. 11:28
– Tu es le dernier ?
Nidhal D. 11:29
– Je suis le dernier. Il y a mon frère qui est le plus aîné, et puis ma sœur. Et il y a deux ans de différence entre chacun de nous. Moi, j’étais le petit qui observait aussi ce que faisaient mon frère et ma sœur pour ne pas reprendre les bêtises qu’ils faisaient. Et de ne pas avoir la punition. Donc, j’étais aussi l’enfant le moins puni. J’étais le plus peut-être tranquille aussi.
Olivier M. 11:53
– Mais est-ce que c’était pas vu, pas pris ? Ou est-ce que c’était… je veux éviter de faire les mêmes conneries entre guillemets en fait les deux.
Nidhal D. 12:03
– Il y avait un mix pour être honnête il y avait un mix c’est à dire que j’essaye de pas reproduire les bêtises ou quand je reproduisais les bêtises de pas être pris en flagrant délit j’espère que mes parents ils ne l’écouteront pas cet épisode de podcast je doute fort mais ils vont l’écouter mais bon.
Olivier M. 12:20
– Tant pis c’est comme ça dans tous les cas c’est du passé Maintenant, tu étais assez agédi, c’est ça ?
Nidhal D. 12:27
– Exactement. Et donc voilà, j’avais, je ne sais pas si c’était de l’intelligence ou pas, mais voilà, c’était par peur ou par intelligence ou par autre chose, j’avais cette capacité à observer pour comprendre une situation et tirer des leçons et peut-être voir à quoi ça peut me servir, moi.
Olivier M. 12:47
– Oui, je comprends.
Nidhal D. 12:47
– Dites comme ça, c’est très élaboré, mais ce n’était pas aussi élaboré que ça. Oui, de toute façon.
Olivier M. 12:52
– Quand tu es jeune comme ça, tu avances dans la vie comme tu peux. Et effectivement, c’est intéressant d’avoir cette posture que tu avais, qui est celle que tu as finalement aujourd’hui, mais avec une manière plus assumée, plus contrôlée, plus maîtrisée. Et du coup, ces changements-là en Tunisie, c’était de quel âge à quel âge ?
Nidhal D. 13:10
– Alors, depuis ma naissance jusqu’à, je dirais, je me rapproche du bac.
Olivier M. 13:16
– Ok, donc tu as quand même toute la période scolaire quand tu es enfant et tu es dit un ado que tu fais en Tunisie, c’est ça ?
Nidhal D. 13:24
– C’est ça.
Olivier M. 13:25
– Et toi, tu savais ce que tu voulais faire dans la vie ?
Nidhal D. 13:26
– Non, du tout.
Olivier M. 13:28
– C’est-à-dire que si là, tu devais discuter avec ton toi de l’époque, est-ce que…
Nidhal D. 13:34
– Non, parce que typiquement, moi j’ai fait des études d’ingénieur en génie logiciel pour être développeur. Quand je suis né et là où l’environnement où j’ai vécu dans les années, fin des années 80, début des années 90, pour ne pas dire 90. Les ordinateurs et tout, en Tunisie, je n’avais pas… Enfin, c’est quelque chose que je ne connaissais pas. Internet, je l’ai connu en peut-être 98, un truc comme ça. Et puis, mon premier PC, je l’ai eu, ouais, c’est ça, en 98, un truc comme ça, 98-97. Donc, pas du tout. Il y a du chemin quand même qu’on a parcouru. Et aujourd’hui, être agent du changement, faire du consulting chez des clients, c’est un métier que je n’ai jamais connu quand j’étais petit. Et pour être honnête, mon père, il était dans l’armée. Ma mère, elle était institutrice, donc maîtresse d’école. Et dans le schéma en Tunisie, c’était soit tu es médecin, avocat, pilote d’avion.
Olivier M. 14:38
– Il y a pilote d’avion aussi ? Oui. C’est marrant parce que les deux premiers, c’est assez proche des familles asiatiques. Tu sais, il y a le côté, voilà, t’es médecin, ingénieur, avocat, ou tu fais très bien du piano. Il y a aussi ça derrière.
Nidhal D. 14:50
– Ok, très bien. D’ailleurs, c’est une info que j’ai su aujourd’hui, le truc du piano.
Olivier M. 14:55
– Et que l’on gardera en parenthèse. Mais en tout cas, le côté pilote d’avion, il y a un truc très spécifique.
Nidhal D. 15:00
– Alors le pilote d’avion, parce qu’on a une compagnie aérienne nationale qui s’appelle Tunisia. Et donc, je pense que c’est juste l’aura des pilotes. Parce que c’est en plus, en tout cas à ce moment-là, on est une famille modeste. Prendre l’avion et tout, ce n’était pas quelque chose qui était accessible. Et donc, ça donne cette aura. Et en plus, le parcours pour être avion pilote en ligne, tu passes quand même par un cursus militaire à ce moment-là. Et donc, pour être pilote d’avion en ligne, tu fais l’académie militaire. Donc ça, c’est deux ans. Et après, tu fais une spécialité en aviation militaire. Donc tu conduis, tu es un pilote de chasse. Et puis tu peux, par la suite, une fois que tu as fait quelques années de l’armée, tu peux sortir et devenir pilote d’avion en ligne. Donc les pilotes, ils ne partaient pas d’une école civile, en fait. Et donc, c’était assez élite. Et je pense que c’est ça aussi qui fait que ça rend le truc limite inaccessible. Et donc, on veut l’avoir.
Olivier M. 16:07
– Oui, je comprends. Et toi, tu n’as pas voulu aller dans cette direction-là ?
Nidhal D. 16:10
– Et moi, faire un passage dans l’armée ? Non, pas du tout. C’est l’armée qui t’a arrêté ? Oui, parce que je baignais dedans. Et donc, ce n’était pas quelque chose que je voulais faire. C’était un truc que j’essayais au maximum de ne pas le faire. J’étais prêt à faire d’autres choses moins intéressantes pour moi et plutôt ne pas faire ça, tu vois.
Olivier M. 16:29
– Oui, je comprends.
Nidhal D. 16:30
– Et surtout, il fallait aussi être très bon parce que pour être pilote de chasse, il fallait être parmi les premiers à l’académie militaire pour aller dans cette direction. Donc, il fallait vraiment…
Olivier M. 16:40
– C’est élite, élite, quoi.
Nidhal D. 16:41
– Oui, c’est ça. Et moi, ça me faisait peur. Rien que faire le passage dans l’armée et puis aussi bosser comme un dingo pour y arriver, ça ne m’attirait pas.
Olivier M. 16:51
– Donc, il fallait ingénieur.
Nidhal D. 16:52
– Et du coup, voilà. Une petite appétence pour tout ce qui est… IT, nouvelle technologie qui est commencée. J’étais attiré par ça. Et donc, un peu de développement logiciel, surtout en terminale, on travaillait sur l’algorithmie et puis développement avec des langages simples de programmation. Et puis, j’ai fait un choix de faire une école d’ingénieurs qui s’appelle l’INSAT en Tunisie. Donc, pourquoi j’ai choisi cette école ? Parce qu’il y avait ma sœur déjà dans cette école-là.
Olivier M. 17:25
– OK.
Nidhal D. 17:26
– Donc je connaissais. Il y avait pas mal de gens de la ville où on habitait à ce moment-là qui partaient dans cette école. Au moment où je suis allé, il ne fallait pas être parmi les meilleurs, mais il fallait juste avoir une bonne moyenne au bac pour y aller. Entre 14 et 15, ça va. Tu peux aller sans problème. Tu fais une année de 3 en commun, maths, physique, les trucs fondamentaux. Et puis tu choisis… dans quelle branche tu veux aller. Il y avait télécom, il y avait génie logiciel, il y avait d’autres branches. Et moi, j’étais… Alors, juste pour te dire que je faisais mes choix par élimination et pas par envie.
Olivier M. 18:04
– Oui, je comprends. Par défaut, alors du coup…
Nidhal D. 18:06
– Exactement. Pendant plusieurs années, je fonctionnais comme ça. J’étais nul en électronique pendant cette première année. Et en plus, il y avait un prof qui ne me donnait pas envie. Et dans les autres branches… sauf génie logiciel, il y avait de l’électronique. Donc moi, j’étais no way que j’y vais dans les autres branches et je vais choisir génie logiciel. Je n’avais pas d’appétence forcément pour le développement logiciel.
Olivier M. 18:34
– Mais tu sais que tu avais quelque chose que tu ne voulais pas dans les autres.
Nidhal D. 18:37
– Exactement. Exactement. C’était ça et c’était un choix limite par défaut et je suis allé dans cette branche-là.
Olivier M. 18:45
– Donc ça, de ce que tu me dis, c’est Tunisie. C’est Tunisie. combien d’années ?
Nidhal D. 18:50
– On est en 2004 jusqu’à 2009. OK.
Olivier M. 18:56
– C’est ça, les 5 ans d’école d’ingénieur ? C’est ça, exactement.
Nidhal D. 18:58
– Et l’INSAT, à ce moment-là, elle avait une spécificité, c’est que tu fais 5 ans d’études et après, tu fais 4 à 6 mois de projet de fin d’études. Donc, tes études, ils se terminent après 5 ans et demi.
Olivier M. 19:10
– OK. D’accord, c’est en plus.
Nidhal D. 19:11
– En plus.
Olivier M. 19:12
– Parce que 5 mois dans l’école, ce n’était pas en plus. Ça faisait partie de la dernière année.
Nidhal D. 19:16
– Et maintenant, ils ont… repris ce schéma-là. Donc, les étudiants, maintenant, ils ne font que 5 ans, ils ne font pas 5 ans et demi. Alors, ça avait ses avantages et ses inconvénients. L’inconvénient, je commence par ça, c’est que tu fais plus. Donc, tu sors plus tard. Par contre, l’avantage, c’est qu’on était les seuls étudiants qui étaient diplômés au moment où on sortait. Donc, en termes de marché de travail, c’était beaucoup plus facile de trouver un travail.
Olivier M. 19:41
– Ah oui, d’accord.
Nidhal D. 19:41
– Parce qu’on était les seuls disponibles. Les autres, ils étaient toujours à faire leurs études de 5ème année ou ils avaient encore 6 mois et donc les entreprises qui étaient là c’était plus facile ils avaient je sais pas une cinquantaine de personnes, 60 personnes Et on était la seule école en Tunisie qui faisait ça, donc d’ingénieur, parce que toutes les autres écoles, c’était cinq ans. Et donc, nous, on avait plus de facilité à trouver des jobs.
Olivier M. 20:07
– Et du coup, qu’est-ce qui t’a amené à un jour aller en France ? Parce que de ce que je comprends, tu es allé en France après.
Nidhal D. 20:14
– Oui, l’amour.
Olivier M. 20:16
– Ah, c’est l’amour qui t’a amené là-bas ?
Nidhal D. 20:17
– Oui. En fait, en Tunisie, après avoir terminé l’école, j’ai fait un petit passage au Canada.
Olivier M. 20:26
– OK.
Nidhal D. 20:26
– Donc j’ai fait mon projet de fin d’études au Canada.
Olivier M. 20:28
– Donc six mois alors, c’est ça ?
Nidhal D. 20:29
– Six mois. Donc c’était entre août 2009 et janvier-février 2010. J’étais déplômé en mars 2010 du coup. Et puis j’ai commencé à travailler en Tunisie. J’ai travaillé pendant cinq ans en Tunisie. Pendant ces cinq ans-là, j’ai fait connaissance avec ma future femme à ce moment-là, donc avec Iba. Et on a fait connaissance en 2012. C’est marrant parce que ça ne marchait pas très bien entre nous. Donc, on n’était plus ensemble. Et on a repris notre relation en 2013. Et en 2013, elle vient de finir ses études. Moi, je travaille en Tunisie. Et elle a eu une opportunité de partir en France. Au début, pour son projet de fin d’études à Toulon. Et puis à Paris. Donc, 2014, elle était déjà à Paris. Elle hésitait à y aller. Parce que justement, ça se passait bien entre nous. Et moi, je lui dis, tu ne vas pas conditionner ta carrière, ton futur avec une relation qui, on ne sait jamais, ça peut durer comme ça ne peut pas durer. Parce que voilà, c’est la vie. Donc, je lui dis, vas-y, on va tester. On va voir comment ça va se passer. Puis, on verra.
Olivier M. 21:48
– Du coup, toi, tu étais prêt à la suivre ?
Nidhal D. 21:50
– À ce moment-là, non.
Olivier M. 21:51
– À ce moment-là, non. OK.
Nidhal D. 21:52
– À ce moment-là, je résistais de sortir en Tunisie. J’étais bien. J’étais à la fois autonome, j’ai pris mon indépendance de mes parents, mais je continuais à être proche d’eux parce que ça me tenait à cœur d’être très proche d’eux. Et puis j’avais mon cercle social, j’étais bien au boulot.
Olivier M. 22:11
– Un peu de stabilité par rapport à cette enfance qui était très mouvementée.
Nidhal D. 22:15
– Exactement. Donc je lui dis, vas-y et on verra par la suite. Et au pire, tu peux revenir et peut-être moi je peux aller. Mais à ce moment-là, c’était pas le truc… Je ne préférais pas cette option-là. Et 2014, c’était quand même compliqué la relation à distance. Très compliqué. La communication, elle est vraiment très dure. C’est vrai qu’on avait les réseaux sociaux, donc on avait aussi Messenger et ainsi de suite.
Olivier M. 22:41
– La grande époque.
Nidhal D. 22:42
– Oui, c’est ça. Mais c’était quand même… Ce n’est pas pareil, c’est très difficile. Et donc, je ne sais pas comment, je me suis dit, allez, on va se donner une chance à cette relation. Et je vais aller en France. Et donc, je trouve un moyen de, à la fois, pas être en CDI en France, mais être en mission en France à travers une boîte qui a une filiale en Tunisie. Et ils travaillaient aussi, enfin, ils étaient en France. C’était une boîte française, mais qui avait une filiale en Tunisie.
Olivier M. 23:15
– C’est une manière de mettre le pied sur le territoire sans être complètement détaché de là où tu étais.
Nidhal D. 23:21
– Et donc, même vis-à-vis de mes parents, c’était Je vais aller en mission pendant un an, peut-être deux ans, et peut-être que je vais revenir, tu vois. Je ne vais pas aller m’installer en France. Et donc, en 2015, le 11 janvier 2015, je débarque en France. Pourquoi je garde cette date ? Parce que j’ai perdu mes papiers le jour même. Je les ai oubliés dans le taxi. Donc, c’est un…
Olivier M. 23:42
– Accès manqué, tu sais.
Nidhal D. 23:43
– Voilà, c’est ça. Mais je ne perds pas mon passeport. Et j’avais aussi de l’argent de poche. Enfin, l’argent de poche, c’était mes économies pour démarrer, que je n’ai pas perdu. J’ai perdu les papiers, disons, mon permis de conduire, ma carte d’identité nationale tunisienne, des choses comme ça. Ma carte brancaire tunisienne, voilà. Et je débarque en France pour justement donner une chance à cette relation. Et ce n’était pas pour une expérience professionnelle, ce n’était pas parce que je voulais aller en France, ce n’était pas, c’était vraiment pour donner une chance à cette relation. Et tant mieux, parce que… Quelques années plus tard, on est là maintenant.
Olivier M. 24:26
– Et du coup, cette arrivée en France, c’est-à-dire que là, le fameux janvier 2025, tu arrives en France. Actement qui est ou pas, tu as un petit peu tout ce qui est tunisien qui est resté en Tunisie, de ce que j’entends. Et puis, il y a juste ce qui te permet de démarrer qui arrive en France. Comment est-ce que tu appréhendes une culture différente ? Comment est-ce que tu appréhendes cette arrivée-là ?
Nidhal D. 24:48
– Alors, je ne vais pas dire que c’était très difficile, mais c’est compliqué. dans le sens où Même si on est un pays francophone, la Tunisie, c’est-à-dire qu’on parle français, on est pas mal influencé par la France vu l’historique et puis le système éducatif et ainsi de suite. Et eux, on regardait les chaînes françaises aussi et tout. Donc, on connaissait un peu la culture. Mais c’est toujours, en fait, une période où tu n’as pas les codes. Tu as toujours cette posture d’imposteur.
Olivier M. 25:19
– De l’étranger qui arrive.
Nidhal D. 25:20
– Voilà, c’est ça. Et tu te demandes, est-ce que tu es légitime ? Est-ce que tu vas arriver à être à l’aise dans ce pays ? Est-ce que tu vas réussir à t’intégrer avec tout ton bagage qui est complètement différent du bagage des gens avec qui tu travailles ? Et c’est compliqué et ça se reflète en fait. Je me rappelle très bien, même la relation avec ma femme est devenue compliquée. Et donc, il y avait au début plus de tensions que ce qu’on avait. Quand on était en 2014, à distance.
Olivier M. 25:56
– À distance, oui.
Nidhal D. 25:57
– Parce que je pense que j’étais dans un moment où j’ai tout lâché en Tunisie. J’arrive dans ce pays et je redécouvre les difficultés de s’intégrer que j’avais quand j’étais enfant.
Olivier M. 26:11
– Finalement dépassé quand tu as commencé à travailler, que tu as recréé un cercle social, tu as retrouvé une stabilité finalement. Oui, d’accord.
Nidhal D. 26:18
– Et là, je reprends à zéro. Et les schémas de quand j’étais petit… me reviennent avec toutes les difficultés de est-ce que je vais réussir à trouver un cadre social ? Est-ce que je vais m’intégrer ? Est-ce que je vais m’intégrer sans forcément changer ?
Olivier M. 26:37
– Ou devoir changer qui tu es. Oui, voilà.
Nidhal D. 26:39
– De ne pas rester moi-même. C’était ça aussi, la crainte. Et est-ce que les gens vont m’accepter ? Est-ce que je vais faire mes preuves ? aussi de performance dans le travail. J’arrive dans un cadre nouveau. Je n’ai pas fait de consulting avant, donc j’arrive aussi en tant que consultant. Donc, c’est une posture différente.
Olivier M. 27:00
– Quand tu arrives, tu arrives avec un job ou sans job ?
Nidhal D. 27:02
– Alors, quand j’arrive en mission, j’arrive sans… Alors, j’ai un job parce que je reste avec un contrat tunisien. Mais j’arrive pour faire des entretiens avec mon entreprise du coup. Entretien chez des clients. Donc, je n’ai pas encore de mission. Mais je vais faire des entretiens chez différents clients pour trouver une mission.
Olivier M. 27:20
– Ok, d’accord. Donc là, en fait, tu disais que tu avais toujours un pied en Tunisie, au sens où tu es employé par une société tunisienne qui t’envoie en France pour des missions.
Nidhal D. 27:28
– Oui.
Olivier M. 27:28
– Mais du coup, tu n’avais pas la mission quand tu es arrivé.
Nidhal D. 27:30
– Non.
Olivier M. 27:31
– Ok.
Nidhal D. 27:32
– Et donc, voilà, c’était une période où aussi, il fallait aussi comprendre rien que la partie administrative, comment ça marche, comment trouver un logement. J’ai commencé en sous-location au début. Puis comment trouver un appartement ? Pour trouver un appartement, il faut avoir des fiches de paie. Moi, je n’avais pas des fiches de paie parce que mes fiches de paie sont tunisiennes. Donc toutes les galères administratives que tu dois comprendre, que tu dois accepter aussi, c’est difficile d’accepter que ta situation est différente et que la réalité n’accepte pas ou n’intègre pas ta réalité à toi.
Olivier M. 28:09
– C’est intéressant parce que c’est vraiment… ce que l’on voit nous au quotidien en entreprise, parce que tu arrives quelque part où il y a des choses qui fonctionnent comme ça. Et en fait, le fonctionnement comme ça, c’est un process standard qui part du principe que, on va dire, le contexte est similaire pour plein de gens. Et toi, tu arrives avec un profil différent et c’est là que tu te rends compte de tous les trous qu’il peut y avoir dans le process ou à quel point il n’est pas adapté pour des personnes qui viennent d’ailleurs.
Nidhal D. 28:37
– Parce qu’au final, Je dis que c’est difficile et compliqué. Quand même, je suis dans une situation financière assez confortable. Donc, pour trouver un logement ou pour pouvoir payer un logement et tout, c’était possible niveau chiffres. Mais voilà, cette réalité, ce contexte, c’est comme ça que ça se fait. Et donc, toi, tu ne rentres pas dedans.
Olivier M. 29:01
– D’ailleurs, c’est à quel endroit ? Parce qu’on disait France, mais du coup… À Paris. Tu arrives à Paris. Oui.
Nidhal D. 29:05
– Je suis arrivé à Paris. commencé, ma première sous-location, c’était au 17ème, plus près côté 18ème, tu vois. Et c’était à travers une connaissance d’une connaissance qui a souloué son appartement pour moi. Donc voilà, j’arrive dans ce cadre-là avec tout mon bagage, avec une situation assez différente de ce que d’autres avaient, et il fallait comprendre, accepter cette différence, et puis s’adapter.
Olivier M. 29:34
– Et justement, quand tu parlais de ne pas connaître les codes et que maintenant, il faut que tu t’y adaptes, est-ce que tu te souviens des codes que tu n’avais pas et que tu as dû apprendre sur le terrain et que tu pourrais nous partager ?
Nidhal D. 29:50
– Alors, rien qu’en entreprise déjà.
Olivier M. 29:52
– Ouais.
Nidhal D. 29:53
– Déjà… Je me rappelle très bien dans les entretiens, en fait, dans mes entraînements pour les entretiens, on avait ce mot qu’on disait pour les consultants, il avait la bonne tête, il a la bonne tête.
Olivier M. 30:10
– Pour qui ? Pour le consultant ? Pour le consultant. Ok, pour le consultant.
Nidhal D. 30:13
– Et c’est un truc abstrait pour moi. C’est quoi la bonne tête ? C’est quoi la bonne tête ? On parle de ma tête ? En fait, c’est vraiment dans le jargon de se dire qu’il se présente bien, il parle bien, il est cohérent, il s’habille bien. Il y a des codes vraiment à comprendre. Et ça, moi, je ne l’avais pas avant.
Olivier M. 30:34
– En Tunisie, c’est vraiment différent ?
Nidhal D. 30:36
– C’est différent. Alors, vestimentairement, non, mais sur la façon de se présenter et tout, c’était différent. Alors, je dis ça, mais je parle de 2015. Les choses, peut-être qu’ils ont changé. Je me suis éloigné. Je ne connais pas maintenant comment ça se passe.
Olivier M. 30:53
– En tout cas, à l’époque, c’est ce que toi, tu as appris.
Nidhal D. 30:55
– Exactement. Donc ça, c’est quelque chose que je découvre. La vie, d’une manière générale, parisienne, tu vois, même si en Tunisie, on sortait, on faisait la fête et tout, c’était quand même un rythme assez différent.
Olivier M. 31:09
– Oui, socialement parlant, il a fallu reconstruire un cercle.
Nidhal D. 31:12
– Oui. Et en fait… À cette époque-là, je ne savais pas, est-ce que je devais changer ? Quelles sont les choses que je devrais changer pour m’intégrer ? Et quelles sont les choses que, en fait, je ne veux pas changer ? Et c’est comme ça, et que c’est le groupe auquel je vais m’intégrer, ou les personnes avec qui ils devraient accepter. Et ça, c’est des questions vraiment que je me posais, et que la réponse, elle n’était pas évidente. Donc il fallait tester parfois. Il fallait partir dans des chemins qu’au final, tu te dis que c’était une connerie. Et dans d’autres, où tu dis « Ok, j’ai fait le bon choix. » Et c’est là où, comme j’ai dit, ça a affecté un peu ma relation aussi en 2015. Il y avait des tensions parce que j’étais dans ces moments où…
Olivier M. 31:58
– Il faut tester des trucs.
Nidhal D. 31:59
– Tu testes, tu es frustré parfois.
Olivier M. 32:02
– Et tu ramènes tout à la maison.
Nidhal D. 32:03
– Et tu ramènes tout à la maison. Mais voilà, c’était ça aussi mes débuts en France. Donc cette période-là de mission et tout, elle n’a pas duré beaucoup. Elle a duré 13 mois exactement. Parce que j’étais en mission et c’est peut-être tout le malaise que j’avais qui était aussi associé à cette mission où je n’étais pas bien. Je n’étais pas bien du tout. J’étais dans une mission où je me sentais mal compris, où je n’arrivais pas à trouver la bonne posture. Ou aussi j’étais face à un manager, une personne où on ne partageait pas les mêmes valeurs. Pour ne pas… portée de jugement et ça se passait très mal. Et en plus de ça, je vois que aussi la société de service par laquelle je passe, en privilégiant le business sur le consultant, il donnait plus raison au manager qu’à moi et peut-être ça, je peux dire, ok, peut-être moi, je n’étais pas performant comme ils voulaient ou comme ils pensaient, mais surtout, ce qui m’a beaucoup frustré, c’est juste… de ne pas essayer de comprendre, de ne pas aller chercher un peu plus loin derrière par quoi je passais, c’est quoi ma vie.
Olivier M. 33:19
– D’avoir la conversation sur les différents angles, sur une même histoire.
Nidhal D. 33:23
– Voilà. Et ça m’a marqué. Et d’ailleurs, c’est un truc qui est devenu essentiel dans mes choix d’entreprise par la suite, mais surtout que moi aussi j’incarnais quand je recrutais. Et quand je suis devenu manager pour des équipes, quand j’accompagnais des équipes, c’est quelque chose qui était la base de tout ce que c’est devant toi. Il y a un humain. Un humain, ce n’est pas juste ce qu’il dit ou ce qu’il fait sur le moment. C’est aussi tout un bagage, toute une vie et qu’il faut avoir du courage. pour faire l’effort et aller chercher et comprendre ce bagage. Et il n’y a que les courageux qui peuvent faire ça.
Olivier M. 34:13
– Oui, je comprends.
Nidhal D. 34:14
– Ça demande beaucoup d’efforts. On n’est pas forcément obligé de le faire, mais quand tu le fais, tu vois la différence derrière.
Olivier M. 34:22
– Surtout dans un monde qui veut toujours aller plus vite, on prend beaucoup de raccourcis, alors que parfois, il suffit de prendre le temps, justement, pour savoir ce qui se cache derrière le titre, la casquette, le masque qu’on met en entreprise. Il y a une vie derrière. et tout un contexte.
Nidhal D. 34:37
– Oui. Donc, fin 2015, je commence déjà à dire, OK, je vais aller de l’avant de ma relation amoureuse. Donc, je veux avancer. Et donc, je commence à chercher plutôt un CDI en France. Donc, c’est bon, l’idée… Le déclic, c’était la mauvaise expérience que je subissais en 2015 dans ma mission.
Olivier M. 34:59
– C’est vrai que tu aurais pu décider, ok, je repars.
Nidhal D. 35:02
– Oui, mais c’est pour ça que je dis, c’est l’amour.
Olivier M. 35:05
– C’est l’amour qui t’a fait rester.
Nidhal D. 35:06
– Qui m’a fait rester. Et je commence à dire, ok, je reste et je cherche une autre entreprise. Et je me fais contacter fin 2015, décembre, début janvier, une entreprise. qui s’appelle Mindset Consulting, pour le coup je vais le nommer, parce que j’ai parcouru un long chemin avec eux, qui me contactent pour faire des entretiens pour un poste de chef de projet. Et je fais les entretiens, il ne se passe rien derrière. Je ne suis pas contacté. Je continue mes recherches entre-temps. Et après, ils me recontactent, après quelques semaines, pour me dire c’est bon, on va signer un contrat. Et il faut savoir qu’à ce moment-là, puisque j’étais en mission, donc je n’avais pas un CDI, Je n’avais pas une carte de séjour de quelqu’un qui a un CDI. J’avais une carte de séjour de quelqu’un qui venait en mission. Et donc, il fallait me faire une procédure d’intégration comme si je venais de la Tunisie. Donc, c’est une procédure aussi assez longue et tout. Moi, dès le début, dans les entretiens, j’étais transparent en leur disant, voilà, si vous voulez travailler avec moi, on va travailler ensemble, il faut faire ça. Et ils étaient OK. Et dès les entretiens, je vois… quand même une différence d’approche dans le recrutement. Je ne vais pas dire à ce moment-là qu’ils étaient des experts de recrutement. Pas du tout, et d’ailleurs, ils reconnaîtront ça. Ils étaient une petite boîte, ils étaient 15 personnes, donc ce n’étaient pas les deux fondateurs. Mais leur approche, elle était très humaine. Et il y avait l’aspect compétence, donc le savoir-faire. Mais ils arrivaient aussi à creuser le savoir-être. Et c’est ce que j’ai apprécié. J’ai aussi apprécié qu’ils étaient justes dans leurs propositions financières, contrats et ainsi de suite. Parce qu’ils auraient pu tomber aussi dans la facilité, dans le truc où on ramène quelqu’un de la Tunisie. Et ça se faisait à ce moment-là. Et donc, on va lui donner un salaire inférieur à ce qu’il y a dans le marché. Oui.
Olivier M. 37:11
– Ce qu’il se fait habituellement. Voilà.
Nidhal D. 37:13
– Parce que, voilà, ils étaient très justes là-dessus. Et j’ai beaucoup apprécié ça. Et donc, je commence à travailler avec eux en avril, fin avril, début mai 2016. Et c’est là où je commence vraiment à me projeter, à vivre en France. Et je suis sorti aussi de ce contexte très toxique dans la mission. Et je ne vais pas dire qu’avec Mindset, ça a bien fonctionné dès le départ. Ça n’a pas fonctionné bien dès le départ.
Olivier M. 37:45
– Mais du coup, c’est un petit refrain, non ? Toi, les relations, ça a du mal au début, non ?
Nidhal D. 37:50
– C’est un petit refrain, c’est un petit pattern. Mais je pense qu’il y a un nouveau changement pour moi. Maintenant, c’est plus la stabilité et tout. Mais surtout, j’arrive dans un nouveau cadre de travail, dans une entreprise, des nouvelles personnes. Il faut reprendre les choses à zéro. Et en plus, tu sors d’une mission où c’était difficile.
Olivier M. 38:13
– Donc, tu arrives un petit peu avec une dimension protectionniste, si je puis dire.
Nidhal D. 38:19
– Un, protectionniste. Deux, il y a la peur d’échouer. En fait, il y a la peur. Ça recommence, c’est ça ? Voilà, ça recommence. Et donc, si ça recommence, c’est peut-être moi.
Olivier M. 38:27
– Oui, je comprends.
Nidhal D. 38:28
– Et je peux te dire que sur mes premières missions, parce que j’avais des petites missions à gauche, à droite avec cette boîte, puisqu’on est sur une petite boîte, donc on avait plusieurs clients, on changeait un peu. Ça ne se passait pas bien, en fait. Pendant ma période d’essai, ils auraient pu se séparer de moi très facilement, mais ils me donnent ma chance. Et le fait qu’ils m’ont donné une seconde chance, parce que je reconnais que je n’étais pas bon, ça m’a donné confiance en moi, ça m’a responsabilisé. Et je me suis dit, à partir de là, je vais tout faire pour réussir. Et donc, j’ai fait ce que j’aime faire ou je sais faire, c’est observer, c’est rester discret. observer, bosser, mais surtout observer et comprendre. Et ça m’a permis, donc 2016, ça se passe un peu moyen, disons, entre pas bon et un peu bon.
Olivier M. 39:23
– Entre pas bon et un peu bon.
Nidhal D. 39:26
– Et je pense la métamorphose, ça se passe en 2017.
Olivier M. 39:30
– Donc un an quand même.
Nidhal D. 39:31
– Oui.
Olivier M. 39:32
– On va dire, tu tapes un peu contre les murs, puis après tu trouves ton chemin.
Nidhal D. 39:36
– Exactement. Je me cherchais, je pense, tout 2016, début 2017, je me cherchais. Et s’il y a eu un changement, c’est vraiment parce qu’il y a des personnes qui m’ont fait confiance. Pas parce que je suis bon. Ils ne m’ont pas fait confiance parce que je suis bon. Je pense qu’ils ont… m’ont fait confiance. Je ne sais pas s’ils ont vu la sincérité, ils ont vu le potentiel. Je ne sais pas. Je n’ai jamais posé la question pourquoi. Mais j’ai senti la confiance. Et quand je parle des personnes, alors pas forcément des deux cofondateurs de la boîte, Andrea et Stéphane, pas seulement, parce qu’eux, ils ont renouvelé quand même, ils m’ont donné une seconde chance, mais surtout avec des gens avec qui j’ai travaillé dans la boîte. Et ça, cette Une sorte de reconnaissance que, oui, on compte sur toi et on sait que tu vas bien faire, ça m’a donné beaucoup de force. Et c’est en 2017 où je me suis dit, c’est là où je vais faire de l’impact. C’est comme ça que je vais faire de l’impact. Et voilà, c’est là où j’ai commencé à vraiment prendre en main et être plus responsable de mon futur.
Olivier M. 40:46
– Et qu’est-ce qui, du coup, a concrètement changé entre, justement, cette phase d’avant où tu te cherchais un petit peu ? Et cette phase d’après, où tu t’es senti soutenu, reconnu, et tu t’es dit, bon, maintenant, go.
Nidhal D. 40:59
– Je pense que j’ai senti que le regard des gens envers moi, ces personnes-là, c’est qu’on t’accepte comme tu es. C’est à toi maintenant de nous montrer qui tu es.
Olivier M. 41:10
– Et du coup, qui étais-tu à ce moment-là ?
Nidhal D. 41:12
– Et à ce moment-là, en fait, j’étais quelqu’un qui était en retrait pendant 2016, parce que j’essayais de comprendre et tout. En retrait, je ne prenais pas des initiatives. et… surtout, je ne prenais pas mes responsabilités. Et typiquement, je peux te donner des exemples concrets pour prendre des initiatives, c’est-à-dire que proposer des nouvelles idées à la boîte, proposer de faire typiquement la partie développer une offre agile avec des formations, parce que j’étais en Scrum Master en ce moment-là, avec des formations formées en interne, proposer des formations peut-être en externe, aller développer cet axe-là. recruter des gens comme ça, vraiment des propositions concrètes qui ont été bien accueillies et qui m’ont aussi dit, ok, tu veux faire ça, vas-y, fais-le, on te donne du temps, on te donne les moyens, et fais-le. Et ça m’a libéré. Et depuis, j’ai compris que dans cette boîte, je pouvais faire plus que ma mission et aller au-delà. de ce que je peux proposer comme valeur que chez le client, mais aussi à l’intérieur de la boîte.
Olivier M. 42:21
– C’est un chiffre qui est intéressant parce que tu passes d’un simple exécutant qui est payé pour quelque chose qu’on lui demande de faire à un acteur de sa propre vie professionnelle, on va dire dans un premier temps, pour créer quelque chose qui te ressemble et qui en même temps est cohérent avec, je suppose, la valeur de la boîte et ce qu’elle souhaite promouvoir.
Nidhal D. 42:43
– C’est exactement ça. C’est exactement ça. Et donc, c’est un changement de posture pour moi dans la boîte qui a été accompagné par « vas-y, fais-le, on te fait confiance, ça responsabilise, ça fait peur, mais ça responsabilise. » Et il y a toujours, en tout cas en moi, il y a toujours un besoin de reconnaissance. Peu importe la forme, mais il y a toujours ce besoin de reconnaissance. Il existe toujours aujourd’hui. Et j’ai vu cette reconnaissance. Et ça m’a encore renforcé la confiance. Et donc, c’est là où je me suis dit ok, là je suis bien intégré, là je suis bien et je peux avoir de l’impact et je peux faire quelque chose.
Olivier M. 43:22
– Donc de ce que j’entends, tu commences à recréer une stabilité au niveau de ton écosystème, donc dans ton boulot. Je suppose que ça aide pareil à la maison. Qu’est-ce que tu fais pendant ces cinq ans ? Parce que c’est 2017, c’est ça ?
Nidhal D. 43:38
– Oui, jusqu’à 2022.
Olivier M. 43:39
– Jusqu’à 2022 où j’ai cru comprendre qu’il y avait encore un autre basculement. Voilà, si en quelques mots, ces cinq ans, qu’est-ce qui se passe ?
Nidhal D. 43:46
– Alors, je continue à faire des missions parce que j’adore faire ça. Que ce soit Scrum Master, par la suite, j’ai fait un peu de coaching aussi. Que ce soit de coaching d’organisation d’équipe ou de coaching juste de manager pour les accompagner dans la gestion de leurs équipes. Il y a parfois des trucs simples, faire des roadmaps, créer des objectifs pour leurs équipes sur lesquels ils peuvent s’aligner et ainsi de suite. Et en plus de ça… à l’intérieur de la boîte, c’est construire cette offre agile, par la suite, faire de la direction de projet, être manager de quelques équipes et prendre des postes de direction, être dans le comité de direction et rentrer au capital dans l’entreprise et donc être associé. Parce que justement, c’est ce besoin de reconnaissance. Cette confiance, elle arrive avec cette reconnaissance. Cette reconnaissance, elle a pris plusieurs formes. Les mots gentils, les encouragements, la confiance. Vas-y, fais. et nous on… on te suit, les moyens et tout. Mais aussi la partie aussi, le fait qu’on veut t’intégrer dans le capital de l’entreprise. Donc c’était une volonté d’intégrer certains éléments, donc certaines personnes dans le capital de l’entreprise pour être associées. Pour fidéliser, bien sûr, mais aussi pour responsabiliser. Et pour moi, c’était quelque chose, c’était pour moi une reconnaissance ultime des deux fondateurs de mon travail. Et j’étais très content.
Olivier M. 45:08
– Mais c’est vrai que là, quand je t’entends, il y a bien un processus, on va dire, bilatéral dans l’intégration. Parce que depuis le début, on parle d’intégration et de ta capacité à observer. Et puis ensuite… prendre des actions pour essayer de toi t’intégrer. Mais si l’écosystème ne te laisse pas de place ou ne te donne pas justement cet espace pour t’intégrer, c’est plus difficile. Et là, j’entends que justement, il y a les deux. C’est que non seulement, effectivement, tu n’as pas été bon au début, mais ça arrive à tout le monde. Eux, ils se sont dit, on va quand même lui donner sa deuxième chance et on va lui donner tout ce dont il a besoin pour réussir. Il s’avère que toi, tu as pris finalement la perche qui t’avait été étendue et tu en as fini à être associé. Donc, c’est bien pour se dire quand même que Merci. C’est rarement la faute que d’un côté, entre guillemets. C’est bien une relation qui se crée et qui va dans les deux sens.
Nidhal D. 45:58
– Totalement, totalement. Et je pense que si eux, ils m’ont fait confiance, ils m’ont donné cet espace et que moi, je suis passé à côté. Peut-être que si j’ai rejeté cet espace, ou je n’ai pas su faire avec cet espace, peut-être cette relation aurait échoué aussi.
Olivier M. 46:17
– Tout à fait.
Nidhal D. 46:18
– Et donc, effectivement, c’est dans une relation. que ce soit entre deux personnes ou une relation entre une personne, une communauté, une personne, une entreprise et tout, c’est vraiment, je dirais, c’est du 50-50 dans le sens où il y a une responsabilité des deux à faire les efforts pour que ça se passe bien. Et ça, pour le coup, effectivement, j’ai pu saisir l’opportunité, j’ai pu saisir la confiance et l’espace qu’on m’a donné, et tant mieux. Mais surtout, je pense que Si je n’aurais pas eu cet espace-là et cette confiance-là, peut-être que j’aurais commencé à douter de moi-même et à se dire, au final, peut-être la France, elle n’est pas faite pour moi, tu vois, et que je vais rentrer chez moi.
Olivier M. 47:02
– C’est la faute des autres, encore une fois.
Nidhal D. 47:04
– Exactement.
Olivier M. 47:05
– Et du coup, là, en tout cas de ce que j’entends, tu es quand même en train de monter pas mal.
Nidhal D. 47:09
– Oui.
Olivier M. 47:10
– Monter au sens, on va dire… progression de carrière, tu commences à être associé dans une boîte, donc c’est quand même quelque chose qui est un positionnement qui est différent, on va dire, d’un simple salarié. C’est pas jugeant, mais c’est un autre positionnement, disons. Et de ce que je comprends, il y a un autre choix qui fait que justement, ce positionnement-là va changer. Qu’est-ce qui se passe ?
Nidhal D. 47:28
– En 2022, il y a un passage de la France vers la Suisse et je quitte cette boîte pour aller en Suisse. Mais je ne quitte pas la boîte Parce que j’en ai marre de la boîte. Je ne quitte pas la boîte parce que j’en peux plus ou parce que je ne suis pas bien. Au contraire, je quitte la boîte au moment pile poil où je me sens le plus à l’aise, le plus performant. Je me sens très bien et pourtant, je pars. Alors, pour revenir un peu dans le contexte, c’est qu’il ne faut pas oublier qu’il y a aussi un Covid qui est passé. C’est vrai. 2020, 2021, 2022. Et surtout, pendant… Donc, toute cette période de 2019 jusqu’à la prise de décision et tout, personnellement, on était dans un processus de… On voulait avoir un enfant avec ma femme.
Olivier M. 48:22
– Ça faisait longtemps qu’on n’était pas revenu sur cet amour qui t’avait fait venir ici.
Nidhal D. 48:27
– Et du coup, ça ne marchait pas. Et de 2019, on commence un processus de PMA. Pour ceux qui ne connaissent pas le PMA, c’est la procréation médicalement assistée. Et ça, c’est quelque chose… Alors, je voulais juste ouvrir une parenthèse. Ça revient à… Moi, j’ai été… À la dernière année de mon école, j’étais atteint par une tumeur. Donc, j’ai fait aussi de la chimiothérapie. Et ça a amené un peu… C’était presque une conséquence logique d’avoir des difficultés à avoir des enfants. Et ma femme, et c’est un sujet que je voulais en parler précisément, c’est pour ça que je donne le contexte, elle souffre d’une endométriose. C’est un sujet qu’on ne parle pas assez. En France, ça va, en Suisse un peu moins. Mais c’est aussi quelque chose qui… Je sais qu’il y a une femme sur quatre ou une femme sur trois qui souffre de ça. Et ça peut aussi être un problème pour avoir des enfants. Et on n’en parle pas, il est assez banalisé, j’ai l’impression, dans le secteur médical ou dans la société. Mais c’est quelque chose qui touche pas mal de personnes. et qui peut affecter des vies, en fait. Et donc, voilà, on arrive à ce moment-là. Donc, on nous annonce qu’on ne pourra pas avoir d’enfant avec un cursus normal. Il faut aller jusqu’à la FIV. Donc, la FIV, c’est la fécondation in vitro. Et typiquement, c’est toute la partie fécondation, elle se passe à l’extérieur dans un laboratoire pour le faire. Et on démarre ça en 2019. Et c’est un… Je vais prendre un moment pour souffler.
Olivier M. 50:11
– Oui, t’inquiète pas.
Nidhal D. 50:14
– Et c’est un processus très, très lourd. Très, très lourd physiquement sur ma femme, parce que c’est des dizaines et des dizaines d’injections. de hormones, de médicaments, parce qu’il faut créer l’environnement propice pour que ça marche. Et donc, on rentre dans l’image d’une usine, tu vois, pour être dans les bonnes conditions physiquement. Donc, c’est très lourd pour elle. Ça crée aussi une sorte de… En fait, les hormones, ça affecte l’humeur aussi. Et donc, mentalement aussi, c’est difficile pour elle. Moi, je ne subis pas… le traitement physique, mais mentalement, c’est dur aussi parce qu’à la fois, il faut gérer l’aspect humeur et ainsi de suite, mais surtout, moi qui est quelqu’un qui aime s’impliquer dans tout ce qui nous concerne, les deux, je suis mis à l’écart dans le sens où le process médical, c’est pour elle, ce n’est pas pour moi. Et en plus, avec le Covid, donc tu n’as pas le droit de rentrer avec elle. Quand elle fait ses traitements, quand elle fait ses examens, quand elle fait la ponction, il y a énormément de trucs qu’elle fait. Et donc, je reste à l’extérieur et c’est dur mentalement. Surtout qu’on est assez proche pour qu’elle cherche du soutien moral à moi. Donc, il y a plusieurs fois où elle sort en pleurant et moi, je n’ai pas vu ce qui s’est passé. Mais voilà, ce n’est pas parce qu’elle a été maltraitée ou quelque chose comme ça. Non, mais parce que voilà.
Olivier M. 51:48
– Le soutien qu’elle avait l’habitude d’avoir avec toi n’était pas là.
Nidhal D. 51:51
– Et ça me faisait mal. C’était une souffrance, je relativise quand même, mais c’était dur pour moi aussi. À un autre niveau, à un niveau beaucoup moins que elle, mais quand même… Et donc, il y avait tout ce contexte-là. Et puis, les tentatives qui ne marchent pas. Et peu importe ce qu’on vous dit, que ça marche à 20-25%, il ne faut pas se mettre des attentes. Il faut continuer son train de vie. Il ne faut pas se focaliser dessus. Tu ne peux pas. Impossible. Tu penses à ça H24. Quand tu fais une tentative, tu as envie que ça marche. Et puis tu reçois le coup de téléphone qui te dit, ben non, ça n’a pas marché. Et c’est dur. C’est dur à encaisser. Et tout ça avec, je reviens au bagage, c’est-à-dire qu’on est quand même des Tunisiens les deux. Donc ce n’est pas des sujets dans lesquels… on cherche du soutien familial parce que ça ne fait pas partie de notre culture.
Olivier M. 52:51
– C’est quelque chose qui est un peu tabou ?
Nidhal D. 52:54
– Ce n’est pas tabou, mais c’est des choses où il y a, je ne sais pas combien de générations entre nous et nos parents. Et donc, ce n’est pas des discussions que tu peux avoir avec tes parents. Ils savent qu’on passe par un processus médical, mais on leur demandait de ne pas nous poser des questions, de ne pas discuter parce que ça va nous mettre juste la pression.
Olivier M. 53:13
– Je comprends.
Nidhal D. 53:13
– En plus de ça, la pression sociale, Donc, tu as des amis qui sont en train d’avoir des enfants, le premier, le deuxième, je le dis. Et tu commences à avoir parfois des idées noires, dans le sens où, pourquoi ? Eux, ça marche, et moi, non. Heureusement qu’il y a aussi le suivi psychologique, dans le sens où, typiquement ma femme, elle a fait appel à un psychologue, qui lui a un peu démystifié, mais aussi… désacraliser, si j’ose dire ce mot, le fait d’avoir des idées du style un peu de jalousie parfois ou des choses comme ça. Et des êtres humains.
Olivier M. 53:54
– Ah, au sens, oui. Donc désacraliser, c’est au sens est-ce que c’est bien ou pas bien ? Exactement. C’est presque éthique du terme. Exactement.
Nidhal D. 54:00
– Est-ce que je suis une mauvaise personne si je pense que mon amie qui vient d’avoir un enfant, je suis jalouse et que pourquoi elle et pas moi ?
Olivier M. 54:07
– Oui, je comprends.
Nidhal D. 54:09
– Et donc, il y a toute cette pression qui nous écrase presque. Et ça, c’est entre 2019 et 2022.
Olivier M. 54:16
– Donc, il y a un paradoxe entre une vie professionnelle qui est, on va dire, à son top, et puis la vie personnelle qui, pour le coup, est un peu plus chaotique.
Nidhal D. 54:26
– Oui. Alors, encore une fois, tout est relatif. C’est-à-dire que je parle de cette expérience, de ce contexte, pas pour dire que notre vie, c’était une vie… Non, on était… On avait une vie confortable, on a même acheté, on pensait s’installer en France sur une longue durée. Et voilà, donc c’est dur, mais c’est dans ce contexte-là.
Olivier M. 54:51
– On sent que c’est surtout émotionnellement parlant, où il y a beaucoup de choses qui se passent. Voilà.
Nidhal D. 54:56
– Est-ce qu’on avait conscience de tout ça ? Je ne pense pas. Je pense que moi, personnellement, j’étais toujours dans un mode automatique, dans le sens où j’essayais d’avancer dans ma vie, dans ma carrière, dans la partie personnelle. Et même sur ça, dans les discussions que j’ai avec ma femme, c’est si tu veux qu’on arrête, on arrête. C’est toi qui subis le plus de pression et le plus de douleur physique. Tu me dis, je te suis. Pas de problème. Mais on n’avait pas conscientisé cette souffrance ou cette pression pour dire, OK, il faut qu’on s’en sort. Et dans tout ça, alors, première brique, c’est qu’on se fait naturaliser. Donc, on devient français en l’été 2021. Et juste quelques mois après, il y a ma femme qui, dans sa boîte, on lui propose un contrat à Genève, disant… Est-ce que tu veux aller ? Est-ce que c’est quelque chose qui te tente ?
Olivier M. 55:57
– C’est encore elle qui a un contrat à l’extérieur, c’est ça ?
Nidhal D. 56:01
– C’est encore elle. Et juste pour la petite anecdote, en 2020, on visite Genève, juste avant le Covid, février 2020. Elle, elle partait pour le boulot pendant la semaine. Et puis moi, je l’ai rejoint le week-end. Et c’était un week-end février, plein soleil, faisait froid, mais plein soleil, faisait beau et on a adoré la ville. Et on s’est dit, ouais, pourquoi pas un jour, peut-être qu’on viendra s’installer ici. Pas si mal. Pas si mal. Mais aucun planning, rien du tout. Et elle vient l’opportunité, on y réfléchit. Moi, je rentre dans un schéma de résistance parce que je suis bien quand même.
Olivier M. 56:45
– Ouais, t’as une situation qui est quand même installée.
Nidhal D. 56:47
– Exactement. Stable. Encore un changement. Encore un départ vers un… pays que je ne connais pas.
Olivier M. 56:55
– Tu ne connais personne là-bas ? Enfin, vous, vous ne connaissez personne ?
Nidhal D. 56:57
– On n’a pas de famille, on n’a pas d’amis, on ne connaît personne. Et en plus, je suis vraiment dans ma zone de performance, dans ma zone de génie. En tout cas, c’est comme ça que je me sentais. En tout cas, c’est ma zone de confort, mais aussi de génie. À ce moment-là, avec Mindset. Et dire que j’arrête tout, je repars à zéro, c’était inconcevable. Et donc, je rentre un peu dans cette phase de résistance où je réfléchis, mais je résiste. C’est-à-dire que je réfléchis pour au final tomber toujours sur non, je ne veux pas.
Olivier M. 57:32
– Tu trouves toutes les excuses possibles qui justifieraient le fait de rester.
Nidhal D. 57:37
– Mais à l’intérieur de moi, il y avait un besoin de respirer. Parce que mine de rien, je me sentais quand même étouffé avec toute la pression qu’on sentait. Et avec ma femme, c’était pareil. À ce moment-là, on ne le savait pas. Mais avec beaucoup de recul par la suite et parce que j’ai réfléchi à ce sujet-là quelques années plus tard, j’ai la certitude aujourd’hui que c’était notre soupape de sortie pour juste respirer, partir à nouveau, une nouvelle vie, dans un pays où personne ne nous connaît. On va s’éloigner de toute cette pression qu’on va garder en région parisienne et là où on va aller, il n’y aura pas tous ces problèmes-là. Ce qui est faux, parce qu’en vrai, tu ramènes tout ton bagage avec toi, toutes tes expériences, toutes tes déceptions. Et de toutes les manières, on va continuer le process qu’on a commencé en Ile-de-France.
Olivier M. 58:36
– Mais derrière, c’est une sorte de parenthèse que vous créez, une petite bulle de respiration et d’oxygène ailleurs. Exactement.
Nidhal D. 58:42
– Il y a un truc qui change et ça change même ta posture. Ça te met dans une nouvelle posture.
Olivier M. 58:49
– C’est marrant parce que tu vois, rien que quand on dit qu’on… on part en vacances, j’ai besoin d’ailleurs. Parce qu’on pourrait très bien juste rester chez soi, à ne pas aller au travail, par exemple. Mais souvent, on a besoin de bouger quelque part d’autre pour voir autre chose, voir un contexte différent. Et ça nous donne souvent une perspective différente quand on revient. Donc, ce n’est pas incohérent, en tout cas.
Nidhal D. 59:10
– Et après un mois, je pense, de réflexion, en tout cas de mon côté, parce que pour ma femme, c’était presque décidé dans le sens où elle voulait aller.
Olivier M. 59:20
– C’est elle qui avait eu l’opportunité en plus.
Nidhal D. 59:22
– Et en plus, elle garde quand même son contrat. Ça a la même boîte, le même poste. Donc pour elle, il n’y avait pas un changement professionnel. C’est juste qu’elle veut sortir de cette pression et changer de lieu. Juste changer de lieu pour elle. Et on se dit, OK, on va y aller. Et au pire, si ça ne nous plaît pas, on reviendra à Paris.
Olivier M. 59:45
– Mais du coup, ce moment où vous vous dites OK. C’est quoi qui a basculé chez toi entre la résistance initiale et le hockey ?
Nidhal D. 59:55
– En fait… Ce que j’ai essayé de faire, c’est de dire « Ok, si j’arrive à visualiser tout le process de je rencontre les deux cofondateurs, je parle avec eux, j’explique ma décision et puis je me vois en train de vivre là-bas et comment ça va se passer. » Ça a beaucoup apaisé toutes les peurs et je suis passé en fait d’un process de réflexion de « Qu’est-ce que je vais perdre ? » à qu’est-ce que je vais découvrir et faire dans cette nouvelle vie, avec cette nouvelle vie. Et je pense que c’est là où j’ai dépassé mes peurs en se disant « Ok, pourquoi j’ai peur aujourd’hui ? » Parce que c’est flou, parce que voilà, c’est une nouvelle vie, je ne connais personne, je ne connais pas le marché, je ne sais pas comment faire. Toutes les difficultés que j’ai eues à s’intégrer en France et les échecs qui m’ont accompagné. Est-ce que je vais avoir la même chose ? Est-ce que je vais avoir en face de moi des personnes qui vont me laisser l’espace pour réussir ? Est-ce que je vais capter cet espace ou pas ? Tout ça, ça revenait. Et je pense que j’ai réussi à dépasser ça en se disant, j’ai pu le faire, je peux le refaire. Et au pire, si je n’y arrive pas, je reviendrai à mindset. Ils me connaissent, eux.
Olivier M. 1:01:19
– Oui, c’est intéressant parce que… Dans ta réflexion, de ce que je comprends, il y a vraiment un changement de regard. C’est-à-dire qu’au départ, c’était effectivement, je risque de perdre tout ça. J’interprète un petit peu, mais c’est le ressenti que j’ai sur le moment qui est, mais est-ce que je n’ai pas eu un peu de chance du coup de se dire, je n’étais pas bon, on m’a donné une chance, j’ai réussi à la saisir. Et du coup, peut-être qu’à l’époque, quand tu résistais, c’était plus… Et si je n’arrivais pas à refaire tout ça, et donc finalement, tout ce que j’ai construit ici, je vais tout perdre et jamais je ne vais pouvoir retrouver quoi que ce soit. Et tu as réussi à changer ton regard en te disant, en fait, j’ai moi-même intégré toutes ces compétences-là, qui me permettront dans le futur, si j’ai réussi une fois, je réussirai une deuxième fois. C’est ce que tu disais tout à l’heure et que je trouve assez beau dans ton discours. Parce que quand on est protectionniste, c’est qu’on ne croit pas en soi. Et du coup là tu es vraiment dans une dimension et un processus qui est… je crois en moi, je crois potentiellement en nous d’ailleurs, que je vais apprendre d’autres choses. Et puis surtout, et je pense que c’est là le point clé de la démarche, c’est que j’ai une porte de sortie. Donc cette porte de sortie, c’est si j’y arrive pas, je peux revenir à tel moment.
Nidhal D. 1:02:33
– Exactement, c’est de se dire que déjà on avait notre appart, donc on pouvait toujours revenir en région parisienne.
Olivier M. 1:02:40
– Ah oui, vous avez gardé l’appart.
Nidhal D. 1:02:41
– Oui, on a gardé l’appart. D’ailleurs, on l’a gardé justement parce que c’était une… une porte de sortie.
Olivier M. 1:02:45
– Mais c’est important, un lieu dans lequel on sait qu’on peut retourner.
Nidhal D. 1:02:49
– Exactement. Et puis, ça se passait tellement bien chez Mindset et même la sortie par la suite, parce qu’il y avait beaucoup de reconnaissance aussi de mon travail et tout et de ce que j’ai pu apporter. Donc, la sortie aussi, ça s’est bien passé. Je garde toujours des contacts quand j’y vais à Paris. J’y vais les voir. Parfois, je bosse même des locaux. C’est aussi une porte de sortie dans le sens où… Au pire, je ne vais pas revenir peut-être en tant qu’associé, je ne vais pas revenir en tant que manager, mais je pourrais être un consultant chez Mindset une nouvelle fois. Tu vois, si je postule avec mon CV, peut-être qu’il pourrait toujours m’accepter. Et ça m’a apaisé. J’ai trouvé un calme magique. Et je suis revenu vers ma femme et je lui ai dit, allez-y, on y va. Pour ça et ça et ça, et si ça ne se passe pas bien, on a eu cette discussion et on s’est dit, bon voilà, le processus quand même pour… annoncer ça et tout, c’était difficile. C’est-à-dire que faire face à eux, avoir cette discussion, expliquer, c’est pas facile quand même, parce qu’ils mettaient beaucoup de confiance en moi, ils pensaient pas que je pouvais partir dans ce jour et tout. Mais, comme j’ai dit, et c’est ce que j’admire chez eux, c’est cette capacité à prendre du recul et à se dire, ok, Nidal, c’est un être humain, il a d’autres envies aujourd’hui, il a d’autres besoins, et vas-y, tu vois. Et ça ne touche à rien à notre relation, à tout ce que tu as fait ou tout ce que nous, on a fait pour toi. Et ça, j’ai énormément apprécié et je le garde en moi jusqu’à aujourd’hui.
Olivier M. 1:04:23
– Départ alors ?
Nidhal D. 1:04:24
– Départ. Déjà, départ vers l’inconnu. Donc, un 31 juillet 2022, on prend le train, deux valises, deux sacs à dos, on arrive à Genève. Alors, pour ne pas dire qu’on était… pas accompagné quand même la boîte de ma femme elle met à disposition et ça c’est quelque chose qui se fait en Suisse parce que la Suisse elle vit aussi des pays à côté de l’Europe. Il y a beaucoup d’expats, il y a beaucoup de personnes qui viennent de l’étranger pour s’installer, surtout à Genève. Et donc, ils mettent à disposition des personnes pour accompagner cette transition.
Olivier M. 1:05:00
– Il y a vraiment des gens qui vous aident.
Nidhal D. 1:05:03
– Par exemple, la recherche d’appartements, de logements. Ils te donnent aussi de l’argent pour démarrer parce que la vie coûte deux fois plus cher.
Olivier M. 1:05:13
– Ne l’oublions pas.
Nidhal D. 1:05:13
– Nous n’oublions pas que Pas tout, mais voilà, il y a pas mal de choses. En tout cas, le niveau de vie, il est beaucoup plus élevé que les voisins européens. Et la partie fiscalité, par exemple, aussi. Donc, il y a eu un accompagnement quand même mis à disposition pour nous accompagner à faire quelques démarches administratives.
Olivier M. 1:05:34
– Donc, il y a bien un processus qui est mis en œuvre pour faciliter l’intégration.
Nidhal D. 1:05:37
– L’intégration, voilà. Mais tu découvres la réalité. Et donc, tu arrives déjà, tu découvres que… la recherche du logement, même si t’es accompagné, elle est super dure. Genève, il y a une tension sur la partie logement. L’offre, elle est très faible par rapport à la demande. Et donc, pour trouver un logement correct avec le budget que toi, tu as, c’est difficile. C’est dur. Donc, tu commences déjà à rien que comprendre les codes comme d’habitude. Donc, tu commences à… Ok. Maintenant, qu’est-ce que je dois assimiler ? La partie administrative. Donc, comment les assurances marchent ? Parce qu’il n’y a pas de sécurité sociale, il y a des assurances. Donc, le fonctionnement, il est différent d’une sécurité sociale, même si ça ressemble un peu, mais c’est des assurances privées. La partie recherche de logement, la vie d’une manière générale dans la rue, c’est différent parce que tu es dans une ville cosmopolite avec beaucoup d’organisations internationales. Donc, tu as des cultures. différentes. Et Genève, c’est très petit. C’est un arrondissement parisien, la ville de Genève. Donc les gens se connaissent aussi. Donc ça marche beaucoup de bouche à oreille. Je connais quelqu’un qui connaît quelqu’un et donc je te mets en contact avec lui parce qu’on s’apprécie, parce qu’on a bien bossé et tout. Tu commences à s’accommoder à la culture suisse qui est différente déjà de ma culture tunisienne.
Olivier M. 1:07:08
– Déjà.
Nidhal D. 1:07:09
– Et puis de tout ce que j’ai appris en France.
Olivier M. 1:07:12
– Et c’est marrant parce que, d’ailleurs, c’est d’autant plus représentatif dans ton témoignage que ce n’est pas parce qu’on parle la même langue qu’on a la même culture.
Nidhal D. 1:07:19
– Oui. Alors, ça facilite beaucoup.
Olivier M. 1:07:21
– Tout à fait.
Nidhal D. 1:07:22
– Mais ce n’est pas pareil. Un Suisse, il ne va jamais te dire que s’il va au resto et que le service n’était pas bon, il ne va pas le dire. Il pourrait même te donner un pourboire, mais il ne va jamais revenir. Et il va dire à tous ceux qui connaissent de ne pas y aller. Mais il ne va jamais te le dire. il y a une culture de discrétion c’est pas, alors, tout ce que je dis ça n’a pas une connotation positive ou négative c’est comme ça il y a un fait derrière et une fois que tu as compris, tu commences à détecter les signaux faibles pour le coup tu n’es plus dans le direct, tu es plutôt dans tout ce qui est indirect et donc ça change quand même quand tu es en entreprise et que même si Genève elle est cosmopolite donc il n’y a pas que des Suisses mais il y en a d’autres mais Quand tu travailles dans des entreprises où, par exemple, tu es face à des personnes qui sont très ancrées dans la culture suisse, tu commences à faire attention à ces signaux-là et que tu ne t’attends pas à un feedback direct, mais plutôt à aller voir. Il faut comprendre. Il faut comprendre. La culture suisse, c’est aussi, par exemple, on connaît l’industrie horlogère. Donc, c’est des gens qui font à la main. et même dans le système éducatif d’éducation en Suisse, la plupart des gens font plus des formations professionnelles plutôt qu’un cursus académique lent. Donc des courtes formations où tu es vraiment intégré dans des entreprises où tu fais plus que des études théoriques et ainsi de suite. Et ils valorisent ça.
Olivier M. 1:09:00
– La notion d’apprentissage, oui. Il y a quelque chose qui est plus développé, oui.
Nidhal D. 1:09:02
– Et c’est très valorisé. Et donc dans des métiers où on est dans le concret plutôt que dans le conceptuel, ils sont plus valorisés. Donc, c’est des choses comme ça que tu apprennes à comprendre et qui sont vraiment différentes de, par exemple, en France, on aime bien intellectualiser les choses. Et tout ce qui est intellectuel, on adore. Ça va, c’est OK.
Olivier M. 1:09:25
– Par contre, qu’on sache faire derrière, ça, c’est un autre problème.
Nidhal D. 1:09:28
– Voilà. En tout cas, voilà, il y a cet aspect-là. Et donc, tu commences à comprendre ces petites différences, ces petites subtilités et ça demande du temps. Donc, moi, pour avoir ce move, déjà, Par exemple, c’est pour ça que j’ai dit que ce qui me faisait peur, c’est que je ne savais rien du tout sur la Suisse. Et il fallait que je m’y intéresse. Et donc, j’ai commencé à sortir de ma zone de confort et à être ouvert et curieux pour comprendre. Et je pense que c’est ça le process qui m’a beaucoup aidé par la suite. Et donc, même avant d’arriver en Suisse, dès janvier, j’ai commencé déjà à prendre contact avec des personnes que j’avais sur LinkedIn, mais qu’on ne se connaissait pas, et à demander est-ce que je pouvais faire des entretiens avec eux. pour discuter parce que j’ai un projet de m’installer en Suisse. Et il y a certaines personnes qui ont ouvert leurs portes. Je salue Léo Davenay qui a passé du temps avec moi pour m’expliquer les codes, le marché, le marché agile, ce qui les offre, comment ça se passait et tout. Il a passé, je pense, 1h30 à discuter, 200 ans. Il a pris ce temps-là pour moi alors qu’il ne me connaissait pas avant.
Olivier M. 1:10:40
– Du coup, maintenant, vous vous connaissez.
Nidhal D. 1:10:42
– Maintenant, on se connaît. D’ailleurs, il a fait la keynote de la première Agile Toute que j’ai organisée. Donc, c’est une personne magnifique. Et lui, il était basé à Zurich. Il fallait comprendre aussi cette différence entre la Suisse allemande et la Suisse romande. Et il y a énormément de différences. donc déjà il y a un truc que j’ai compris c’est plus tu y vas vers les gens oui tu peux avoir du refus Mais il y a certaines personnes qui vont ouvrir des portes. Ils vont ouvrir aussi leur cœur. Ils vont donner du temps. Et ça va créer des relations magiques. Et peut-être des opportunités derrière. On ne sait jamais ce qui va se passer. Mais voilà, le fait juste de sortir de sa zone de confort et d’aller vers les gens, ça amène quelque chose. Ça crée quelque chose.
Olivier M. 1:11:33
– C’est vrai que parfois, il suffit juste de demander. Et non pas quémander, mais juste demander. Et souvent, il se passe des choses qu’on n’imaginerait pas. Exactement.
Nidhal D. 1:11:44
– J’ai commencé à, par exemple, j’ai updaté mon profil LinkedIn pour me mettre dans la région de Genève alors que j’étais toujours sur Paris pour que les entreprises puissent voir que je suis intéressé par ce marché-là et puissent me contacter. Donc, j’ai commencé à créer aussi des liens avec des entreprises, soit des ESN ou autres, qui me contactaient, mais qui voyaient que mon projet, il était encore, qu’il sera plus tard. Donc, il me disait quand tu viens en région, on en rediscutera et ainsi de suite. Mais voilà. Et du coup, j’ai fait connaissance avec Agile Suisse grâce à Léo. Donc, c’est lui qui m’a dit, il y a une association qui s’appelle Agile Suisse. C’est des gens sympas. Je pense que tu vas aimer. Viens dans un de nos meet-ups qui était à distance à ce moment-là, donc sur Zoom. Regarde comment ça se passe et si ça t’intéresse, tu peux intégrer. Et j’ai adoré le premier meet-up. Donc, j’ai intégré l’association. Je payais les 50 francs pour être membre. Et dans l’association, à ce moment-là, les membres pouvaient soit venir avec une initiative, soit intégrer une des initiatives qui était existante. Et les initiatives, à ce moment-là, il y avait des trucs comme des bibliothèques agiles où on se partage les lectures qu’on a eues sur un truc lié à l’agilité. il y avait la clinique agile où tu viens, tu… pose ta problématique et on t’aide là-dessus. Il y avait l’école agile, où on allait dans des écoles, dans des universités, pour promouvoir l’agilité, que ce soit des frameworks, les valeurs, les principes, voilà. Et il y avait le groupe d’organisation de l’Agile Tour, donc un événement. Et moi, je n’aurais jamais fait ça. Et dans ce mouvement qui a débuté, le mouvement de je suis en train de faire des choses que je n’ai jamais fait, je ne suis jamais allé en Suisse, je vais aller en Suisse. J’intègre une association, j’ai jamais fait de l’associatif, je découvre une nouvelle culture. Voilà, des choses que ce mouvement qui se crée, je dis, j’ai jamais organisé un événement de 200 personnes. Allez, vas-y, je le fais.
Olivier M. 1:13:51
– En plus, tu ne seras pas tout seul.
Nidhal D. 1:13:52
– Et en plus, il y a des gens qui l’ont fait dans ce groupe. Donc, je suis accompagné, ça va bien se passer, et voilà. Donc, j’intègre ce groupe, donc début 2022. Et sachant que l’Agile Tour, c’était en décembre, c’était le 6 décembre 2022. Et je commence à distance et puis je déménage, j’arrive. Donc quand j’arrive physiquement, je connaissais quand même une à deux personnes. Pas je connais en mode, on se connaît depuis des années ou… Non, c’est juste…
Olivier M. 1:14:24
– Mais tu sais que t’as quelqu’un que tu peux contacter. Voilà.
Nidhal D. 1:14:26
– C’est ça. On peut manger ensemble, on peut boire un truc ensemble. Et voilà, donc on commence là, on commence… Avec les difficultés de s’intégrer, avec une nouvelle culture, à comprendre ces codes-là que j’ai expliqués un peu, qui sont subtils et qu’il faut les comprendre, tu ne comprends pas au bout d’un mois ou deux mois, tu comprends au bout de six mois à un an. Et puis, je trouve ma première mission. Donc, j’arrive sans job, en fait.
Olivier M. 1:14:49
– Tu y suis. Je suis.
Nidhal D. 1:14:51
– Donc, on arrive le 31 juillet. Le premier, c’est un jour férié en Suisse. Et puis, le 2, ma femme, elle commence à travailler. Et moi, je vais au lac pour me baigner parce qu’il faisait chaud. Et donc, on commence à la fois la recherche de logement parce qu’on est logé dans un studio tout petit, dans un quartier. hyper animé. Donc la nuit, c’est dur avec le bruit, que j’adore d’ailleurs, le quartier des Paquis. Mais à la fois donc recherche de logement et recherche de travail pour moi. Et pendant le mois d’août, donc j’arrive à faire quelques entretiens. Faut savoir que le marché suisse, il est petit. Encore la Suisse romande, encore Genève. Et donc quand il y a une opportunité, tu as les 200 ESN qui sont installés et qui vont te contacter pour le même truc.
Olivier M. 1:15:42
– Oui, forcément.
Nidhal D. 1:15:42
– Et il faut faire un choix. Parce que si tu vas avec une société, tu ne vas pas avec les autres.
Olivier M. 1:15:48
– Forcément, oui.
Nidhal D. 1:15:48
– Parce que c’est aussi mal vu d’avoir ton CV chez les clients. Les clients, c’est mal vu de leur part qu’ils voient que tu postules avec 3, 4 entreprises.
Olivier M. 1:16:00
– Ce qui est un peu le même cas en France. En réalité, quand ils ont déjà vu ton CV une fois par quelqu’un, par d’autres.
Nidhal D. 1:16:06
– Et donc, il faut faire un choix par quelle société tu passes. et je prends ce choix de se dire je vais prendre le temps de connaître le marché. Donc, j’avais la volonté de faire un parcours d’entrepreneuriat, d’être solopreneur, d’être un dep, voilà. Parce que, justement, je pensais que je ne trouverais pas les mêmes conditions que j’ai trouvées chez Mindset. Et donc, je me suis dit, je vais les créer moi-même, pour moi. Et donc, je pars avec cette volonté. Mais quand j’arrive, je me rends compte que ça ne va pas être possible. Je ne connais personne, en fait. Ce n’est pas évident. Ce n’est pas si évident que ça. C’est facile sur le papier. Et donc, il y a une période transitoire où je dois passer par une autre ESN, faire des missions, connaître les gens, connaître les clients, connaître le marché. Et donc, j’intègre une mission. Ça se passe super bien.
Olivier M. 1:16:59
– Pour le coup, ça se passe bien alors ?
Nidhal D. 1:17:00
– Ça se passe super bien. Ça se passe bien. Et entre-temps, limite à côté, je suis en train de préparer l’Agile Tour aussi. Donc voilà, je trouve assez rapidement mes repères. Et je suis dans l’action. Et quand je suis dans l’action, je réfléchis un peu moins. Et ça me va. Parce que quand je suis dans l’action, je suis plus ouvert aux opportunités, à des nouvelles rencontres. Je suis assez à l’aise à faire face à tout ce qui peut me surprendre.
Olivier M. 1:17:31
– Tu as moins le temps de douter. Exactement.
Nidhal D. 1:17:33
– Voilà, c’est ça. J’ai moins de temps de douter. C’est le bon mot. Et ça se passe super bien. Je passe, je pense… un an et quelques mois avant de basculer effectivement en mode un dep avec un nouveau client. Donc ça, c’est sur la partie professionnelle. Maintenant, à côté, il y a une grosse partie personnelle.
Olivier M. 1:17:51
– Aussi, en tout cas. Aussi.
Nidhal D. 1:17:52
– Qui nous a amenés là, en Suisse. Il ne faut pas oublier que ce n’était pas moi, en tout cas, personnellement, ce n’était pas l’opportunité professionnelle qui m’a amené là. Je suis venu sans opportunité. Et pour ma femme, c’est pas… pas forcément aussi d’opportunité professionnelle puisqu’elle n’a pas changé de rôle, elle n’a pas changé de société. Elle a juste changé de lieu de travail.
Olivier M. 1:18:11
– C’était la respiration en tout cas.
Nidhal D. 1:18:13
– C’était la respiration et donc vient le moment où ok, on est installé, on a trouvé un logement, on aime bien le quartier où on est, maintenant on reprend. Avec la reprise, les doutes, toutes les déceptions qu’on a eues, ça revient. On pensait qu’on a quitté tout ça, mais non, ça nous rattrape. La pression, quand même, elle est beaucoup moins. Il y a un truc qui est différent. Et encore, ce n’est pas dans le jugement, mais c’est comme ça que nous, on a vu la chose et on l’a vécu. Il faut dire que le processus de PMA en Suisse, et surtout la FIV, elle n’est pas remboursée. Donc, il y a moins de gens qui y vont. Et donc, il y a moins de pression sur les hôpitaux là-dessus. Donc, les rendez-vous… C’est très facile à voir, très rapide. Le process, il est moins, entre guillemets, industriel. Le sens, il y a moins de patients. Donc, on prend plus de temps à discuter avec les patients. On est plus humain.
Olivier M. 1:19:17
– Il y a plus de soins.
Nidhal D. 1:19:18
– Il y a plus de soins. Il y a plus de liens, de relations. On se sent moins patient et plus humain. Et on voit ça directement. Et ça fait son effet en nous. Déjà… Il n’y a plus le Covid et tout, donc moi, j’étais là tout le temps. C’est juste à côté de chez nous, les HUG, les hôpitaux universitaires de Genève, c’est pas loin de chez nous. Donc c’est très facile aussi avec le télétravail de gérer ça. Je me sentais plus présent. Donc ma femme, elle est plus rassurée. Il y a plus de liens, plus de confiance. Je ne sais pas, ça prend en tout cas. Il y a un truc qui est différent. Et première tentative, ça marche. Et je me rappelle du coup de téléphone où on nous dit c’est OK, c’est bon. Et même avec ça, j’avais toujours en tête que… Il ne faut pas que je garde beaucoup d’espoir parce qu’on peut à tout moment dans le process retomber dans l’échec parce que c’est très sensible, c’est un process lent aussi.
Olivier M. 1:20:23
– Là, il y a l’étincelle, déjà, qui lance la chose, mais on n’est pas à l’abri que ça s’essaye au milieu.
Nidhal D. 1:20:30
– Et ça marche, et ça se passe super bien. Et moi, la seule explication, en tout cas, quand on en parle aujourd’hui, notre seule explication, c’est qu’on avait moins de pression, en fait. On se sentait plus dans l’humain. On avait un suivi très rapproché humainement. On avait même une psychologue avec nous, ce qui n’était pas le cas à Paris. Ce n’est pas pour comparer deux systèmes de santé. Je ne suis pas là pour juger. Je sais que la Suisse, c’est 8 millions, 9 millions. L’Île-de-France, c’est 12 millions. Donc, on n’est pas en train là de… On n’est pas sur la même échelle.
Olivier M. 1:21:06
– Mais c’est un contexte différent, en tout cas.
Nidhal D. 1:21:07
– Exactement. Mais comment on la vit ? Nous, on l’a vécu comme ça. Et je pense que ça a fait la différence. Ça a fait la différence. On se sentait beaucoup apaisé dans le process, beaucoup tranquille. Peut-être aussi la vie à Genève, c’était beaucoup aussi plus calme. On est sorti de ce cercle vicieux de pression et d’échec, de pression et d’échec. Et là, on s’est senti bien. Même le process, d’ailleurs, physiquement parlant, il y avait beaucoup moins d’injections, mais il était beaucoup moins lourd. Parce que le corps médical, il a choisi un… process qui reste la fif, mais ils ont dit non, on peut tenter ça et ça pourrait marcher. Je pense que c’est le moment le plus joyeux de ma vie. Et on s’est dit on a bien fait de venir ici et ça valait le coup.
Olivier M. 1:21:58
– 30 ans, t’as des mouchoirs sur le côté. De ce que j’entends, il y a quand même finalement un processus de changement qui a été particulièrement positif au final. Si tu n’avais pas réussi à changer de regard. Si vous n’aviez pas eu cette opportunité, si vous n’aviez pas bougé, potentiellement, vous n’auriez jamais eu ce moment-là ensemble.
Nidhal D. 1:22:17
– C’est ça. Et je pense que le fait de se mettre en mouvement, déjà, je vais reprendre ta phrase quand tu as dit « tu as moins le temps de douter » . Et quand tu as moins le temps de douter, donc tu as plus confiance, c’est peut-être pas pour les bonnes raisons que tu as confiance, mais tu as confiance et mentalement, il y a un déclic qui fait que peut-être… Même physiologiquement, dans le corps, il se passe des choses.
Olivier M. 1:22:42
– Tout à fait.
Nidhal D. 1:22:42
– Et voilà, on se dit que ça a valé le coup et que c’est un nouveau départ maintenant. C’est un nouveau départ, une nouvelle vie. Et peut-être si ça n’a pas marché, ça aurait été aussi une autre expérience et un autre ressenti. Mais comme quoi ?
Olivier M. 1:22:57
– Changer de contexte amène à des résultats différents.
Nidhal D. 1:23:00
– Et se mettre en mouvement. C’est juste le fait de se dire, ok, on bouge, on y va et on voit ce qui va émerger derrière. Oui, on a peur. Oui, on ne sait pas ce qui nous attend, mais ça vaut le coup de laisser.
Olivier M. 1:23:15
– En tout cas, merci Nidal pour cette belle phrase de clôture, pour toute cette histoire finalement d’intégration, de déplacement, de conviction, d’incertitude, de doute. Et puis, en tout cas, on aime bien ce genre de fin d’histoire qui n’est qu’un début de ce plus beau jour de ta vie.
Nidhal D. 1:23:33
– Merci. Merci de m’avoir donné l’opportunité d’en parler.
Olivier M. 1:23:36
– On va redescendre tranquillement. Et ce que je te propose, c’est qu’on passe à la fin de cet épisode-là. Comme tu le sais, j’ai mes petites cartes à côté.
Nidhal D. 1:23:45
– Les fameuses cartes.
Olivier M. 1:23:46
– Les fameuses cartes. On va terminer avec plus de légèreté, je dirais. Merci en tout cas pour ce partage. Donc, j’ai préparé ces cartes tout à l’heure en face de toi, comme j’aime bien le faire. Et donc, je vais les mélanger. Il faudrait que j’apprenne à mélanger comme un as, mais je ne sais pas faire.
Nidhal D. 1:24:02
– Tu fais mieux comme moi.
Olivier M. 1:24:03
– Et ce que je vais te proposer, c’est de sélectionner une carte.
Nidhal D. 1:24:07
– Tchoc ! Je vais prendre une rouge. Une rouge.
Olivier M. 1:24:11
– De la lire au doigt, et puis ensuite, d’y répondre comme tu le souhaites.
Nidhal D. 1:24:15
– Alors, la question c’est, quelles sont les personnes les plus marquantes, positivement, de ton enfance, et pourquoi ? Alors, il y a une personne, c’est ma grand-mère maternelle, avec laquelle j’ai vécu plusieurs années, j’étais très proche, j’irais chez elle… Pendant les vacances, elle venait, elle vivait avec nous aussi pas mal de temps. On était très proches et une partie de mon éducation, c’était elle. Et pourquoi c’est une personne marquante qui a marqué ma vie ? Parce que, alors, elle, elle est née en 1927, donc c’est une autre époque. Elle n’a pas fait d’études, elle n’a pas fait d’école. Mais ce qui m’a marqué, c’est qu’elle avait une intelligence émotionnelle remarquable, sans avoir l’éducation nécessaire, juste par expérience. Et c’est une femme qui a élevé… Quatre enfants sans avoir un mari. Son mari est décédé assez jeune, dans les années 50, en Tunisie. Ce n’est pas le truc le plus facile à faire. Donc c’est une femme très très forte. Et j’ai beaucoup appris. En fait, j’ai appris déjà pas mal de traditions tunisiennes qui sont ancrées en moi. J’ai vu comment elle avait une aisance à discuter avec les gens, à rassembler les gens autour d’elle aussi. à être forte dans les moments où il fallait être forte. Et j’ai énormément apprécié les années que j’ai passées avec elle. Et voilà, c’est quelqu’un que je garde toujours dans mon cœur. C’est elle qui a émergé.
Olivier M. 1:25:59
– En tout cas, quand tu as lu la question.
Nidhal D. 1:26:01
– Exactement. Voilà.
Olivier M. 1:26:02
– Super. Merci beaucoup. On va continuer. Le paquet est toujours là. Je l’ai un petit peu mélangé.
Nidhal D. 1:26:08
– J’ai pris une rouge, je vais prendre une bleue.
Olivier M. 1:26:10
– Je te propose même que tu puisses en choisir deux.
Nidhal D. 1:26:14
– Ah.
Olivier M. 1:26:14
– Tu peux en prendre. deux bleus, deux rouges, une bleue, une rouge.
Nidhal D. 1:26:18
– Une bleue, une rouge.
Olivier M. 1:26:19
– Je te laisse lire les deux. Et si tu le souhaites, juste en choisir une. Ou si tu veux répondre aux deux, tu peux répondre aux deux.
Nidhal D. 1:26:26
– Je commence par la bleue. Quand as-tu été ému pour la dernière fois ?
Olivier M. 1:26:31
– C’est facile, là.
Nidhal D. 1:26:32
– Pourquoi cela t’a-t-il ému ? Et puis la deuxième. Je commence par la première. C’est facile. C’est vrai que c’était maintenant. Mais je…
Olivier M. 1:26:42
– C’est dur. pour un autre contexte qu’aujourd’hui. Oui, exactement.
Nidhal D. 1:26:45
– Autre chose, c’est hier, parce qu’on essaie d’avoir un deuxième enfant et qu’on reprend une nouvelle fois le process et il y a toujours cette émotion qui revient, aujourd’hui positive, par rapport à la dernière fois, parce qu’on se dit que cette fois, l’expérience sera différente. Elle sera différente parce que que ça se passe bien ou ça ne se passe pas bien, c’est un succès ou un échec. on sera toujours heureux parce que ça a marché une fois. Et voilà. Et donc, on était émus au téléphone avec ma femme. J’étais au téléphone parce que je ne suis pas à Genève hier. Je n’étais pas à Genève. On était ensemble à Lyon. Et voilà. Donc, c’était le moment émotion hier matin avant midi. C’était ça.
Olivier M. 1:27:31
– C’est génial en tout cas.
Nidhal D. 1:27:33
– Et puis, deuxième question, donc la carte rouge. Que préfères-tu dans les relations que tu as aujourd’hui ? Alors, je pense y’a… Beaucoup de choses que je préfère, mais s’il y a un truc que je préfère au-dessus de tout, c’est la sincérité, l’authenticité dans les relations, que c’est vraiment naturel. Moi, je suis moi et la personne avec qui j’ai une relation, elle est aussi elle-même et tout va bien dans cette relation comme ça. et ce que j’aime aussi, je vais juste mentionner deux choses, c’est que dans mes relations, que mes relations me rendent… Une meilleure personne. Aujourd’hui, je donne un exemple personnel, c’est ma femme. Je pense et je suis même convaincu qu’elle me rend meilleure depuis que je l’ai connue. Et que je n’étais pas cette personne-là avant de la connaître. Et c’est génial. C’est génial de savoir qu’une personne te tire vers le haut sans te forcer, sans que tu sois quelqu’un d’autre que toi-même. Et c’est juste magique. Voilà. C’est les deux trucs que je préfère dans mes relations.
Olivier M. 1:28:43
– Super, merci. Comme on dit, j’ai mes deux sans trois. Et je vais me faire un petit plaisir. Est-ce que tu peux m’en tirer trois ? Et ma phrase est bien la bonne, c’est est-ce que tu peux m’en tirer trois ? Comme ça, tu tires les trois et moi, je vais choisir la question à laquelle tu vas répondre. Qui sera la réponse finale.
Nidhal D. 1:29:01
– Donc, je vais prendre deux bleus.
Olivier M. 1:29:04
– Ah, tu as un attrait pour les bleus, toi.
Nidhal D. 1:29:05
– Et puis, une rouge.
Olivier M. 1:29:07
– Ok, je vais te lire les trois. Et puis ensuite, on va en choisir une.
Nidhal D. 1:29:11
– C’est moi qui choisis à laquelle je réponds ?
Olivier M. 1:29:14
– C’est moi qui choisis.
Nidhal D. 1:29:14
– Ok, très bien.
Olivier M. 1:29:15
– Je suis chez moi, je choisis. Parfait. Bien sûr, si tu préfères une autre, tu me diras. Alors, la première, c’est quel est le métier le plus farfelu que tu aies déjà voulu faire ?
Nidhal D. 1:29:29
– Ok.
Olivier M. 1:29:30
– La deuxième, c’est qu’as-tu appris de plus utile venant de tes parents ? Et la troisième, quel était le cadeau caché ? de ton dernier moment difficile. Est-ce qu’il y en a une dans les trois que tu enlèverais ?
Nidhal D. 1:29:46
– La première.
Olivier M. 1:29:47
– Le métier farfelu ?
Nidhal D. 1:29:48
– Ouais, parce que… En fait, je n’en avais pas.
Olivier M. 1:29:51
– Tu n’es pas quelqu’un de farfelu, toi ?
Nidhal D. 1:29:52
– Non, et je… Ce n’est pas comme ça que j’ai été éduqué. Donc, je n’avais pas forcément un métier de rêve ou un truc comme ça. Je ne savais pas qu’est-ce que je voulais faire, en fait. Donc, je n’ai pas une réponse, en fait.
Olivier M. 1:30:04
– Ok. Très bien, ça me facilite la tâche. Du coup, je te propose de me parler de ton cadeau caché.
Nidhal D. 1:30:10
– Ok.
Olivier M. 1:30:11
– Quel était le cadeau caché de ton dernier moment difficile ? En tout cas, le cadeau caché, juste pour qu’on soit clair sur la notion en elle-même, c’est qu’on part du principe que dans une situation difficile, notamment des situations de deuil, des situations de rupture, des situations un peu difficiles, il y a toujours un aspect positif, il y a un apprentissage, il y a quelque chose que l’on emporte avec nous qui est plus positif, que l’on met souvent derrière le terme cadeau caché.
Nidhal D. 1:30:39
– Alors, je dirais que c’est un moment de conflit avec mon épouse, dans lequel ou… Il y a une argumentation des deux côtés et il y a un conflit. Et en fait, en vrai, ce qui s’est passé, c’est moi, avant ça, je ne suis pas quelqu’un qui sait gérer des moments difficiles, des discussions difficiles. Contrairement à elle qui arrive à faire ça. Et ce qui m’a poussé à, un, déjà comprendre que le conflit n’est pas… pas forcément un moment de négatif, mais un moment où on remet un peu la balance, on remet la balle au centre et on rejoue. Un. Deux, c’est d’être courageux, de faire l’effort et d’aller comprendre la perspective de la personne en face de toi. Comment lui, il ressent les choses, comment lui, il voit les choses sans jugement. Trois, c’est de faire une introspection en moi-même pour dire qu’est-ce qui ne va pas dans ce que je fais et qui pourrait aider la personne à se sentir mieux en face de moi. Alors, ça a passé par beaucoup d’accompagnement, que ce soit psychologue ou coaching, mais c’est quelque chose que j’ai gagné de ce moment.
Olivier M. 1:32:10
– Donc, cette zone de conflit-là a entraîné pas mal d’apprentissage.
Nidhal D. 1:32:14
– Exactement. Donc c’était un cadeau caché en fait.
Olivier M. 1:32:16
– Ce sont même des cadeaux cachés.
Nidhal D. 1:32:18
– Des cadeaux cachés, oui.
Olivier M. 1:32:19
– Donc ça tombe bien, c’est bientôt Noël. En tout cas, au moment où on enregistre cet épisode-là.
Nidhal D. 1:32:24
– Oui, c’est vrai.
Olivier M. 1:32:25
– En tout cas, merci beaucoup Nidal pour ces réponses, pour ce moment d’authenticité et de sincérité. Avant qu’on se quitte, si les personnes ont envie de continuer la discussion avec toi, comment est-ce qu’on te contacte ?
Nidhal D. 1:32:37
– Alors, donc merci Olivier, merci pour ce moment. J’ai beaucoup apprécié la discussion. LinkedIn, donc Nidal Dagrir. Sans accent. Sans accent, il n’y a pas d’accent. Il y a des H un peu partout. Ça ne se prononce pas, mais il y a des H dans le nom et le prénom. On peut m’écrire. J’essaie de répondre le plus rapidement possible. Je check mon LinkedIn presque tous les jours maintenant. Et puis voilà, c’est principalement ça. Et on peut me contacter pour n’importe quel sujet. Il y a des gens aujourd’hui qui me contactent parce qu’ils veulent s’installer en Suisse. Et comme moi, j’ai été un jour… dans la même position, donc ils peuvent aussi me contacter et je serai ravi de consacrer mon temps pour eux. Et puis pour les discussions, pour Agile Suisse, voilà, toujours LinkedIn. On peut toujours m’écrire et je réponds assez rapidement. Voilà, LinkedIn.
Olivier M. 1:33:25
– Eh bien, super. De toute façon, je mettrai toutes ces coordonnées-là dans la description et dans tous les endroits où ça pourrait être utile. Donc merci de nouveau encore une fois et puis à très bientôt.
Nidhal D. 1:33:36
– À très bientôt, merci Olivier.
Olivier M. 1:33:38
– Salut.
Nidhal D. 1:33:38
– Salut.