Certaines personnes ont un don rare : elles savent écouter la vie jusque dans ses silences.
Bruna Toffaloni fait partie de celles-là.
Dans cet épisode sensible et profondément humain, Bruna — écrivaine publique, passeuse d’histoires et traductrice d’émotions — nous ouvre les portes de son univers : celui des récits de vie qui n’osent pas toujours se dire, des souvenirs qui cherchent leurs mots, et de ces existences discrètes qui méritent pourtant d’être racontées.
Au fil de la conversation, elle partage :
Cet épisode parle de silences qui se transforment, de mémoires qui se déposent, d’identités qui se dévoilent, mais surtout de cette beauté simple :
quand une personne trouve enfin les mots qu’elle cherchait depuis longtemps.
C’est une immersion délicate, apaisante et inspirante dans le pouvoir des récits de vie — ces histoires qui nous révèlent sans jamais nous trahir.
écrivaine publique
récit de vie
écriture de vie
transmission
Bruna Toffaloni
écrire pour les autres
podcast Change & Chill
Olivier My
récit biographique
mettre des mots sur sa vie
histoires de vie
accompagnement à l’écriture
mémoire familiale
voix silencieuses
relation à l’écriture
Olivier M. 00:05
– Bienvenue sur Change & Chill, le podcast où l’on parle de changement simplement. Je suis Olivier My et avec mes invités, nous explorons comment le changement peut être une force positive dans nos vies. Des histoires inspirantes avec une touche de légèreté. Dans ce nouvel épisode, j’ai le plaisir d’accueillir Bruna Toffaloni. Salut Bruna !
Bruna T. 00:29
– Salut !
Olivier M. 00:30
– Je t’entends rigoler, parce qu’on discutait justement juste avant qu’on lance l’enregistrement que ton nom de famille était souvent écorché.
Bruna T. 00:36
– Oui, c’est une grande réalité, très souvent écorché. Donc tu l’as bien dit du premier coup, même avant. Même avant. Même hors micro, c’était bon.
Olivier M. 00:44
– Et d’ailleurs, c’est marrant parce qu’il y a Tofaloni et Bruna. Tu es la seule personne que je connais qui a ce prénom-là, donc ça vient d’où tout ça ?
Bruna T. 00:52
– Alors ça vient… En vrai, l’histoire est marrante. Je devais m’appeler soit Charlotte, soit Amandine. C’était beaucoup plus rien à voir. Et puis, ma maman est entrée dans un magasin de disques et elle est tombée sur une chanteuse, sur un disque qui portait le nom d’une chanteuse, Bruna Geraldi. Et elle a littéralement flashé sur le prénom. Et comme mes parents se sont dit que le prénom, elle est très bien avec le nom de famille, c’est parti. Et pour la petite anecdote, c’est un prénom que j’adore. Tu sais, quand on est enfant, on fait des jeux. Oui, moi, je m’appelle machin. Oui, moi, je m’appelle machin. Je gardais toujours, toujours mon prénom, systématiquement. J’en suis tombée amoureuse.
Olivier M. 01:25
– En fait j’adore ce prénom et tu as d’autres prénoms ?
Bruna T. 01:27
– Non, du tout. Ah oui.
Olivier M. 01:28
– Donc du coup, c’est vraiment celui-là.
Bruna T. 01:29
– Oui, c’est celui-là. Mais en même temps, c’est vrai que va t’en croiser une seconde. En France, je pense que Bruna Tofaloni doit y avoir moi, c’est bon.
Olivier M. 01:38
– Super. Est-ce que, du coup, est-ce que tu pourrais te présenter en passant ?
Bruna T. 01:43
– Donc, Bruna Tofaloni, c’est bon, je n’ai pas écorché le mien. Qu’est-ce que je pourrais dire ?
Olivier M. 01:47
– C’est toujours la grande question.
Bruna T. 01:48
– Oui, parce que quel angle aborder en fait en premier ?
Olivier M. 01:51
– Tout à fait.
Bruna T. 01:52
– J’ai envie de dire que je suis moi, très contente d’être là. que je vibre beaucoup et que sinon, ma vie est remplie de mots que j’aime faire vivre et partager parce que c’est une passion. Mais que la passion qui est derrière, c’est l’expression. En fait, c’est justement le fait de communiquer, de faire se communiquer les choses, de regarder par où c’est tellement beau que ça communique, justement, et que ce soit possible. Et puis de les faire avancer dans ce sens-là. Et bien moi, ce que j’ai choisi, ou plutôt c’est eux qui m’ont choisi, je crois vraiment, c’est les mots. Mais ça me ferait la même chose pour la musique ou pour tellement de réalités en fait qui… simplement parle du fait qu’on est capable de se rejoindre et de donner un sens à ça.
Olivier M. 02:29
– Génial. Et on est d’accord que c’est les mots MOTS ?
Bruna T. 02:31
– Oui ! Oui, on est d’accord. Mais c’est vrai que c’est un très grand rapport. Je pense qu’on va en parler. C’est un très grand rapport, effectivement, pour moi. Le jeu de mots est connu, on a de la chance en français. Tout à fait. Oui, c’est ces mots-là.
Olivier M. 02:44
– Justement, si on commence dans cette direction-là, j’ai une question rituelle maintenant dans mon podcast. qui tourne autour du changement, parce que comme tu le sais, ce podcast s’intitule Change & Chill, donc c’est autour du changement. Mais au vu de ton activité et du domaine dans lequel tu navigues, est-ce que quand je te dis changement, tu as un livre ou une référence littéraire qui te vient en tête ?
Bruna T. 03:06
– Très bonne question. Alors il y a, oui, là fatalement j’en ai un. Fatalement même. Oui, fatalement. Sauf que je ne sais pas ce que je peux dire, mais forcément, en fait je pense à ton intention à toi. Maintenant, si on en parle, forcément. Le changement s’est quand même marqué parce qu’on a eu l’occasion d’en parler. Sinon, un livre en lui-même ou un… Je pense que je peux parler de livres qui, moi, ont changé ma vie. Parce que quand même, effectivement, je n’ai pas dit je suis rédactrice professionnelle au quotidien. Donc l’ancienne appellation, ou une des appellations plutôt, c’est écrivain public. Et je baigne dans la littérature depuis toute petite, mais d’une façon très particulière, très personnelle. Ce n’est pas du tout quelque chose où tu peux voir dans la famille, c’est institué. On n’est pas une famille littéraire, je veux dire, au sens… Donc certains livres ont… profondément changé ma vie. Pour moi, c’est le roman Jane Eyre qui m’a fait prendre une conscience d’une dimension particulière de choses possibles dans la vie, en fait, et dans les rencontres. Et sinon, je vais retomber sur Le Seigneur des Anneaux parce que, dans mon parcours de vie, c’est une œuvre qui m’a aidée à tenir le coup pour de vrai. Vraiment pour de vrai. En fait, il y a eu des périodes de vie et des journées où j’ai tenu grâce à cette œuvre. J’ai tenu le coup grâce à cette œuvre.
Olivier M. 04:15
– C’est marrant parce qu’on pourrait se dire que récit plus fantastique, je ne sais pas exactement c’est quoi le domaine. Oui, plus fantastique quand même.
Bruna T. 04:21
– Oui, effectivement.
Olivier M. 04:22
– De se dire qu’en fait, on le raccroche quand même à des expériences réelles de la vie et on arrive justement à avoir un angle différent. Et c’est pour ça que le pouvoir des mots, effectivement, est finalement assez incroyable.
Bruna T. 04:34
– Oui, complètement. Pour moi, là où ça peut se rejoindre, parce qu’avant, en tout cas, j’entendais parler de fiction. quand les gens me parlaient de fiction, il y avait une connotation en quelque sorte comme quoi on pouvait différencier la vie réelle et la fiction. La différenciation, je la vois, je la connais, mais je sais aussi avec ce que je vis d’un côté et le nombre de rencontres que je fais dans mon métier qu’en fait, tout ce qu’on vit, c’est ce qu’on se raconte. On ne vit littéralement qu’une histoire. On est plus ou moins influencés par un contexte qui fait qu’on a l’impression d’être dans une histoire, plus ou moins réelle, plus ou moins… mais c’en est une. Donc en fait, si moi cette fiction-là m’a aidée justement, c’est parce qu’elle reprenait des codes de dimension en termes de donneur, de courage, de victoire, qui me permettaient de tenir le coup dans des épreuves que j’étais en train de traverser qui étaient telles, qui m’emportaient tellement à la fois dans mes retranchements, mais en même temps dans mes valeurs, dans mes valeurs, dans mes souhaits de vie en fait. que j’ai pu faire le lien sans aucune difficulté entre quelque chose qui était une fiction et des choses que je vivais réellement. Quand on voit dans un livre quelqu’un… Et pourtant, aujourd’hui, je suis beaucoup moins centrée sur la fiction qu’avant, beaucoup moins parce que ce n’est pas ce qu’on me demande dans les échanges que j’ai, dans les partenariats que j’ai. Mais justement, je m’en nourris continuellement parce que, à mon sens, la vie, elle a cette dimension-là. Quand on met quelqu’un en scène dans un livre, comme dans un film, on met en scène en ciblant certaines valeurs, un message qu’on veut passer. Et en fait, en vrai, quand on se raconte, quand on vit notre vie tout simplement, ou quand on veut la raconter, pareil, on met ces valeurs-là en scène. Donc, c’est à nous de braquer la lumière suffisamment sur elle et sur celle qu’on veut pour qu’au final, ça donne l’œuvre qu’on souhaite lire. Donc, c’est pour ça que ça m’a tellement aidée. Et ça m’a aidée, alors, du coup, j’étais un peu ailleurs. Franchement, gamine, j’étais un peu, quand on me regardait, j’étais extrêmement pensive.
Olivier M. 06:17
– La rêveuse.
Bruna T. 06:17
– Ouais, la rêveuse, voilà, c’est ça. Et puis un jour, il s’est passé quelque chose et j’ai réalisé que je ne pouvais pas rester loin comme ça parce que j’aime trop cette vie-là. Et que justement, en fait, si ça a tellement de sens, c’est parce que c’est ce terrain-là aujourd’hui qui compte. Donc j’ai décidé que c’était avec ma vie que j’écrirais. Donc à partir de ce jour-là, j’ai laissé mes fictions un peu de côté. J’en ai plusieurs en attente. J’ai des fans qui ne sont pas contents parce qu’ils aimeraient bien que je continue. Et cela dit, c’est quand même un projet, ça n’empêche pas, bien sûr. Mais j’ai voulu à un moment donné me dire, OK, j’y vais à fond. un peu comme on dirait dans une arène sauf que c’était pas du tout cette idée là, j’avais pas l’idée de Mais j’y vais à fond. Et puis, plutôt que de les écrire en me disant si seulement je vivais ça, je vais avec ma vie, je vais écrire l’histoire que je veux vivre.
Olivier M. 06:57
– C’est marrant parce qu’il y a des livres qu’on appelle le livre dont vous êtes le héros.
Bruna T. 07:01
– Oui, oui, tout à fait.
Olivier M. 07:02
– J’ai un peu cette idée-là. C’est un peu cette idée-là, oui, carrément. Sauf que là, ce sera vraiment toi l’héroïne.
Bruna T. 07:07
– Oui, voilà.
Olivier M. 07:09
– Justement, tu abordes ce sujet de tu étais gamine. Est-ce que ce sujet des mots, justement, est-ce que tu savais que tu étais pensive, rêveuse ? C’est bon. tout ce qui tournait autour des mots était quelque chose qui te touchait déjà dans le passé ?
Bruna T. 07:22
– Oui, en fait, effectivement, ça m’a toujours touchée. Depuis aussi loin, déjà, il y a quelque chose de très particulier quand j’en parle avec d’autres personnes. J’ai des souvenirs qui remontent très, très loin, vraiment très loin. Et globalement, je n’oublie pas les choses non plus. En fait, il n’y a pas d’épisode où je puisse me dire, oh, cette période-là de ma vie, je ne sais plus, je ne sais plus trop. En fait, non. Donc déjà, de toute façon, toutes les choses étaient très présentes et elles étaient très présentes dans leur profondeur d’émotion. Je suis l’enfant aîné. J’ai des parents que j’aime à la folie et qui avaient un vécu avant moi déjà très intense, cabossé. Donc ça nous donnait, tant qu’on n’a été que trois par exemple, quelque chose de très très particulier. Je crois que je les regardais d’aussi petite que j’étais, je les regardais et je voulais vivre justement puissamment. Et ça passait étonnamment par les mots parce que déjà j’aimais qu’on me parle, j’aimais parler. Je crois que j’ai parlé assez tôt, je sais plus mais je sais que j’ai parlé assez tôt après. pas je veux dire de façon exceptionnelle, mais très vite en tout cas, ça m’a marqué. T’as interagi rapidement. J’ai interagi rapidement. Et du coup, oui, c’est vite venu par les mots. Et ça, je ne sais pas comment, par contre, si ce n’est qu’on avait très, très peu de moyens. Donc, j’avais quatre livres qui se battaient en duel. Et en même temps, du coup, c’était mes trésors, tu sais. Et à un moment donné, j’ai compris que c’était par les mots que certaines choses allaient pouvoir se passer, que toutes les histoires que j’avais déjà, mais qui pour moi étaient réelles. C’est-à-dire, tu vois, la barrière fiction n’était pas là. enfin la barrière Spain Barrière justement mais la différenciation fiction réalité Pour moi, en fait, on était en train de vivre une histoire. Je regardais mes parents, j’étais au milieu de tout ça. Malgré tout, j’étais leur princesse et je me disais, mais elle est extraordinaire, cette histoire. Enfin, je veux dire, tu vois, tu commences un film, tu te dis, waouh, ça commence bien.
Olivier M. 08:50
– Il suffit de mettre une télé autour de ce que tu es en train de regarder, tu as l’impression de regarder un film.
Bruna T. 08:55
– Oui, voilà, carrément, tout à fait. Et donc, voilà, on avait un petit tableau blanc avec les lettres, tu sais, que tu aimantes dessus, de toutes les couleurs. Et j’ai compris qu’il se passait quelque chose par là. Donc, je me rappelle que j’ai demandé, à mon souvenir, j’ai demandé à ma maman de me montrer comment ça marchait donc elle me l’a appris ce qui fait que je suis entrée en CP je savais déjà lire et je savais en partie écrire parce que j’avais réalisé que par là, j’allais pouvoir à la fois monter mes petits mondes mais à la fois aussi interagir justement avec les autres personnes et faire… Je crois que ce qui me porte depuis le début, c’est faire en sorte que tout ce qu’on désire tellement devienne possible. C’est ça en fait pour moi. C’est une matière grâce à laquelle tout devient possible et je l’ai senti extrêmement tôt.
Olivier M. 09:31
– Parce que là, tu parles donc CP à peu près, c’est ça ? Oui, du coup, j’ai dû apprendre. Oui.
Bruna T. 09:36
– Le tableau blanc, j’avais 4 ans et demi, 4 ans et demi, 5 ans.
Olivier M. 09:39
– Donc ça veut dire que tu as effectivement des souvenirs qui remontent assez tôt, mais ça veut dire que tu as le souvenir qu’à l’époque déjà, tu avais cette conscience que les mots, c’était quelque chose qui générait quelque chose chez toi.
Bruna T. 09:52
– Oui. Alors, je l’avais comme c’était possible de l’avoir à l’époque.
Olivier M. 09:55
– Tout à fait, oui.
Bruna T. 09:55
– Mais je me rappelle de mon engouement devant le tableau blanc en me disant, ça y est, tu sais, tu tiens quelque chose de magique. C’est le même sentiment que j’ai aujourd’hui. Systématiquement, chaque matin, parce qu’il faut le dire comme ça, en fait, les gens qui me connaissent le savent, je passe vraiment ma vie à écrire. Comme c’est le métier que j’ai choisi et qu’en même temps, c’est forcément très… Alors, je n’aime pas le mot chronophage. Ce que je veux dire, c’est que forcément, ça prend du temps. Et c’est du temps que je donne parce que je sais pourquoi je le donne et pourquoi. du coup vraiment littéralement, vu que soit pour les œuvres en elles-mêmes ou pour les travaux en eux-mêmes ou bien pour interagir avec les personnes qui m’ont demandé quelque chose, ou bien je suis systématiquement à l’écrit à 97% du temps. Et donc, chaque matin, quand je joue, parce que maintenant, c’est beaucoup mon ordinateur, même si j’ai toujours mes notes à côté de moi pour écrire à la main, etc. Ma sœur, quand je n’ai pas de stylo à porter, elle s’affole. Il y a un truc qui ne va pas. Je l’ouvre avec le même sentiment de joie et d’un côté sacré et d’un côté merveilleux que j’avais, gamine, devant ce tableau-là.
Olivier M. 10:49
– C’est marrant parce que ça me lance une image en tête, tu sais, comme quand tu vois dans les films avec le grimoire que tu ouvres, avec les petites étoiles qui sortent, la poussière d’étoiles même autour. Je me dis tous les matins, ça doit être génial de dire en fait, je peux créer quelque chose de nouveau, je peux créer quelque chose de magique. Et en fait, la vie s’ouvre à moi avec toutes ces possibilités.
Bruna T. 11:08
– Voilà, oui tout à fait, tout à fait, c’est vraiment ça en plus là tu rejoins les étoiles, c’est mon autre en fait quand j’étais petite c’était là-bas que je partais et même aujourd’hui s’il y a des moments bon ça le fait beaucoup moins aujourd’hui, j’ai mûri quand même, j’ai… choisi justement de prendre cette force-là, parce que je crois que c’est nous qui les choisissons aussi avec ce qui nous est donné sur le chemin, je veux dire, mais quelle force on va prendre pour rayonner comment, justement ? Eh bien, il me suffisait d’aller me reporter dans les étoiles. Je partais là-haut, en imagination, je partais, et puis d’un seul coup, tu vois, tu souffles, tu souffles tout, parce que je prenais de la hauteur suffisamment pour être capable à la fois de relativiser et même de retrouver un sens. De retrouver un sens quand tout était compliqué, quand tout était très difficile. Donc les étoiles, pour moi, c’est très parlant parce que c’est pareil, tout le monde le sait. Les planètes, les constellations, j’ai plein de petits trucs partout, comme si j’avais 16 ans. Mais c’est aussi parce que c’est ce sentiment-là que j’ai, en fait, faire briller quelque chose. Et bien sûr, c’est souvent très sérieux. Pourtant, on me demande des choses qui sont, parce que ça, je veux le faire passer, profondément sérieuses. C’est justement pour ça que ça m’anime tellement. C’est pas du tout édulcoré. La plupart du temps, justement, on entre dans des partages. dans des domaines de vie ou dans des besoins ou dans des… qui sont soit très strictes en eux-mêmes, soit généralement puissamment… puissamment puissant. J’allais dire puissamment profond, en fait. C’est puissant au carré. Exactement. C’est puissant au carré. Donc, c’est pas parce que je parle de paillettes, tu vois, ou d’étoiles, même dans les yeux, que ça veut dire au contraire. Je crois qu’en fait, j’ai pris conscience de ça. On aime tous tellement cette vie-là et on est malgré tout fait de sang. Donc il se passe beaucoup de choses où en fait on saigne et où il faut apprendre à se relever. Donc en fait, si on peut être là pour aider les choses à s’exprimer ou à guérir ou à évoluer, etc. S’il y a un petit peu d’étoiles, c’est pour ça, je veux dire. C’est pas parce que c’est fantastique, c’est pas un monde de licornes, c’est pas… Mais c’est des choses qui, en vrai, pour de vrai, apportent cette puissance-là, cette profondeur-là dans une vie qui sinon est tellement rude, alors qu’elle peut être tellement belle. Enfin, moi, ce qui me porte, c’est ça.
Olivier M. 13:14
– Justement je pense qu’on va continuer le parcours. C’est-à-dire que l’école, tu sens que c’est quelque chose qui te porte, et puis on en discutait tout à l’heure en marchant, l’école pour toi a toujours été source de plaisir presque.
Bruna T. 13:26
– Tu disais. Oui, carrément. Quand j’y suis allée la première année, on m’avait prévenue, je savais que je devais, je pense que c’est quelque chose qu’après, mes parents n’avaient pas cette façon-là du tout de l’aborder non plus, ni de me l’impliquer. On me l’a présentée comme une opportunité. On me l’a présentée comme quelque chose qui était pas obligé, mais qui allait m’enseigner des choses. C’est devant ça que je me suis retrouvée. En fait, je me suis prise de passion pour l’école. Ça a toujours été comme ça. J’ai eu la chance aussi, c’est vrai, si j’avais besoin de manquer, par exemple. Et ça arrivait parce que j’ai vécu en montagne très, très haut. Donc, des fois, tu te réveilles du jour au lendemain, tu as un mètre de neige. Mais oui, ce jour-là, tu n’y vas pas. donc c’est vrai aussi que j’avais cette liberté là de sentir que j’étais pas attachée parce que mes parents ne l’auraient jamais et ne l’ont jamais fait comme ça ils me faisaient prendre conscience au fur et à mesure des opportunités que j’avais et puis mis à part ça c’était à moi de me positionner pour ça et je crois que par exemple je nouais à chaque fois un lien très particulier avec les profs Mais même de moi à moi-même, c’est arrivé très souvent que ce soit avec eux, mais de moi-même à moi-même, je me disais la personne, elle est là, elle s’engage pour te transmettre quelque chose. Pourquoi juste tu réponds pas ? Tu vois, on revient toujours à la communication, c’est-à-dire en fait l’importance que j’y mettais au-delà d’apprendre quelque chose qui, du coup, m’intéressait dans le sens, c’est un nouveau domaine. Pourquoi tu vas pas voir ? Je veux dire, c’est un petit peu comme dans un parc d’attractions, celle-ci, tu veux pas. Pourquoi celle-ci, tu veux pas ? Ça fait partie du…
Olivier M. 14:37
– Il y a l’air de faire peur ce truc qui va vite là, où les gens crient, c’est un peu bizarre.
Bruna T. 14:42
– C’est pas très bien vers quoi on va. Donc oui, voilà, ça fait tout à fait cet effet-là. Donc je me disais, je vais voir. Et des fois, je suis allée voir en rouspétant, parce que c’est vrai que, bien sûr, j’ai eu des matières avec lesquelles c’était compliqué. Mais je n’arrivais pas à concevoir de pouvoir ne pas m’engager alors que quelqu’un était en face de moi en train d’essayer de me donner quelque chose. Du moment que je voyais bien que la personne, elle y mettait son cœur, que c’était une… Donc oui, c’est un contexte que j’adorais.
Olivier M. 15:04
– Mais du coup, ça me fait penser, est-ce que tu as eu dans ton parcours scolaire, donc après, quel qu’il soit, un prof qui, un ou une d’ailleurs, qui te reste en mémoire parce que cette personne, je ne sais pas, a fait quelque chose de particulier ?
Bruna T. 15:18
– J’en ai plusieurs. J’ai celle de CP, en fait, alors du coup, la toute première. En fait, je pensais pour ça aussi, c’était la maîtresse à l’époque, comme vous disiez. Et alors moi, la maîtresse, je l’adorais. Et voilà, on a passé une année parce qu’elle avait dit à mes parents que j’avais une imagination. Alors, je l’ai entendu dire ça aussi. C’est vrai que ça m’a marqué très fort. Elle avait dit que j’avais une imagination absolument… Mais tu vois, elle ne le disait pas devant moi. Je l’avais entendu dire ça à ma mère. Donc, ça a aussi beaucoup compté parce que je n’étais pas censée témoin de ce qui se disait. Et en fait, elle a vraiment dit qu’à son époque, elle n’avait jamais vu ça. C’était quelque chose qui, chez moi, était vraiment extraordinaire d’après elle. Donc, on avait un lien qui, moi, me paraissait fort. Je l’aimais vraiment beaucoup. Et à la fin de l’année, quand il a fallu passer en CE1, j’avais mon petit cœur. J’avais un déchirement, comme ça fait toujours, même depuis, en fait, parce que l’implication est toujours très forte. J’avais beaucoup de peine. Et avant de commencer les vacances, les grandes vacances en plus, c’était vraiment compliqué. Donc, il y a ma maman qui m’avait appelée et qui m’avait dit, bon, écoute, je vais te dire quelque chose. Je n’étais pas censée te le dire maintenant, normalement. Mais là, quand même, en fait, ta maîtresse, elle a décidé de s’occuper aussi des CE1 l’an prochain. comme ça elle sait qu’elle te garde aussi. Donc, j’ai eu la chance de l’avoir une deuxième année. Et ça, c’est vrai que c’était super chouette. Donc, il y a eu elle et puis il y a eu une prof de français plus tard. Elle, c’était en cinquième. Et en fait, ça a été quelqu’un qui m’a marquée parce que j’arrivais à voir que c’était une jeune femme. Bon, c’était une jeune femme, en fait, ce n’était pas une prof âgée. Du coup, étonnamment, j’arrivais à me projeter dans ce qu’elle, elle voulait transmettre. Et je trouvais qu’elle avait une classe, une classe et une façon d’être. Parce qu’il y avait des moments, elle était tout à fait capable de nous arrêter, et de nous en mettre plein la tête en quelque sorte pour nous faire comprendre que c’était à nous de nous mobiliser. pour notre vie. C’est-à-dire, mais moi, en fait, je m’en fiche. Je veux dire, je vous donne les choses. Là, aujourd’hui, c’est bon, mon chemin, il est fait. Elle ne nous disait pas, c’est tout tracé, je n’ai plus rien à vivre. Loin de là, en plus, elle était jeune. On sentait bien que ça bouillonnait. Mais elle voulait nous dire, c’est à vous de vous positionner. Je ne vous dis pas que les règles de grammaire, toute votre vie vont vous… Elle avait une façon, justement, de se positionner elle qui m’a beaucoup inspiré moi dans le fait justement de prendre un positionnement et puis elle avait quelque chose de décalé aussi donc je pense à elle très souvent avec beaucoup de… Elle s’appelle Madame Meyer elle s’appelait Madame Meillard, comme ça si jamais on la salue il y a longtemps quand même mais voilà je la trouvais pétillante et oui ça m’inspirait beaucoup et donc ton parcours.
Olivier M. 17:28
– Quel est le trajet que tu as décidé de prendre à minima tu as dit primaire collège et après est-ce que tu es allée dans une filière plutôt littéraire ou est-ce que tu es allée ailleurs alors je suis allée ailleurs parce que j’étais partie Merci.
Bruna T. 17:44
– En fait, il y a quelque chose de particulier, alors que tout ça a été déjà très concret, comme tu vois. Donc, je me suis mise à écrire moi pour moi-même. J’avais cinq ans et demi, six ans. Donc, arrivé au CP, quand ça y est, ça a pu s’enchaîner, j’ai commencé à écrire mes premières histoires. De toute façon, ça a été à la main pendant des années, déjà parce que l’époque voulait ça. On était dans les années 90. Et puis, en plus, j’aimais ça comme ça aussi. Et puis, les moyens, de toute façon, je n’ai pas eu les moyens avant longtemps d’avoir accès à autre chose. Mais donc, en fait, j’écrivais mes petites histoires sur mes… Ou alors des poèmes, ou alors je composais des journaux entiers, tu sais, des magazines. Je me faisais des petits encarts avec des reportages. D’un autre côté, c’était une petite histoire au milieu de tout ça. Je faisais les illustrations, des bandes de ciné. C’est des choses que t’as toujours ? Non, mais justement, pour ce que je vais raconter après, je n’ai plus rien de tout ça parce que j’ai tout perdu. Et donc, j’étais partie par là. Donc, comme tu vois, c’était déjà très concret. Au collège, quand je faisais une rédaction, les profs ressortaient de là, les profs de français, en disant « on va la lire » . Donc voilà, je me retrouvais à force, c’était devenu… Je ne comprenais pas trop, si tu veux. On lisait mes rédactions devant la classe, je voyais tous les élèves être contents. Et pour moi, c’était vraiment… Alors après, il y a eu un truc, c’est que c’était moi qui les lisais. Parce que les personnes aimaient bien aussi comment je prenais le ton, ma voix, tout ça. Et si tu veux, pour moi, je n’avais pas conscience que ce n’était pas le cas pour tout le monde. Forcément.
Olivier M. 18:55
– On est centré sur soi déjà au départ.
Bruna T. 18:57
– Voilà, donc c’était vraiment quelque chose que je voulais effectivement rayonnant. Et déjà, à la portée des gens, je n’avais pas du tout conscience que, éventuellement, ça m’était un peu à part. ou pas.
Olivier M. 19:07
– Mais c’est marrant parce que du coup, quand tu commences à prendre la parole, parce qu’au final tu fais ça, tu es déjà en train de rayonner sur les gens et d’avoir un impact sur leur perception des choses, sur je ne sais pas comment est-ce qu’ils appréhendent aussi les mots, l’exercice de la rédaction, l’exercice de la présentation. C’est quand même fort de se dire que juste ça, qui peut-être apparaît pour la plupart des gens en tout cas avec qui j’ai pu discuter, plutôt comme une peine. une position, tu vois. Moi, j’ai des personnes qui m’ont dit, il n’y a pas très longtemps, moi, je me rappelle, on nous forçait à réciter nos poèmes, etc. Tu vois, c’est marrant d’avoir une couleur différente, de dire, en fait, toi, c’est quelque chose qui t’illuminait et qui, on va dire, dans l’histoire que tu nous racontes, illuminait aussi les autres. Et c’est quelque chose qui est bien de voir.
Bruna T. 19:49
– Et bon, je m’en suis rendu compte assez tôt, mais en n’ayant pas conscience que c’était particulier, pour dire ça comme ça, parce qu’en fait c’était suffisamment intime et suffisamment… Je ne sais pas si on peut dire inné, d’autant que je sais qu’il y a une notion scientifique autour du terme. Mais je veux dire, pour moi, c’était là tellement instinctif, en tout cas, à mon sentiment depuis toujours. Et donc, ce qui s’est passé, c’est que je n’avais pas pourtant de moyens de me projeter dans un avenir professionnel. Parce que dans notre famille, en fait, on ne vivait pas comme ça. Je l’ai expliqué tout à l’heure. On était un peu comme des sauvages, mais il faut y mettre un beau sens du terme. Parce que mes parents, voilà la montagne, donc très loin en montagne. On a vécu sur le plus haut plateau. Je crois que c’est le plus haut plateau. des Pyrénées, si ce n’est le plus haut plateau habité d’Europe, mais ça je suis plus sûr de l’info, ce serait à vérifier.
Olivier M. 20:33
– Du coup, vous preniez tout le monde de haut alors ?
Bruna T. 20:34
– Oui, voilà. On est allé se mettre là-bas exprès, voilà, exactement, et on poisait tout le monde. Donc non, il y avait un côté où en fait mon père justement, mais c’était un petit peu ça, il avait tellement soif de liberté, de cette façon-là, et ma mère l’a tout autant, mais ça s’exprime quoi que non, mais disons que bon, bref, on est allé vivre là-bas, mais en fait ma petite sœur est née malade, et ça a tout emmené avec soi, toute notre histoire, toute notre… s’est scellée à partir de là, en quelque sorte. Et c’est devenu tellement fort de toute façon. Et c’est que moi, je n’avais pas le moyen. Je voyais vraiment au jour le jour et je voyais les choses dans leur dimension intérieure, leur dimension intérieure, mais leur dimension de possible. Tu vois, leur dimension de potentiel. Du coup, de toute façon, je ne me projetais pas trop déjà. Mais bon, on me faisait prendre conscience que pendant ce temps-là, il y a eu un déménagement. Je suis quand même repartie parce que je ne viens pas du tout de la montagne au départ. Je suis née à Soissons, moi, donc à une heure au nord de Paris. C’est là que j’ai passé les cinq et demi premières années de ma vie. Et on y est retourné un peu plus tard pour séparer des raisons relativement dramatiques. Pour ne pas dire tragiques, parce que de toute façon, ma vie porte ces marques-là aussi. Très fort. C’est aussi de là que je tire de toute façon pas mal de choses. Donc, je me suis dirigée, je me disais, je vais me diriger vers l’itéraire, ça c’est certain. Mais en même temps, ça balançait. Pour moi, l’itéraire, c’était un peu, quand j’entendais parler de ça, j’avais l’impression que les gens n’étaient pas les pieds sur terre, justement. Et c’est pas ça que je veux. J’avais pas encore eu le temps de trouver quelque chose qui me permettait de comprendre comment me rapprocher des personnes pour être vraiment auprès d’elles et avoir un sens réel dans ce monde-là. Et je n’étais pas en train de trouver par la voie de la littérature quelque chose qui parla. Il y avait prof éventuellement, mais ça me faisait pas vibrer à ce point-là non plus. Donc bon, j’avais pas encore trouvé. Mais de toute façon, les choses ont fait que j’ai arrêté mes études aux portes de la première, on va dire, parce que notre famille avait besoin de se recentrer autour de ce qui était en train de se passer de tellement fort. Ma seconde petite sœur est née, j’avais 18 ans. C’est ma demi-sœur pour l’histoire, c’est ça qui explique. Mais c’est ma sœur parce que voilà. Et en fait, notre famille était en train de vivre quelque chose de tellement fou et de tellement fort par rapport à tout ça qu’on a pris la décision d’essayer de se recentrer au maximum pour vivre des moments qui aient du sens ensemble. Et puis ma sœur est décédée. Et donc, de toute façon, à partir de là, tout a à nouveau volé en éclats. Et je dis à nouveau parce que ma famille avait déjà explosé. Tu parles de demi-sœur. Mes parents se sont séparés, donc voilà. Et puis, on avait quitté ces fameuses montagnes que j’aimais tellement, où j’avais développé aussi un esprit. Donc, tout était continuellement en retransformation. Et donc, en 2004, après le départ de ma première sœur, on a tout quitté. On a tout quitté. Mon autre sœur était bébé à cette époque-là, puisqu’elle avait 19 mois à ce moment-là. Et on a pris la route. On a pris la route sans rien. Juste, on est partis parce que ce n’était plus possible là où on était. Il fallait changer. Tu vois, il fallait bouger. Mais quand je dis qu’on est parti sans rien avec un bébé, c’est vrai.
Olivier M. 23:22
– Au moins avec une voiture. Voilà, avec la voiture. Effectivement.
Bruna T. 23:24
– On avait la voiture, on avait ce qu’on avait pu y mettre dedans. Et puis, on y a vécu quelques mois. Vraiment, littéralement vécu. Et voilà, ça a été tout plein de choses qui ont fait que de toute façon, pendant les dix ans après, donc de mes 20 à mes 30 ans, dans ma famille, il y a eu un tel besoin de trouver un sens pour continuer à vivre avec du sens, justement, entre un enfant que dans la famille, tu dois élever. Moi, c’était ma petite sœur, mais les 18 ans d’écart et ce que venait de vivre ma maman aussi. enfin ce que parce qu’elle venait de vivre ce qu’elle vivait. Le départ d’un enfant qu’on a élevé en le tenant en vie, parce que c’était le cas, ma mère tenait ma sœur en vie, littéralement, jour après jour. Et elle se retrouvait maintenant avec moi qui vivais tout. Et puis ma petite sœur qui était un bébé, et puis mon beau-père dans tout ça. Donc, waouh, c’est un puzzle. Tu te dis les pièces, comment elles font pour tenir ensemble, mais il faut qu’elles y arrivent. Donc, j’ai passé ces dix années-là à recentrer autant que possible et simplement, enfin, simplement, à être disponible pour cette réalité-là de vie. pour voir comment ça pouvait se reconstruire, pour voir comment ma sœur allait pouvoir avoir ses premières années de vie avec du sens, avec tout le bonheur et toutes les possibilités qu’elle avait besoin de voir s’ouvrir devant elle forcément. Et voilà. Et ça, ça a été une époque, par contre, où j’ai énormément écrit en fiction, pour le coup. Là, tu vois…
Olivier M. 24:33
– Pendant cette période, vu que du coup, tu n’étais pas à l’école, tu vivais avec ta famille pour recréer une expérience qui vous permette aussi de vous ré-ancrer quelque part.
Bruna T. 24:43
– Tout à fait.
Olivier M. 24:44
– Je me disais, tiens, Comment est-ce que, de par cette passion, ou en tout cas cette intuition que tu as autour des mots, comment ça s’est passé ?
Bruna T. 24:52
– J’ai écrit de deux bords. J’ai écrit pour moi, pour ce que je ressentais, pour ce que je vivais, pour une partie d’espoir. C’est ça, l’espoir, c’est bien plus fort que l’espoir, mais ça me porte quelque chose qui me porte en avant, qui fait qu’il y a forcément du sens. Et que régulièrement, si je suis au plus bas, si ça va jusqu’au plus bas, je reviens à l’endroit où je me dis mais tant pis, dans ce cas-là, je l’invente. J’ai toujours ce réflexe-là de me dire si ça n’existe pas, je vais l’inventer alors dans ce cas, mais il faut que ça marche, il faut que ça tienne. Donc j’avais ça d’un côté et d’un autre côté, je me suis lancée effectivement dans l’écriture de mes livres à moi. donc notamment d’une fiction qui n’a toujours pas vu le jour parce que ça a pris un autre chemin après mais sur laquelle j’ai passé des années et des années. Alors à l’époque, je ne savais pas en plus, parce que je parlais du Seigneur des Anneaux tout à l’heure, mais je l’ai découvert un peu après, un petit peu après moi. Donc je ne savais pas qu’il y avait des livres dans lesquels on développait des mondes d’une façon tellement concrète, tu vois. Et c’était le cas. C’était le cas dans ce livre-là. Et en fait, ça a pris tellement de place et tellement de force que j’ai écrit toute une langue, une langue qui est fonctionnelle aujourd’hui. Et c’est pareil, j’ai su quelques temps après. J’étais loin d’être la première à avoir fait ça. Loin de là. mais bon moi je m’étais lancée tu vois instinctivement sans connaissance autre que le fait que par contre je suis passionnée de la langue française, ça c’est certain, passionnée du fonctionnement même d’une langue, de la raison pour laquelle c’est là, de pourquoi on s’en sert. Et j’avais besoin que mon histoire, tu vois, elle ait des fondements tellement vrais que je ne pouvais pas m’imaginer que les personnes, si je les avais placées dans tel contexte, elles ne parlaient pas notre langue, ça je le savais. Donc il fallait la leur et je ne pouvais pas juste me dire ça. Il fallait la leur, du coup je l’ai construite. Il faut aller au bout des choses. C’est comme dans un tableau, tu sais les tableaux quand c’est peint, Alors, il y en a certains qui me transportent, mais je me dis toujours que si tu as une nature morte, tu as des placards. Si tu les ouvres, t’as rien derrière. Donc voilà, fallait que ce soit. Donc j’ai occupé tout ce temps-là à écrire beaucoup, parce qu’il y a eu plusieurs versions en plus. Donc ça a été, sans rire, ça a été des milliers de pages. Il y a une première version que j’ai laissée de côté qui en avait 2000. C’était des pages à quatre. C’est de te dire aussi…
Olivier M. 26:41
– Éric Dauberteau, bien évidemment, ce serait pas marrant. Oui.
Bruna T. 26:42
– Bien entendu, sinon ce serait pas… C’est de te dire aussi presque la furie, en quelque sorte. Mais la furie comme la mer en furie, pour donner du sens, pour avoir du sens. Il fallait que ce soit vrai, il fallait que ça existe, il fallait que ces échanges… Donc en fait, dans mon livre, les personnes allaient jusqu’au bout d’elles-mêmes. Elles apprenaient le courage, elles apprenaient par où ça passait, elles interagissaient. Et je crois que je me suis donné le moyen par ça. Je me suis donné vraiment le moyen de pouvoir, à un moment donné, réaborder notre monde. Avec ce qui s’était passé, avec ce que ça m’avait donné de prise de conscience de ce que c’est la vie vraiment. Parce que quand tu vis quelque chose comme ça si jeune, de toute façon, cette conscience-là, je l’ai eue très petite parce que mon papa avait des problèmes de vie, justement, pour réussir à vivre qui était telle que déjà avant la naissance de ma première sœur, j’avais bien senti qu’on était… J’ai jamais eu un moment dans ma vie, tu vois, où je puisse me dire c’est bon, c’est sûr. Tout est sûr. Tout est sûr, tout est calme, tout est en sécurité, jamais.
Olivier M. 27:32
– Tu as été dans une sorte de déséquilibre permanent. Voilà.
Bruna T. 27:35
– C’est ça. Et donc c’est dans ça que j’ai dû apprendre moi à tenir debout. Donc je me suis servi de cette dizaine-là d’années pour prendre les forces notamment grâce à la fiction, sur comment, tu vois, ne serait-ce que d’avoir la foi que les interactions peuvent aller jusqu’au bout. Qu’il peut vraiment se passer des choses vraies. entre les gens. Donc voilà, mais vers la fin, après, vers mes 30 ans, comme quand même le temps passait, comme quand même moi, je guérissais, il y a des choses qu’on porte. Mais oui, je guéris. Je guérissais, je guéris. Vraiment, profondément, pour que ça ait un sens. J’ai décidé de m’ouvrir un petit peu puis j’ai fait des expériences. Alors, j’ai vu arriver Internet dans ma vie très tard quand même par rapport à tout ça. Je ne l’avais pas du tout, pas du tout axé pendant des années. Et puis, à un moment donné, ça s’est ouvert justement quand je me suis dit allez il va peut-être falloir quand même qu’il se passe des choses parce que là le temps est en train de passer je me rendais à peine compte et puis Peut-être qu’il va falloir aller de l’avant. Et donc, là, on en arrive à une autre étape.
Olivier M. 28:23
– Justement, avant qu’on passe à ces étapes, on va dire plus professionnelles, où on commence à construire, la question que je me posais, c’était, quand tu écrivais à l’époque, vous êtes dans la voiture, vous essayez de naviguer, on va dire, l’expérience que vous avez. Pour toi, si tu n’avais pas écrit, qu’est-ce qui se serait passé ?
Bruna T. 28:45
– Très bonne question. Je n’ai même pas essayé, déjà, de ne pas écrire. Je ne l’ai pas fait. J’ai l’impression que ça se serait…
Olivier M. 28:52
– En fait, le questionnement que j’ai derrière, c’est est-ce que pour toi, ça a été un exutoire ? Par exemple, tu vivais probablement des choses. En plus, finalement, tu sortais de l’adolescence. C’est des périodes de vie, généralement, qui sont quand même… Oui, qui sont intenses, déjà, en elles-mêmes. C’est ça. Donc, est-ce que c’est une manière de, justement, gérer peut-être les émotions que tu vivais sur le moment ? Est-ce que c’est une manière de t’échapper ? quand tu as écrit une fiction, parce qu’une fiction, du coup, il y a une sorte de décorrélation avec la réalité actuelle. Oui, tout à fait. Est-ce que d’ailleurs, dans cette fiction, c’est une représentation de ce que pourrait être la réalité ou est-ce que c’est quelque chose qui est totalement différent ? Je me questionne un petit peu sur ce processus-là et à quel point ce processus-là t’a aidé à naviguer dans cette période un peu compliquée ?
Bruna T. 29:32
– Super question. Vraiment, parce qu’il y en a même certaines que je ne me suis jamais posées exactement comme ça. Et à entendre ce que tu dis là, je pense que pendant longtemps, ça a servi d’échappatoire dans le sens… qu’il était possible de vivre quelque chose. En fait, je me donnais le moyen de respirer. C’est pour ça que des fois, je le compare à une respiration. Et c’est pour ça que si je n’avais pas écrit, je ne sais pas ce qui se serait passé. Oui, c’était un moyen de m’échapper, mais c’était un moyen de m’échapper en me donnant la possibilité de croire encore à quelque chose de beau. Parce qu’en fait, j’avais déjà tellement perdu à l’époque. Toute ma première famille que j’avais tellement aimée avait complètement, et même c’est le cas aujourd’hui. Mon papa nous a quittés aussi, donc les quatre qu’on était au début. Cette réalité-là n’est plus là comme ça. C’est moi qui la porte extrêmement fort, mais qui ai dû apprendre à vivre avec. Donc, écrire m’a permis, oui, de m’échapper de la terrible douleur du quotidien, de l’absence, du vide, tout en me donnant les moyens justement de reconcrétiser quelque chose. Par contre, ça a pris du temps. Et c’est vrai que là aussi, pendant longtemps, je suis restée un petit peu en suspension. Je suppose qu’on devait me croiser et se demander où j’étais un peu, pour le peu qu’on pouvait me croiser à l’époque. Parce qu’en fait, j’étais en train, dans ce que je concevais, dans ce que j’écrivais, de me donner les moyens de croire à nouveau, par exemple, à l’amitié, de croire aux rencontres, de croire au fait que ce n’était pas possible. En fait, très honnêtement, je ressens les choses si fort, ce que je ressens, je le ressens si fort, que ce n’est juste pas possible, que ça n’aille pas plus loin et que ça n’ait pas de sens vers un aboutissement merveilleux pour moi. C’est comme ça. Les choses doivent être couronnées, si tu veux, de tout ce qui fait que c’est beau et de tout ce qui fait que c’est vrai. Donc, par l’écrit, par ces fameux personnages de fiction que je porte très, très fort, que je connais par leur nom, je connais leur caractère. Il y en avait qui étaient dans un état catastrophique. Je veux dire, justement, tu vois, c’était pas forcément. C’était justement le moyen d’aborder à nouveau les gens, d’aborder à nouveau. Parce que quand tu vas les voir, quand tu croises des personnes et que t’es toi-même tellement bancale. Enfin, je veux dire, j’ai le souvenir, par exemple, on cherchait une maison. Enfin, on cherchait un endroit où habiter à un moment donné. On habitait sous les toits à cette époque-là, dans d’anciennes chambres de bonnes. Et en fait, il faisait une chaleur, mais la chaleur était telle en été que ça faisait littéralement fondre les bougies éteintes. Donc, on n’en pouvait plus. Et ma maman, elle avait la santé à ce moment-là qui ne pouvait plus supporter ça, en plus de tout le reste. Donc, on cherchait un nouveau logement. Et puis, c’est tout, on va en visiter un. On fait un bon bout de route. J’étais juste partie avec mon beau-père. Et puis, la propriétaire nous le fait visiter. Nous, on se dit, c’est un peu petit, mais ce serait bien. On commence à se projeter un tout petit peu. Et puis, c’est des périodes de vie où tu dis tiens, si quelque chose de beau peut arriver, si quelque chose de… tu vois, tu commences à nouveau à te dire, mais il va pouvoir se passer des choses comme ça. Et puis la dame nous a dit que non, c’était pas possible parce qu’en fait, elle connaissait quelqu’un d’autre, une dame qui avait perdu son mari très récemment et donc elle préférait le lui réserver à elle.
Olivier M. 32:04
– Priorité.
Bruna T. 32:05
– Et voilà, j’ai eu mon cœur qui a vibré pour cette femme-là parce qu’en plus, j’étais très très fort justement dans le contexte de ce que ça veut dire. Seulement, je me suis rendu compte que comme elle ne savait pas pour nous ce qu’on traversait, elle ne savait pas qu’en fait, elle aurait pu aussi donner son logement à une femme qui venait de perdre un enfant.
Olivier M. 32:19
– Tout à fait.
Bruna T. 32:20
– Quand tu abordes les gens alors que tu viens de vivre des choses, que tu vis des choses qui sont si… Tout est un peu… Tu es dans un genre d’autre monde. Tu vois, sans rire, c’est presque comme si tu étais dans l’eau. D’ailleurs, dans ma famille, c’est souvent un exemple qu’on prend. Entre l’eau et l’air, tu entends les sons différemment. La réalité est différente. Donc, pour pouvoir la réapprivoiser, j’ai eu besoin d’écrire comme ça. Pour, à nouveau, oser, presque oser toucher. Presque oser toucher les gens, oser toucher le quotidien. oser me dire d’accord, ok je m’implique Parce que vu la force avec laquelle je ressentais les choses, sinon, je crois que si je n’avais pas écrit, ce n’est pas la peine que je dise les mots, mais je pense que ça n’aurait pas pu aller. Bon, ce qu’il y a, c’est que ma sœur l’a laissé dans tout ça. Ce n’était pas possible.
Olivier M. 32:56
– Oui.
Bruna T. 32:56
– Je comprends. Dans ce cas.
Olivier M. 32:58
– Merci pour ce partage-là. Et donc, du coup, on va avancer dans cette histoire-là. Et pour introduire cette deuxième partie qui est finalement plus autour de ton avenir professionnel, tu me disais tout à l’heure en marchant, parce qu’effectivement, on a fait une petite balade tout à l’heure avant d’arriver, tu me disais que tu n’avais finalement jamais eu de CDI oui.
Bruna T. 33:14
– Non tout à fait Oui, j’ai jamais eu de CDI, en fait, j’ai jamais été salariée. Nulle part. Parce qu’en fait, oui, c’est vrai, de 20 ans à 30 ans, du coup, j’ai pas… Alors, oui, j’ai eu une petite aventure déjà entrepreneuriale, en fait. Pour l’instant, j’avais pas encore réalisé que je pouvais vivre autre chose que la fiction par l’écrit, si tu veux. Donc, en fait, je m’étais lancée dans un petit projet de récupération d’objets de tous sens auxquels je redonnais vie, soit en les refabriquant, soit en les réparant. Et ça, ça avait beaucoup de sens, en fait, dans ce que ça voulait dire, tu vois, de voir que quelque chose que sinon on met de côté… ou bien qu’on jette. Et même encore aujourd’hui, ça me manime beaucoup quand je le dis.
Olivier M. 33:47
– C’est redonner du beau à quelque chose qui existe.
Bruna T. 33:50
– Voilà, tout à fait. Donc, j’avais monté un tout petit truc comme ça, mais tu vois, dès d’emblée, c’était quelque chose qu’il fallait que je monte moi. Donc non, je n’ai jamais eu, littéralement jamais, d’expérience. Alors, littéralement, non, maintenant, c’est vrai que maintenant, j’ai eu trois mois.
Olivier M. 34:02
– C’est ça. Et c’est déjà mieux que zéro.
Bruna T. 34:05
– C’est déjà beau, tout à fait. Voilà, j’ai eu une expérience pendant trois mois, qui ne s’est pas reconduite, comme on dit. Mais voilà, c’est la seule expérience salariée que j’ai eue. Tout le reste, c’est une expérience entrepreneuriale.
Olivier M. 34:15
– Entrepreneuriale. Et du coup, comment tu te lances dans tout ça ?
Bruna T. 34:17
– Alors, je me lance justement, tu vois, au bout d’un moment, je me lance en 2015, avec à un moment donné quand même la conscience que justement, ça y est, j’ai pris des forces tellement. Et justement, je suis porteuse de temps, d’un feu, on dirait presque en fait, en tout cas de quelque chose de vivant qui je ne peux pas encloire là, laisser là. Il faut que ça aille vers les personnes. Donc ça, j’en prends conscience puissamment. ça m’aidait moi. quand même.
Olivier M. 34:40
– Puissamment au carré encore ?
Bruna T. 34:41
– Avec moi, je crois. Parce que j’emploie toujours des mots où on se dit ça y est, le superlatif est déjà là et en fait, j’ai toujours envie de le mettre plus. Donc, puissamment au carré, voilà, c’est ça. Parce que oui, parce qu’en plus, c’était tout un truc, tu sais, je vivais assez isolée et puis même dans ma famille, comme on était là où on s’était retranchés en quelque sorte pour guérir, il allait falloir accepter de faire une brèche entre guillemets à cette sécurité-là C’était ça aussi, c’était retrouver le fait que ça y est, j’avais envie de vivre des choses, qu’il allait falloir mettre ça en avant, qu’il allait falloir oser le Et donc, je savais que ça passerait. Enfin, je ne sais pas si je savais ou si je me suis dit je veux que ça passe par quelque chose de professionnel. Mais professionnel, pour moi, du coup, c’était une façon d’aller à la rencontre des gens et d’avoir une dimension, justement, dans la mission. Et un matin, je me suis… Donc, la vraie histoire, c’est ça. Je la raconte de temps en temps. C’est pour ça que je dis ça comme ça, mais c’est vrai. Je me suis réveillée. Donc, tu te réveilles, tu t’assieds sur ton lit. Et vraiment, j’ai eu le sentiment d’avoir les mots qui s’inscrivaient devant moi, écrivain public. J’ai l’impression d’avoir les lettres, justement, parce que c’est tellement fort pour moi que quand j’ai les mains au repos, très souvent, j’écris. avec mes mains comme ça là sur la table. Je sais que mon père me faisait remarquer ça quand j’écris vraiment continuellement. Donc écrivain public, d’un seul coup, je me suis dit et ça a fait, mais alors dans ma tête, ça a fait un truc. Genre ça y est, c’est l’accélérateur de particules, le truc, ça s’est fait. Oh punaise ! Pourquoi pas avant, tu vois ? Alors bon, avant, ça n’aurait pas eu de sens, mais à ce moment-là, je me suis dit mais c’est tellement évident, je suis restée un peu sidérée. je me rappelle je suis restée assise comme ça sidérée à me dire je crois que j’ai trouvé je crois que vraiment j’ai trouvé Et juste après, il s’est passé quelques minutes, je me suis dit, mais oui, mais ça existe, écrivain public, aujourd’hui ? Et c’est là, c’est ce que je te disais tout à l’heure, je me suis dit, je m’en fous. Alors là, je m’en fous, je réinvente tout, je trouve le moyen, je trouve le débouché, et moi, je te dis…
Olivier M. 36:20
– De ce que j’entends, c’est que du coup, les mots te sont venus à l’esprit, mais tu ne savais pas si c’était déjà une profession.
Bruna T. 36:25
– Non, alors je connaissais ce nom-là depuis longtemps parce que je savais que ça avait existé. Si tu veux, j’avais un peu l’historique, et les écrivains publics ont eu vraiment un pic d’activité sous ce nom-là. Parce qu’à cette époque-là, c’était presque les scribes ou les copistes, les moins copistes. Mais sinon, après, quand on s’est mis à avoir plus besoin, donc aussi quand l’administration est arrivée et que donc il y avait des documents et qu’il fallait envoyer des lettres. Donc, d’un seul coup, l’écriture, plutôt que d’être réservée à la fameuse élite, elle est entrée dans un quotidien, mais plus vite que les gens n’ont pu suivre le truc. Et quand tu te retrouves dans ta vie à n’avoir eu aucune chance, justement, d’aller à l’école, d’apprendre tout ça, tu fais comment ? Les écrivains publics sont arrivés à cette époque-là. Moi, j’avais cette représentation-là du métier. On était en 2015, donc je me suis dit, ben oui, je ne sais pas, moi aujourd’hui, est-ce qu’écrivain public, ça existe encore ? Et c’est là que je me suis dit, ben tant pis, je réinventerai le modèle. Je ne sais pas d’où je tiens le fait de m’être dit ça, parce que quand même, j’ai eu très, très vite conscience qu’il allait falloir que ça marche. Parce que c’est ça aussi qui a été important. Je voulais que ça marche. Ce n’est pas quelque chose que je voulais vivre comme ça en dilettante. Je voulais vraiment être ça. Et du coup, dans ce cas-là, que ça devienne, tu sais, c’est pour reprendre les scènes des films épiques un peu. ton costume, je vais te dire, tu le mets. Tu l’habites, tu sais que tu vas l’habiter, tu sais qu’il a du sens. Donc c’était cette idée-là que j’avais du… Alors j’ai appris par après que oui, ça existait encore, qu’on est très très peu, et que cela dit, par exemple, c’est un métier qui ne s’enseigne pas. Qu’il n’y a pas d’école, il n’y a pas de… Alors tu as des parcours certifiants, aujourd’hui c’est sûr, rares, cela dit, rares et pas, mais tu n’as pas de diplôme, tu n’as pas quelque chose qui te permet de suivre ce parcours-là, et la plupart du temps, les gens qui en arrivent là ont, je suppose, un parcours et une relation très particulière à l’écriture et aux autres, et puis probablement une partie autodidacte dans leur progression. Après, dans ce que j’ai entendu parler, j’ai eu des échos de clients qui m’ont dit qu’ils avaient déjà essayé auprès d’autres personnes. Et c’est compliqué parce que si tu n’as pas justement une dimension humaine très, très forte dans le métier, très vite, il ne peut pas se passer grand chose.
Olivier M. 38:17
– C’est sûr que tu écris pour toi et du coup, tu as une relation humaine avec toi-même. Voilà. Mais si tu commences effectivement à interagir avec d’autres, il vaut mieux que tu aies un minimum de relation. Voilà.
Bruna T. 38:25
– Il faut qu’il y ait une relation. Et ça, c’est une partie finalement du métier qui, c’est tout juste si ça ne surplombe pas l’autre. Parce que si tu ne l’as pas, vraiment, je pense, en tout cas dans mon expérience à moi, que ce n’est absolument pas possible. Alors, bien sûr, tu peux faire certaines choses comme aujourd’hui, on les demande par exemple à ChatGPT. C’est-à-dire que tu peux écrire une lettre pour quelqu’un, c’est certain, sans t’impliquer. Puisque ça, d’ailleurs, chacun a aussi son implication propre. Je ne suis pas en train de dire que tout le monde, écrivain public par exemple, doit s’impliquer de cette manière-là. Mais sans dimension humaine, ça me paraît vraiment… Et tu vois, c’est là que je retrouvais ce que je cherchais étant jeune, que je n’avais pas trouvé dans une éventuelle filière littérature pour le moment. là je l’avais je pense que c’est pour ça que ça m’a tellement euh.
Olivier M. 39:01
– Je pense qu’effectivement, comme tu le dis, ce que l’on met derrière dimension humaine, c’est qu’il y a une notion de service quand même derrière. Donc si tu n’es pas dans le service, tu n’es pas dans l’écoute, tu n’es pas dans la recherche des besoins et ce que tu produis finalement n’a peut-être pas de valeur ou pas de sens parce que ça ne va pas toucher la personne en face. Voilà.
Bruna T. 39:19
– C’est froid ou bien dans ce cas-là, ça reste aussi enclos à certaines démarches très particulières et souvent les écrivains publics sont connus pour ça. Alors pas tous, attention, notamment dès qu’on arrive à écrire un biographe, c’est un peu différent. et surtout, ça met en valeur le fait qu’il est difficile d’en vivre. Parce que, bon, ça, c’est une autre dimension, mais je pense que si on ne peut pas le réinventer au fur et à mesure, au fil des rencontres, justement, pour aller dans cette dimension-là de service auprès des besoins des personnes, là, oui, il peut se passer des choses, mais sinon, bah oui, c’est compliqué que vraiment ça devienne une activité dont tu vis, quoi.
Olivier M. 39:50
– Ouais. Et du coup, donc, tu as cette révélation. Comment est-ce que tu as tes premiers clients ? Comment est-ce que, justement, ça démarre tout ça ?
Bruna T. 39:57
– Ouais. Alors ça démarre que ça met en fait deux ans où je me dis ok, ça y est, t’as le projet, t’as le projet, t’as enfin quelque chose. Déjà j’en parle à ma famille, ça y a de très très bons échos, ma mère est très contente, tout le monde est très content en fait. Et moi je me dis par contre là, ça fait un petit moment que je suis un peu loin de tout ça, donc il faut que je me mette à niveau en quelque sorte. Mais c’est parce que je pense que j’ai voulu faire une validation de mes acquis en anglais. en langue anglaise parce que je m’étais dit que je pourrais aussi proposer des services de petite traduction. Alors oui, au départ, je l’ai mis dans ça. Mais en fait, ce que j’ai décidé de faire, c’est de me lancer, pareil, toujours en autodidacte, mais en bénévole, pour voir de quoi j’étais capable sur le terrain. Donc en fait, parallèlement, j’avais rencontré le directeur d’une grande plateforme de livres, une grande plateforme d’e-books. Alors, je ne sais pas si c’est encore le cas aujourd’hui, je pense que oui. La plus grande plateforme de lecture gratuite en ligne. Donc, c’est une plateforme qui s’appelle en un seul moment bestseller.com. Et j’y avais mis quelques écrits de fiction à moi. Tu as des interactions possibles avec les lecteurs, etc. Ça, c’était déjà un pas que j’avais fait. Mais j’avais rencontré le directeur. Le courant passait très, très bien. Et il m’a proposé de l’aider dans plusieurs tâches, en fait, d’écrire des articles, de le seconder en quelque sorte. Et donc là, je me suis dit, là, c’est très bien. Tu fais tes armes pour voir si, d’un point de vue organisationnel, d’un point de vue relationnel, etc., etc., tu es capable de le faire. Donc, je me suis donné à peu près deux ans, le temps de faire ça, le temps de trouver un peu de financement, le temps de comprendre comment on monte une auto-entreprise, le temps de réfléchir à tout ce dont j’allais avoir besoin. de trouver un nom, de trouver… Parce qu’en fait, c’est vrai que dès le début, ça a pris un aspect d’organisation très, très fort que j’ai encore aujourd’hui. Je voulais vraiment mener l’activité en… Je savais que tout devait être carré. Carré dans l’organisation, je veux dire. Je voulais que ce soit propre, je voulais que ce soit bien monté, je voulais que ce soit fonctionnel. Donc, j’ai passé de 2015, je ne sais plus exactement quand, du coup, jusqu’à… J’ai lancé l’activité en janvier 2017, donc pas tout à fait deux ans non plus après. Le pari que j’avais fait, comme je ne pouvais pas avoir de cabinet et que je ne voulais pas surtout parce que je me disais les frais, je ne sais pas du tout comment je vais les amortir. Bon, ben voilà, on était à l’ère d’Internet. Du coup, je me suis dit, je lance en ligne. Donc, j’avais une première version d’un site Internet. Et puis, je m’étais inscrite. Alors là, j’ai bombardé par contre. Je m’étais inscrite sur tous les sites qui mettent en relation les particuliers et les professionnels ou bien les professionnels et les professionnelles pour des besoins de service. tu vois donc c’est si les plateformes comme on les connaît aujourd’hui comme on les connaît voilà comme on aurait Malte alors à l’époque justement il y en avait beaucoup et moi je trouvais l’idée encore assez neuve et je n’ai pas conscience de si ça existait depuis longtemps ou pas honnêtement mais j’ai fait une recherche de folie sur le nombre qu’il y avait j’ai créé alors à chaque fois c’est un profil un peu différent c’est un profil oui ça c’est malheureusement ce qu’on rencontre tous voilà et bon bah j’ai bombardé je me suis mise sur autant de présences et autant de plateformes que possible résultat parce que moi, c’était le 14 janvier. Et oui, c’est ça, elle m’a appelé le 15 ou le 16. Et je l’ai encore aujourd’hui. C’est encore une dame que j’accompagne aujourd’hui. Presque neuf ans après, du coup. Et un second client deux jours après, après elle. Donc, les deux premiers dans la même semaine, jamais je ne m’y serais attendue parce qu’effectivement, j’avais que ma présence en ligne. Et voilà, ça a commencé comme ça. Dans la première année, j’ai eu mes premiers huit, je crois. Huit, dix clients. Je n’aurais pas pu en vivre la première année, c’est sûr. Mais j’avais au moins de quoi réaliser que oui, ça pouvait tenir le coup vraiment et que si je m’y prenais bien et si je me mettais à fond ça allait pouvoir donner quelque chose qui avait vraiment du sens. Je suis trop contente.
Olivier M. 43:05
– Surtout que c’était des vrais clients. Parce que tu aurais pu très bien commencer par ma mère, mon père, vos pères, etc. Oui, tout à fait. Alors que là, vraiment, tu t’es lancée dans l’inconnu, avec la passion et finalement l’espoir de tout ce qui va arriver.
Bruna T. 43:21
– Tout ce qui, voilà.
Olivier M. 43:21
– Parce que je ne dis même pas tout ce qui pourrait arriver, parce qu’il y a une conviction que ça va arriver. J’ai l’impression, en tout cas.
Bruna T. 43:26
– Oui, tout à fait.
Olivier M. 43:26
– Et là, tu as vraiment des vrais clients. Et ces projets, c’était quoi alors ? Ça ressemblait à quoi ?
Bruna T. 43:31
– La première chose qu’on m’a demandé, c’était un accompagnement administratif. C’était une dame qui se reconnaîtrait avec Jean Brasse, qui rencontrait des soucis avec sa hiérarchie. Parce qu’elle était porteuse d’envie particulière. Elle intervient dans le monde de la petite enfance, de l’accompagnement à la petite enfance. En fait, il y avait vraiment des gros soucis dans sa hiérarchie parce que les gens l’avaient prise en grippe, probablement parce qu’elle osait des choses. Et donc, elle avait besoin d’aide pour que quelqu’un mette des mots sur ça et arrive à faire entendre sa situation. Et elle, elle ne se le sentait pas du tout. Donc moi, je me suis impliquée dans le truc dès le début. très particulier, même aujourd’hui je le dis avec un c’est qu’effectivement j’avais aucune idée de comment ça marchait, comment j’allais. Donc j’ai en même temps que je l’ai vécu, un découvert alors tout le côté annexe dans le sens de facturation, suivi de ceci, suivi de cela.
Olivier M. 44:12
– Toi t’avais la compétence des mots mais ensuite il a fallu la contextualiser à son domaine, à ses problématiques pour répondre à son besoin.
Bruna T. 44:20
– Voilà, tout à fait. Et ça a été comme ça pendant les quelques premières années jusqu’à ce que finalement aujourd’hui ce soit beaucoup plus Alors fluide, de toute façon, je n’ai jamais ressenti. Il n’y a pas eu de tiraillement, il n’y a pas eu de frottement. De toute façon, tout le parcours a été fluide. Par contre, aujourd’hui, ça va globalement beaucoup plus vite. C’est un peu comme tu dirais qu’un cours d’eau a repris de la vitesse parce que c’est épais, il est devenu plus grand, son lit est plus grand. Aujourd’hui, tu as du tir en dos. Déjà, moi-même, j’écris beaucoup plus vite qu’avant. Je lis aussi beaucoup plus vite. Et ça, je sais que c’est un truc dans mon entourage. Il me suffit d’avoir une page devant, je capte. Je capte et je garde le message. mais heureusement parce que sinon plus que j’aurais pas pu tenir Tandis que là, il y avait la lenteur des débuts. Donc voilà, la toute première chose qu’on m’a demandé…
Olivier M. 45:02
– C’est marrant parce que ça n’a pas directement un lien, on va dire, avec l’écriture de fiction ou l’écriture de livres derrière. Là, c’est vraiment comment est-ce que je mets sur le papier des choses que je n’arrive pas à exprimer. C’est ça que je comprends. C’est vraiment retranscrire quelque chose de… moins intelligible, en quelque chose d’intelligible.
Bruna T. 45:21
– En quelque chose d’intelligible, en quelque chose qui puisse… En fait, ce qui m’anime, c’est ça, c’est de percevoir un message avec son intention. Parce qu’en fait, ce qui est incroyable, c’est qu’on fait un effort phénoménal pour communiquer. Je pense qu’on ne le dit pas assez aussi, parce qu’on insiste sur l’importance, souvent, de la communication, ou sur tous les problèmes qu’il peut y avoir quand il n’y a pas assez de communication, etc. Mais en réalité, la communication demande une sortie de soi-même, une énergie, c’est phénoménal. et je crois que je respecte ça infiniment. Donc quelqu’un qui est là avec un message dont il est porteur et que tu verrais un petit peu embarrassé, tu sais, mais embarrassé parce que c’est comme ça. Tu veux juste parce qu’il le porte et que voilà, le sac il est lourd ou tu sais pas comment le mettre ou bien et que tu vois que déjà il fait l’effort de l’apporter, après il fait l’effort de venir te l’expliquer alors que c’est sa propre vie, c’est énorme, enfin moi ça me paraît énorme. Et du coup, bah oui, moi j’ai qu’une envie dans ce cas-là, c’est de prendre le message avec l’intention de la personne, donc ça comprend sa personnalité, ses idées, sa façon de penser, pourquoi elle en est là, quelles émotions elle veut y mettre ou surtout pas y mettre, parce qu’évidemment on peut avoir ça aussi. Moi, en fait, c’est devenu quelque chose qui me forme, je fais une parenthèse, mais c’est une hygiène de vie, c’est presque une philosophie, parce que pour y arriver, je dois être le plus transparent possible. C’est pour ça aussi que je m’éclate, de toute façon, parce que ça correspond à ce que je suis. Mais il faut vraiment que je sois naturelle et entière tout le temps, parce que sinon je pose, même sans le voir, des genres de paravents qui font que le message des personnes dont je vais être à un moment donné, juste à un moment donné, la détentrice, il ne pourra pas passer de la façon la plus transparente possible. Alors il faut. Moi, je suis juste là, l’instrument entre les deux. Je veux arriver à la fin à ce que les personnes me disent « Ouais, c’est bon. C’est bon là, c’est bon là. » Donc, tout dépend évidemment de la qualité des échanges, dans le sens, qualité là, ce n’est pas une échelle de valeur, c’est comment on y arrive, comment ça circule, tu vois, dans quelque chose, une huile plus ou moins raffinée, quelque chose de… Bon, il faut en tout cas que ce message-là, je le porte et qu’en même temps, au passage de ça, je lui donne quand même. Ça, c’est le truc que j’adore. je lui donne de l’élan. Il faut que j’arrive à lui donner, tout en conservant l’intégrité de ce que la personne veut dire au départ, il faut que je fasse en sorte, comme si j’ajoutais un petit peu de poudre magique dans tout ça, pour qu’il puisse atteindre sa cible. Et ça, je pense que c’est la partie un peu ce qui fait que, bon, en écoutant, je pense que j’aime beaucoup ce qui est argumentaire, mais argumentaire dans le sens par où tu peux appuyer sur quelle pédale, en fait, en gros, un peu comme dans un choix musical, tu vois, à nouveau, quelle intensité tu mets, à quel moment très précis, très, très particulier pour que Merci. À ce moment-là, tu sais que c’est ces émotions-là que ça va faire bouger. C’est obligé, tu vois ? Et comme ça, tu fais en sorte que le message, tu maximises ses chances en quelque sorte, sans le tordre du tout. Au contraire, en le laissant tel quel, mais en choisissant les moments d’interprétation, d’intensité, pour qu’il puisse atteindre son but. Et donc, effectivement, là, cette première dame, je découvrais ça, et ça a été ça, et c’est resté ça, en fait. Quels que soient les projets qu’on m’ait demandé. Parce qu’en fait, on ne m’a pas demandé de fiction, de construire de la fiction. d’en construire, je veux dire, on me l’a jamais demandé. On m’a demandé d’intervenir. en correction, en contrôle qualité, en accompagnement éditorial, etc. Mais pas en création.
Olivier M. 48:19
– Et du coup, entre ce moment-là qui est vraiment tes débuts et là où tu en es aujourd’hui, est-ce que tu peux nous en dire un peu plus ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce que tu as appris sur le chemin ? Qu’est-ce qui t’a construit, du coup ?
Bruna T. 48:29
– Alors, je pense que ce qui m’a le plus marqué, et ça, c’est ce que je te disais juste avant qu’on commence, c’est l’histoire de confiance. En fin de compte, ce que j’ai découvert, c’est qu’à chaque fois, c’est une question de confiance, celle qu’on m’accorde, et celle que j’ai à charge de créer. immédiatement à chaque fois. Donc à chaque nouvelle personne que je rencontre, déjà j’arrive neuve. Alors j’arrive avec mon expérience, maintenant je suis contente. Parce qu’il n’y a pas si longtemps que j’arrive à pouvoir me fier à ma propre expérience. Il y a quoi ? Il y a peut-être deux ans, à peu près deux ans où je me dis ça y est, je commence à avoir un peu de bagage pour pouvoir arriver en disant ne vous inquiétez pas, ça fait un moment que je fais ça. Parce que bon, de toute façon, avant, j’avais l’habitude d’arriver en refaisant systématiquement mes armes. Donc je crois que cette histoire-là de confiance a pris tellement de place qu’aujourd’hui, ce qui me motive… c’est pas tant d’écrire, même si j’adore ça fondamentalement, c’est vraiment d’honorer cette confiance-là et d’aller aussi loin que possible pour… J’ai la chance de rencontrer ces gens-là, tu vois, là, je sens que je suis très émue, parce que je les rencontre, j’ai tous ces messages à recevoir et à faire transiter, c’est une histoire de confiance, on va aller jusqu’au bout. On va aller jusqu’au bout, on va y arriver, je trouverai le moyen de rendre ce message-là. Donc, je crois que ce qui me marque le plus, c’est ça, c’est que finalement, chaque rencontre devient une histoire, plus ou moins, voilà. Des fois, ça se termine franchement en amitié. Des fois, c’est des gens que je rencontre juste. Mais bon, c’est très rarement un one shot. Très souvent quand même, en fait, il y a d’autres demandes par la suite et on reste en relation. Donc, je pense que c’est ça. Ce que j’ai appris aussi, c’est un côté organisationnel. Alors, ça, on croirait que c’est annexe, mais en fait, non. Parce que pour que ça puisse tenir et pour que je puisse aller au bout, il a vraiment fallu que j’invente en quelque sorte ou que je trouve les moyens de faire en sorte que ça tienne debout avec tout ce que ça veut dire. quand t’es, alors je suis pas chef d’entreprise, mais c’est quand même moi qui gère tout, tous les aspects. donc il faut bien trouver un moyen de les faire tous tenir de mon petit… voilà c’est ça ce qu’il y a aussi aujourd’hui c’est que du coup j’ai abordé énormément de sujets qui font que je suis à l’aise avec à peu près tout ce qu’on me demande alors chaque projet j’aborde chaque projet nouvellement ça c’est certain mais je sais que ça fait très longtemps que ça ne m’est pas arrivé de me dire oula là je sais pas je sais pas comment je vais faire je sais pas par où je vais partir parce que globalement ça me le fait plus et je suis très étonnée de découvrir ça je pense qu’à nouveau un musicien peut arriver là à un moment donné c’est pas mon cas je suis pas dans ma famille il y en a mais Merci. C’est quelque chose que j’aurais aimé, mais là, non. En tout cas, pour l’instant. C’est la musique des mots, toi. Voilà, c’est ça. Et je ne pensais pas que je pouvais arriver dans cette mise au service des gens à un endroit où, d’un seul coup, ce soit… effectivement comme quand tu te mets au piano et que c’est bon ça peut couler parce que les gammes tu les as j’ai presque l’impression d’avoir des gammes alors c’est une façon de parler et pourtant bien sûr tout va devoir se réinterpréter au fur et à mesure mais j’ai un positionnement qui permet en fonction je capte ce que la personne me dit, son besoin etc et moi je ne me retrouve plus comme dans les débuts aussi démuni en quelque sorte devant le projet à me dire bon alors là par où ça va passer alors que pourtant c’est toujours très nouveau à chaque fois donc je pense que ça c’est le grand grand apprentissage Et puis finalement, ça m’a permis de découvrir que ce qui m’animait bien plus que ça, c’est vraiment les rencontres et c’est l’aide. Je ne sais pas si c’est l’aide ou si c’est le fait, la conviction profonde de te dire que dans ta vie, à un moment donné, tu permets juste, tu permets comme tu ouvres un canal à un rêve d’aller au bout. Simplement pouvoir me dire moi qu’à un moment donné, quelqu’un a besoin de quelque chose ou rêve de quelque chose, c’est plus ou moins… C’est un peu les deux. C’est un peu les deux. Et puis de te dire, j’ai la magie de ça, je vais permettre à ce moment-là. Et d’insuffler au passage tout ce que tu peux insuffler, comme pour redonner si tu veux, parce que ça, c’est le futur. Cette impression-là de la merveille de la vie, justement. Parce que c’est difficile de voir que les personnes continuent d’en être convaincues à cause de plein, plein, plein de choses. Et donc, moi, le message global que j’ai envie de faire passer, que je cache presque derrière, tu sais, c’est celui-là. C’est à quel point c’est possible de vivre quelque chose de beau. Donc, j’en profite pour donner tout ça, j’en profite pour donner un max.
Olivier M. 52:06
– C’est ça que je trouve très admirable dans cette activité-là. Moi, en tout cas, je vois un passage, tu vois, mais forcément, je n’ai pas les mêmes références, mais tu vois le passage souvent, tu sais, dans les films, tu sais, tu as des gens qui voient les morts, qui essaient de les faire passer, tu sais, vers l’au-delà, parce qu’il y a quelque chose qui reste. Et en fait, c’est vraiment cette résonance que j’ai, parce que les personnes que tu accompagnes sont des personnes qui ont un truc qui est bloqué chez elles, qu’elles n’arrivent pas à exprimer. Ça peut être… Du coup, on rentrera un peu dans ces différents exemples-là, et de ce que vous avez à dire. que tu me disais, c’est qu’il y a des récits de vie, il y a d’autres éléments. C’est marrant, c’est la première fois que ça m’arrive dans un enregistrement, mais on a une grève à côté.
Bruna T. 52:47
– J’avais pas vu ! Les gens ont des choses à dire.
Olivier M. 52:50
– Les gens ont des choses à dire. C’est la réalité du live. Mais en tout cas, tout ça pour dire qu’effectivement, je pense que le fait de réussir à poser des mots, ça devient, je pense, de plus en plus important pour les gens. dans un monde où finalement, on ne sait plus où on est. On ne sait plus ce qu’on veut vraiment. Et c’est peut-être ta manière à toi, en tout cas, c’est ce que je perçois dans tes mots, c’est d’apporter ce petit havre de paix pour les personnes à un instant T pour déposer ce qui est vrai pour elles à un instant T.
Bruna T. 53:20
– Tout à fait.
Olivier M. 53:22
– Je trouve que c’est quelque chose qui est très fort dans un monde qui bouge beaucoup, d’avoir un moment où justement, on peut se poser, on peut être soi, sans forcément, en tout cas, ça dépend des objectifs des personnes, mai. Avoir ce côté, est-ce que c’est parfait ou est-ce que ce n’est pas parfait ? Parce que ça ne sera jamais parfait, ou en tout cas, jamais autant qu’on le voudrait. Mais derrière ça, on a posé quelque chose. Et le fait d’avoir posé quelque chose, je trouve que c’est déjà apaisant. Et puis surtout, c’est quelque chose qu’on peut transmettre. Parce que du coup, ce que tu exprimes, c’est vraiment la dimension de tu crées une relation avec les gens. Les gens avec qui tu produis vont créer des choses avec d’autres gens. Mais c’est quelque chose qui peut devenir beaucoup plus grand.
Bruna T. 54:00
– Effectivement, qui a un futur, qui a une dimension de… Soit une arborescence carrément, parce qu’il y a des fois, on ne sait pas jusqu’où ça peut aller.
Olivier M. 54:05
– Tout à fait.
Bruna T. 54:05
– Soit il y a la possibilité pour les personnes de se dire, elle aussi, tu vois, comme je l’ai fait pendant ma fameuse dizaine d’années là, à chaque fois, les gens réapprivoisent une partie de leur vie et une partie de leur message, quelle que soit en fin de compte la finalité, quelle que soit la nature du projet, ou bien si tu interviens sur une urgence ou bien sur quelque chose qui c’est bon et c’est créatif, c’est un souhait, c’est un projet, il n’y a pas de… Mais en attendant, c’est quand même un moyen pour les personnes de se réapproprier quelque chose qu’elles portent, de le découvrir. plus en profondeur, en fin de compte, de se redécouvrir elle aussi par rapport à ça et d’avoir le côté extrêmement gratifiant et presque magique de réaliser qu’il en ressort quelque chose que concrètement, tu vas pouvoir transmettre. Et ça, c’est vrai que ça a une force très… parce que ce n’est pas toujours le cas. Et on a la conscience aussi qu’un livre ou un message, en quelque sorte, nous survit toujours. Moi, je sais que c’est des choses qui n’ont pas de fin, en quelque sorte. J’ai vraiment le sentiment de travailler avec la matière la plus noble que je connaisse. Donc, c’est aussi une immense responsabilité. C’est pour ça que je dis que je suis tenue à une écoute. très particulière dans ma vie, si tu veux, parce que j’aime ça. Attention, parce que c’est moi qui me mobilise. Mais parce que oui, effectivement, si tu glisses un peu par là, si tu glisses un peu par là, tu risques de tordre le message. Si à un moment donné, t’es pas en forme et que t’es plus aussi à l’écoute ou pas aussi disponible, ça va pas. Parce qu’il faut que tu le sois, si tu veux. Et donc, voilà, c’est toute cette dimension-là où le fait de pouvoir se réapproprier quelque chose et d’avoir la conscience qu’on va pouvoir le donner, le transmettre, c’est extrêmement fort.
Olivier M. 55:21
– Et du coup, le genre de projet qu’on te demande aujourd’hui, ça ressemble à quoi ? Donc tu me disais qu’il y avait des récits de vie. où, en tout cas, tu as commencé par comment est-ce que je formule quelque chose parce qu’on m’embête dans mon environnement. C’est déjà savoir que tu fais ce genre de truc-là. Il y a des récits de vie, type biographie, par exemple.
Bruna T. 55:38
– Oui, en fait, je suis intervenue sur à peu près tout ce qu’on peut demander à un écrivain public, en fait, en vrai. Alors, le truc très particulier, c’est que j’ai découvert deux choses. Déjà, systématiquement, il y a un besoin. Les gens que je rencontre, alors soit c’est pour eux, soit ils se disent, ah bon, ça existe, soit c’est pour leur petit neveu. soit c’est… Mais en fin de compte, finalement, il y a toujours un besoin. Et puis, deux, il y a la méconnaissance totale du fait que ça existe. Et donc, ça met toujours un certain temps à ce que les personnes se disent « mais qu’est-ce qui est possible ? » Qu’est-ce qui est possible ? Qu’est-ce qu’on peut faire ? Donc ça, c’est vrai que moi, j’ai beaucoup, beaucoup, beaucoup à le remettre en avant parce que sinon, je n’ai pas vraiment de présence. On ne sait pas que ça existe. Justement, je suis en train de voir par quels moyens, par quels biais je pourrais faire en sorte de mettre en avant le fait que ça existe, si tu veux, pour que les gens, le sachant, ils viennent jusqu’à un besoin qu’ils ont déjà. Jusqu’à maintenant, c’est plutôt moi qui viens le révéler. Mais du coup, on m’a demandé beaucoup de choses. donc je suis intervenue en correction, j’aime beaucoup aussi ça la correction dans le sens Alors oui, tu as la correction de base, parce que si les personnes ont des problèmes en orthographe, en grammaire, ça, moi, je me régale. Il n’y a pas de souci, je refais ça. Mais en vrai, tu interviens en formulation pour justement trouver quelque chose qui, finalement, peut aller peut-être au plus près de l’idée. Que tu sens bien que la personne est là, mais là, ça s’en mêle un petit peu.
Olivier M. 56:40
– Avec le ton de ce que tu as perçu de la personne quand tu l’as rencontrée, par exemple. Voilà, tout à fait.
Bruna T. 56:44
– Et où tu te dis, ben non, là, je sais bien, mais c’est toujours sous son contrôle. C’est ça aussi qui est hyper important. c’est jamais quelque chose que je fais personnellement. Donc ça, je l’ai énormément fait pour monter des dossiers. pour monter des dossiers, pour monter des dossiers quand il faut que ça passe en commission ou des choses comme ça et que tu es obligé d’argumenter. J’ai aussi conçu pas mal de courriers juridiques, enfin adressés, disons, à des juristes ou dans des contextes un peu…
Olivier M. 57:05
– C’est marrant, je n’aurais pas imaginé que tu faisais ce genre de trucs-là. Je voyais plutôt quelque chose de plus… Enfin, ça m’apparaît étant plus petit comme projet qu’écrire un bouquin.
Bruna T. 57:14
– Par exemple. Oui, parce que c’est plus du moment par moment, si tu veux. Donc, j’avais ça et je l’ai encore aujourd’hui si on me demande quelque chose. Mais c’est vrai que j’ai souhaité recentrer à un moment donné… Alors après avoir vécu une aventure aussi auprès de l’édition, donc ça c’est annexe et c’est relié et puis pas en même temps. Mais finalement, je me suis retrouvée à me dire que c’est vrai que je voulais recentrer sur le livre parce qu’au départ, c’est quand même mon point de départ, moi. Et puis que c’est un projet, quand tu le portes, ça te donne l’occasion d’avoir une collaboration sur le long terme et de construire quelque chose qui a une dimension. Là, pour le coup, c’est vrai que ça se transmet. Donc voilà, je voulais recentrer sur le livre. Je me suis dit, c’est ce que je vais faire. Et en fait, ça s’est un peu fait de soi. ça s’est un peu fait naturellement parce que là cette année on ne m’a demandé que ça quasiment que ça Donc, les particuliers ou les professionnels qui arrivent, c’est vraiment deux types. Donc, j’ai vraiment ces deux branches-là. Les professionnels, très souvent, souhaitent se faire connaître ou bien développer un public qu’ils ont déjà pour se faire découvrir, etc. Et alors là, tu abordes les points qui vont être précieux ou importants pour le professionnel en question qui peut se servir du livre. Ça dépend des fois, mais très souvent, c’est comme une carte de visite un peu. Ou c’est quand même quelque chose qui peut manifester à quel point tu as une expérience ou à quel point tu as une expertise. Et d’un autre côté, oui, avec les particuliers, il y a les récits de vie. Et ça, c’est quelque chose qu’on me demande très souvent. Cette année, je vais 3, 4 et on vient de m’en demander un nouveau. Là, il y a quelques jours à peine. Et ça, c’est parmi les aventures les plus incroyables qu’il puisse y avoir, je crois, sur ce plan-là, en tout cas. Les récits de vie.
Olivier M. 58:36
– C’est quelque chose de touchant, de très émouvant, parce que c’est des vraies histoires. Ce n’est pas juste intellectuel. Il y a quelque chose d’émotionnel beaucoup plus fort. Effectivement, j’imagine que comme là, le moment qu’on est en train de passer ensemble, c’est mon très humain.
Bruna T. 58:49
– Voilà, c’est ça. Il y a une dimension humaine là pour le coup. Alors là, tu es vraiment au cœur de… Alors soit c’est la personne elle-même qui demande, mais très souvent c’est son entourage. Ce n’est pas forcément des personnes âgées. Bon, c’est la plupart du temps quand même, mais j’ai eu des personnes pour qui ça n’est pas le cas, qui sont dans nos âges à peu près en fait, mais qui ont un vécu tel qu’il y a déjà des choses à… soit un vécu tel, soit une perception de leur vécu en tout cas, qui font qu’elles souhaitent en témoigner. et donc là c’est vrai que ça donne lieu à des échanges absolument alors là quand je parle de degré de confiance parce que littéralement la personne te raconte ce qu’elle souhaite te raconter de sa vie. Toi, là, c’est à moi. Tu vois, c’est un petit peu comme préparer une fête pour Noël. Je vais te dire, la personne, il faut qu’elle arrive, même si souvent, c’est moi qui arrive chez elle ou si on se rencontre quelque part. Mais vraiment, il faut qu’elle soit accueillie d’une façon, parce qu’elle va me déposer le plus précieux qu’il y a pour elle, son histoire. Et moi, il va falloir que je retranscrive ça. Donc, c’est magique et c’est incroyable en même temps. C’est mobilisant d’une force T’en as un vraiment où en fait, tu vis les entretiens avec les personnes et ensuite, tu retranscris littéralement l’entretien. À la limite, tu te permets de corriger un mot parce que celui-ci n’a pas été employé comme il faut, si tu veux, ou quelque chose comme ça. La phrase n’est pas française. La phrase, voilà, c’est ça. Donc, tu l’as remis. Et puis après, tu livres souvent à la famille. Là, ça vient de m’arriver. Un récit où vraiment, c’est abrupt. T’as pas de contextualisation, t’as pas de…
Olivier M. 1:00:08
– Voilà ce que la personne a dit.
Bruna T. 1:00:09
– Voilà ce que la personne a dit. Je me suis permis, et là, ça allait très bien, de la mettre en chapitre, si tu veux. L’idée est quand même d’aboutir avec un livre, avec quelque chose où tu sentes qu’il y a eu un travail. On est presque à de l’artisanat parce que tu donnes une noblesse au moment. Tu fais en sorte que le moment garde une traçabilité. Oui, c’est ça, presque artisanal. Je fais des gestes avec mes mains pendant que je parle parce que je sens qu’effectivement, tu mets les choses avec une valeur particulière, comme quand tu crées un objet, un bel ouvrage. Donc voilà, ça, c’est une première dimension. Ensuite, il y en a eu une autre. Alors ça, je viens de le vivre aussi avec un… Ça a été une rencontre incroyable. c’est un monsieur qui a 80 ans 13 ans, je crois, maintenant. 93 ou 94, je ne sais plus. Mais quand je l’ai rencontré, il avait 90 ans. Et lui, le contexte était très particulier parce qu’en fait, il venait de perdre sa femme, avec laquelle il n’avait pas eu d’enfant parce qu’il s’était rencontré tard. Et c’était la famille de sa femme à lui parce que lui n’ayant plus de famille, qu’il l’aime tellement qu’elle a voulu faire en sorte que l’on garde ses souvenirs à lui. Lui ne voyait absolument pas l’intérêt de tout ça, ne se sentait pas… Voilà, il était gêné même en quelque sorte. Et en fait, au bout d’un moment, il avait tellement de reconnaissance envers cette famille qui est en fait celle de sa femme et qui continuait d’être très, très présente pour lui, alors que lui, il n’avait plus sa femme, qu’il a dit, il faut que je fasse le pas pour eux. Donc, tu vois, rien que tout ça, niveau émotion, on est déjà…
Olivier M. 1:01:18
– Avant même d’avoir commencé, tu dis, ok, c’est la tâche qu’on m’a donnée.
Bruna T. 1:01:21
– Et d’ailleurs, il m’avait bien dit, j’avais été invitée avec son beau-frère, Donc lui était là, il y avait son beau-frère et la femme de son beau-frère. Il m’avait invité pour qu’on fasse le premier contact, donc au restaurant à midi. Et il m’avait fait clairement comprendre que si jamais ça passait pas pour lui, ou si jamais je faisais quelque chose au niveau de la confiance… Alors là, je l’avais senti, tu sais, il y avait une énergie de protection autour de lui qui était phénoménale. Et ils avaient bien vu que moi, je ne m’engageais qu’à ça, en fait, de toute façon. Mais c’était à moi de le prouver. Et il se trouve qu’en fait, le courant a extrêmement bien passé avec ce monsieur-là. Ça a été une rencontre magnifique. et quand il s’est rendu compte à la fin qu’il avait pu écrire tout ça, tu vois, c’est… hyper poignant, sachant que pourtant on en écrit peu en fin de compte, mais que sa vie pouvait être écrite, pouvait devenir un livre, mais celle-là, il y a eu un genre de transfiguration. Comme s’il pouvait se retrouver devant sa propre vie alors que ce monsieur-là, il a vécu plus de 90 ans et qu’en plus, il a une tenue incroyable parce qu’il a une grande noblesse. Il a vu arriver dans son petit village, il a vu arriver l’électricité, l’eau courante, les voitures, la télévision. Il a connu tout ça. Le plus marquant pour lui, parce qu’il est hébergé, c’est d’avoir vu arriver les bottes en caoutchouc. plus que tout c’était ça qui changeait tout parce que t’as enfin pu les chaussettes tremper toute la journée dans les sabots donc c’était un truc et puis voilà tu te rends compte et ça lui a fait quelque chose d’incroyable d’avoir ce livre là sa famille m’a dit mais on l’entend parler et tu vois quand on peut te dire ça après et que tu peux te dire j’ai eu toutes ces rencontres on a fait tous ces moments là et oui ça a pu aller jusqu’à un endroit où la personne elle se reconnaît elle est heureuse elle a un sentiment par rapport à sa vie d’aboutissement d’accomplissement et puis t’as su mettre le doigt sur ce qui est beau, c’est magnifique.
Olivier M. 1:02:53
– Mais c’est vrai que c’est ce que je me disais tout à l’heure quand tu parlais des différents niveaux, parce que c’est un peu ce que tu évoques là-même. Mais il y a une dimension où tu crées une œuvre. C’est-à-dire que c’est la différence que je fais, mais c’est ma différence à moi, entre les documents administratifs que tu fais, où en gros c’est un peu one-shot, j’ai un besoin, un instant, et il faut le délivrer. Et finalement, c’est livres qui retracent. en tout cas dans la partie récits de vie mais je pense que même dans les autres un peu plus business c’est peut-être un peu moins de personnel dans les récits business qui sont plus de l’expertise le personnel est plus caché mais il y a une dimension où effectivement tu rends quelque chose qui d’apparence n’était pas forcément quelque chose qui pour les gens avait de la valeur parce que pour moi c’est ça que je trouve touchant aussi c’est que moi c’est aussi pour ça que j’ai fait ce podcast là parce que du coup c’est juste que moi j’écris pas mais c’est parce que je suis pas aussi bon que toi dans l’écriture tu vois, mais la dimension de créer un moment où les gens racontent quelque chose qui d’apparence n’a pas de valeur pour eux mais qui en fait est souvent très riche d’apprentissage pour plein d’autres gens et qui peut amener à des inspirations, des mouvements, des engagements des désengagements, vraiment une influence qui est énorme, donc c’est vraiment ça que je trouve très très fort dans ce travail que tu fais.
Bruna T. 1:04:09
– C’est des occasions de mise en valeur, de mise en lumière et autant de choses qu’on découvre, qu’on acquiert et dont on s’enrichit que de choses qu’on va finalement lâcher et qui étaient superflues ou qui étaient… Et donc, c’est l’occasion. J’ai toujours le sentiment de voir arriver les personnes, alors plus ou moins, mais tu as souvent extrêmement d’humilité et elles t’apportent quelque chose qui, pour elles, comme tu le disais très bien à l’instant, est informe ou bien trop grand de toute façon. Et quand elles voient le résultat, entre guillemets, et qu’elles peuvent se dire mais parce que ça, c’est moi. Eh bien, c’est extraordinaire parce que oui, c’est elle. Bien sûr que c’est elle. Et moi, du coup, je vois ma mission comme le fait au quotidien d’avoir ça à réveiller ou à animer, en fait, en tout cas chez les personnes pour leur dire mais regardez ce que ça donne. En fait, regardez quand on l’écrit, à quel point c’est incroyable. C’est incroyable. C’est votre vie. C’est le parcours que vous avez. Et là, ça s’illumine. Et je crois que si ça peut s’illuminer par là, j’ai pas vécu pour rien. tu vois s’il peut y avoir cette étincelle là ben voilà c’est vraiment et donc le niveau avec le monsieur dont je te parlais c’est celui où en fait là pour le coup j’ai pu mettre un petit peu de contexte c’est-à-dire je ressors vraiment ce qu’il m’a dit mais si lui m’a expliqué qu’à ce moment-là on était en plein hiver et tout, j’ai pu ajouter que quand même il faisait froid ce jour-là donc j’apporte un petit peu de dimension comme ça et là c’était très très bien. Et alors après il y a le niveau d’après et là c’était avec une personne que je rencontrais ici, donc au même lieu où on est là en ce moment.
Olivier M. 1:05:22
– Donc il y a un resto au demeurant.
Bruna T. 1:05:24
– Voilà, oui tout à fait.
Olivier M. 1:05:25
– Encore une fois, la première fois que je fais ça dans un resto, avec quand même vue sur.
Bruna T. 1:05:30
– La chaîne des Pyrénées. La chaîne des Pyrénées. Donc, on a le pic du Midi d’Osso, pour ceux qui connaissent, juste en face. Et c’est superbe. Et donc, oui, là, cette personne-là, en fait, m’a livré son récit. Incroyablement puissant émotionnellement parlant. Pour tout vous dire, même si c’est quand même à moi d’être professionnelle en face et d’accueillir et d’être… En même temps, les gens sont très vite au courant que ça va se cibler sur l’émotion parce que sinon, ce n’est pas possible. Pas dans des récits de vie. Je ne peux pas arriver avec une position uniquement entrepreneuriale. J’écris pour vous. je suis obligée d’être là avec une dimension émotionnelle et empathique immense d’écoute et d’accueil. Donc là, je terminais les entretiens en larmes. Ça, c’est certain, ça a été systématique. Il avait pris l’habitude à force. J’ai la voix de mouchard pour vous.
Olivier M. 1:06:08
– Là. C’est bon. Voilà, c’est ça.
Bruna T. 1:06:10
– On était là à peu près. Et donc là, par contre, j’ai eu la chance de romancer. Alors pas de romancer au sens d’inventer quelque chose, mais en fait, comme les souvenirs et les moments lui revenaient pour lui bruts, on a voulu retranscrire quelque chose comme s’il avait pu écrire un livre depuis son enfance jusqu’à maintenant. donc il a fallu remettre les moments dans les moments si tu veux refaire du liant, refaire du… Et là, ça a été une œuvre incroyable. Effectivement, ça a pris un an de travail quasiment non-stop, puisqu’il a fallu transformer la matière vraiment brute en un récit remis en scène. Et voilà, ce sont les trois niveaux que je vois à peu près, qui sont tous extraordinaires, en fait, parce que chaque rencontre vaut tout ce que tu fais pour la rencontre. Ça, c’est…
Olivier M. 1:06:47
– On arrive au bout d’une séquence, on va dire, de ton histoire, parce que je sais qu’on pourrait partir encore bien plus loin. Mais avant de clôturer cette séquence-là, Une question qui est double, du coup, pour toi, c’est maintenant, avec le recul de tout ce que tu nous as raconté, qu’est-ce que, pour toi, cela change pour les gens de déposer avec les mots, finalement, leur récit de vie, par exemple ? Donc ça, c’est la première partie. Je te donne les deux, comme ça, ça te permettra d’avoir une cohérence. Et du coup, qu’est-ce que ça change pour toi, maintenant, de faire ce métier-là ?
Bruna T. 1:07:21
– Alors, je crois que ça change pour eux d’avoir, sur plusieurs plans… sur au moins deux plans, effectivement, d’avoir fait le pas de cette confiance-là, eux aussi. Et ça, je le remets à un niveau d’histoire d’humanité. C’est très difficile de faire confiance. C’est très difficile d’oser. C’est très difficile de constater. Enfin, ça, c’est pas difficile, mais c’est très rare, on va dire, de constater qu’une confiance donnée est une confiance honorée. Donc, je crois que le premier grand changement est là. C’est d’avoir fait confiance et de voir qu’on a pu aller jusqu’au bout de quelque chose et que ça se finalise bien, ça se finalise en quelque chose de beau. Je crois que ça, ça apporte une dimension quasiment nouvelle à chaque fois, ou presque en tout cas. Tu aurais le sentiment que la personne, elle va, tu sais, quand tu soupires parce que tu es soulagé, parce que tu peux relâcher et que tu dis oui, j’ai fait confiance, j’ai accepté de faire un pas de communication, comme je disais tout à l’heure. Et c’est un petit peu comme j’ai vu une scène dans un film très récemment qui était très émouvante. Quelqu’un lance une balle en espérant dans l’histoire que la personne en face la rattrape, comme tu le fais toujours en fait. Et si c’est rattrapé, la magie, ça y est, la magie, elle est née à ce moment-là. Et si en plus l’autre dit de la relance, ça y est, la communication est née. Moi, c’est ça que je trouve extraordinaire. Donc, le premier changement, je crois, est là. Et le deuxième dans leur vie, c’est justement de se rendre compte, d’avoir l’occasion. En tout cas, moi, ça, c’est quelque chose qui me porte. Je continuerai de le dire si j’ose dire. Je ne sais pas si ça fait partie du métier, mais ça fait partie de moi de mettre l’accent sur l’importance des personnes, sur leur importance. Quand je rencontre quelqu’un, pour moi, la personne, quel que soit son parcours, son état, la personne brille. Toujours systématiquement, elle brille. Je suis là, j’ai envie de lui tendre un miroir. C’est un peu ce que je fais dans le travail qu’on fait ensemble. C’est de lui montrer à quel point c’est le cas. Et donc, je crois, j’espère de tout mon cœur, mais je le vois vivre aussi, que les personnes repartent avec, sur elles-mêmes. Et voilà, elles ont un éclat de plus dans l’œil. Elles ont un petit bout de lumière coincée quelque part parce qu’on a fait en sorte de leur montrer à quel point est-ce qu’elles vivaient brillant. Et bien après, ça ne me regarde plus. Après, il y a des fois, je le sais, mais il y a plein de fois où je ne le sais pas. Qu’est-ce qui, dans leur vie, qu’est-ce qui va rebondir ? Comment ça va rebondir ? Mais en tout cas, c’est mon rôle de les aider à prendre conscience de l’importance folle qu’elles ont, de la valeur incroyable qu’elles ont au travers de l’histoire qu’elles vivent. Donc, pour elles, c’est ça.
Olivier M. 1:09:24
– Et pour moi.
Bruna T. 1:09:25
– Je crois que j’en reviens à cette fameuse dizaine d’années où je n’osais pas, ou en tout cas, il fallait que je reconstruise plus exactement. Je crois que ça me donne la chance d’avoir un quotidien et ça me donne la chance d’avoir des rencontres où je peux apporter autant de sens que possible. Parce que ce que j’ai vécu m’a touché de façon telle que je pourrais ne plus être là aujourd’hui. que paradoxalement, pourtant, c’est moi qui y suis, alors que des personnes que j’aimais n’y sont plus. Et donc, je n’ai qu’une chose à dire, en fait, et qu’une chose que je veuille vivre, moi, c’est quelque chose de merveilleux. Et quand je dis merveilleux, ça peut être terrible. On traverse des moments qui sont terribles dans ce qu’on ressent. Mais en fait, si on peut le vivre à fond, si on peut aller jusqu’au bout et vraiment vivre ça, alors là, ça y est, ça a tout le sens. Et du coup, je me dis que je suis là pour ça et que grâce à ce métier, à cette activité-là. Je me donne l’occasion au fur et à mesure de faire ces rencontres-là. Et c’est ce que je te disais juste avant, c’est un petit peu comme tu vois un ciel étoilé. Pour moi, c’est magnifique. Pour certains, c’est très abstrait. Pour d’autres, c’est très froid parce que c’est très loin. Et puis finalement, tu peux faire des dessins entre les étoiles et tu vois, tu réinventes une réalité. C’est un peu ça. Entre des choses brillantes, je veux reconstruire l’histoire, en quelque sorte.
Olivier M. 1:10:30
– Génial. Merci en tout cas pour cette belle histoire, pour ce partage aussi honnête que sincère. ce que je te propose c’est qu’on bascule sur du coup la deuxième partie de notre épisode qui est je dirais un peu plus légère d’une certaine manière on va reprendre oui un petit peu un peu plus de hauteur je dirais parce que moi aussi du coup quand tu me racontes tout ça c’est quelque chose qui est étonnant donc du coup il faut aussi que je remonte tranquillement et du coup comme tu l’as vu je vais préparer des cartes pour toi oui.
Bruna T. 1:10:59
– Je suis intriguée, vraiment très intriguée.
Olivier M. 1:11:00
– C’est toujours le cas que ça fait. Et c’est pour ça que je le fais devant toi.
Bruna T. 1:11:03
– OK.
Olivier M. 1:11:04
– Parce que du coup, tu as pu le voir, il y a des cartes que j’ai mis de côté, d’autres que j’ai mis, etc. Parce que je les choisis généralement de par les conversations qu’on a juste avant.
Bruna T. 1:11:11
– OK, d’accord.
Olivier M. 1:11:12
– Parce que je me dis, tiens, c’est le genre de questions que j’aimerais lui poser ou pas, etc. OK. Donc voilà, tu pourras en découvrir quelques-unes. Alors, en fait, il y a deux paquets.
Bruna T. 1:11:20
– OK.
Olivier M. 1:11:21
– Et on va faire un petit peu dans le premier paquet et le deuxième paquet. donc le premier paquet en fait c’est plus basé sur on va dire l’année écoulée hum hum On va dire plus sur le passé. C’est-à-dire que selon ce que tu souhaites, tu peux nous partager quelque chose qui est soit récent ou un peu moins récent. Et puis le deuxième paquet, c’est plus sur le futur.
Bruna T. 1:11:38
– Ok, super.
Olivier M. 1:11:39
– Donc, je mélange, tu vois, comme un artiste devant toi.
Bruna T. 1:11:42
– Oui, ce sont de très jolies petites cartes carrées pour les auditeurs.
Olivier M. 1:11:46
– Et ce que je te propose, c’est du coup d’en sélectionner une, de la lire et puis d’y répondre.
Bruna T. 1:11:52
– Je lis à voix haute.
Olivier M. 1:11:53
– Ouais, en tout cas dans le micro.
Bruna T. 1:11:57
– Alors, effectivement, revenons sur l’année écoulée. Quelle a été ta meilleure décision ? Cette année, j’ai pris la décision de quitter une maison d’édition dont j’ai parlé tout à l’heure, que j’avais cofondée avec une personne qui me l’avait proposée, pour laquelle je me suis donnée à fond pendant cinq ans. Quand je dis à fond, c’est que ça a été plus que du temps plein. J’ai découvert et appris énormément de choses. Et j’ai découvert au passage de ça aussi qu’on n’était pas en train de me traiter comme il fallait. J’ai mis du temps. à le percevoir, j’ai mis du temps à l’accepter et à l’admettre, parce qu’il a fallu tout transformer relationnellement parlant, et cette année j’ai décidé que c’était fini, et que j’ouvrais une nouvelle partie de ma vie en me donnant la chance de me recentrer sur des choses qui, surtout ceux dont je parle depuis tout à l’heure, dont ça ne m’a pas éloigné dans la passion, mais dont ça a pu m’éloigner sur certaines heures de vie, et aussi c’était du temps que je voulais consacrer à mes projets, à cette passion-là que j’ai, aux gens que j’accompagne, à ma famille, et à des choses que j’ai envie de vivre, et je n’en avais plus, donc je suis partie Et au départ, c’était censé se passer très bien parce que j’avais fait les choses proprement et qu’on m’avait dit oui. Et en fin de compte, ça s’est terminé pas comme ça. Parce que le oui qui avait été donné au départ a en fait été retiré. Et donc, il a fallu que j’aille très, très loin pour réussir à m’en sortir à la fois la tête haute et à la fois noblement, c’est-à-dire avec toutes les valeurs qui me tiennent à cœur. Aussi pour les gens qui m’ont suivi et que je suivais dans cette aventure-là. Donc vraiment, je crois que là, même sur les dernières années de vie, ça a été l’une de mes meilleures décisions. Je suis très, très fière. Ça a été très fort, vraiment très fort, très intense. Mais c’est fait et j’en suis contente. Donc là, la période à laquelle on est, je ne serais pas du tout dans le même état d’esprit. Si j’avais ça à gérer parce qu’on est à la fin d’année, que ça me demandait, je ne vais pas en parler plus, mais un travail très particulier en fin d’année, je n’aurai absolument pas de temps pour moi du tout.
Olivier M. 1:13:41
– Oui.
Bruna T. 1:13:41
– Je ne sais pas si j’aurais pu t’accorder, par exemple, ce moment. Enfin, me l’accorder aussi, en fait, en vrai.
Olivier M. 1:13:46
– Je n’aurais pas eu à faire quatre heures et demie de train. C’est ça que tu veux dire ? Oui, c’est ça aussi.
Bruna T. 1:13:49
– Voilà. Tu aurais pu avoir ton samedi, enfin, et puis voilà. Donc, voilà. Je te rassure, c’est un plaisir. Merci. Voilà, c’est génial.
Olivier M. 1:13:58
– Mais en tout cas, c’est un partage qui est intéressant, important. Et merci pour ça. C’est beaucoup de courage, déjà, parce que derrière ça, ça veut dire arrêter une relation qui ne nous convient pas. Et en fait, arrêter des choses, c’est très dur.
Bruna T. 1:14:10
– Oui.
Olivier M. 1:14:11
– Parce qu’il y a le confort du connu, il y a tous les avantages. C’est rarement noir ou blanc, tu vois. Il y a quand même des choses qui sont sensibles.
Bruna T. 1:14:18
– Il y a des choses qui nous tiennent à cœur.
Olivier M. 1:14:19
– Il y a un moment où, effectivement, tu as le vent qui tourne, tu as le flux qui va dans une autre direction. Et le fait d’emboîter le pas et d’oser y aller, c’est génial. Donc, bravo à toi. On va continuer.
Bruna T. 1:14:33
– Yes.
Olivier M. 1:14:33
– Parce que 4h30 de train, voilà.
Bruna T. 1:14:35
– Il faut quand même que ça aille. On va les rentabiliser, ces 4h30. On ne va pas les sépacher comme ça.
Olivier M. 1:14:41
– Ce que je te propose donc du coup c’est que tu vas en tirer deux ok différentes parce que tirer deux fois la même c’est un peu compliqué tu vas lire les deux et je m’en mêle les pinceaux tout seul tu vas lire les deux et puis bah t’auras le choix d’y répondre soit aux deux soit une seule ok voilà c’est un petit peu de un petit peu on met un peu de tête ça quand même donc c’est toujours sur l’année écoulée tout à fait est-ce que tu peux nous lire les deux alors qu’est-ce qui t’a le plus surpris et waouh c’est l’un des plus beaux endroits que tu aies visité alors.
Bruna T. 1:15:06
– J’essaie de me tenir dans l’année c’est pour ça que c’est comme tu le sens C’est pour ça que la précédente réponse était celle-ci, parce que sinon, il y aurait sûrement eu d’autres décisions. Oui, probablement. Qu’est-ce qui m’a le plus surpris ? J’ai plein de choses qui me viennent en…
Olivier M. 1:15:18
– C’est marrant parce que moi, quand je lisais cette question-là, je me dis, je n’en sais rien du tout.
Bruna T. 1:15:23
– Oui, oui, c’est un petit peu, effectivement, parce que déjà, j’ai eu la surprise d’avoir été surprise plusieurs fois dans l’année. Ce qui est déjà pas mal. Voilà, ça, j’aime beaucoup. Et je pense que j’ai été surprise de voir qu’après la décision que j’ai prise juste avant, finalement, ça fait un enchaînement, plein de choses s’ouvraient dans ma vie qui vont dans des directions que j’ai à cœur. de vivre. Donc notamment, ça s’est passé par plein de rencontres, toutes les rencontres au fil de l’année, où je me dis qu’en fait, chacune d’entre elles a du sens. Et c’est comme si ça avait immédiatement pu rebondir dans ma vie. C’est vraiment comme si j’avais ouvert ou fermé une porte, on le voit comme on veut, ou une écluse. Mais en tout cas, peu importe, ça fait que le flux en question, il est beaucoup plus dense et presque beaucoup plus logique par rapport aux choses qui m’animent tellement. Donc je crois que ça, ça a été effectivement une grande surprise parce que chaque rencontre est absolument magique cette année et a un sens où je me dis mais oui, mais voilà, mais oui, mais voilà. C’était ça en fait. C’était ça, voilà. Donc oui, je pense que c’est l’une des plus belles surprises. Et sinon, peut-être aussi que le fait d’avoir eu ma nouvelle voiture. Comme quoi. Comme quoi, voilà. Qui est très sympa. Qui est très, voilà, voilà. Et je ne pensais pas que je pourrais avoir une si belle voiture avant un moment. Donc petit truc. Voilà, j’adore ça, je suis contente.
Olivier M. 1:16:22
– En plus, tu aimes bien conduire. En plus, voilà.
Bruna T. 1:16:25
– Et c’est l’un des plus beaux endroits que tu as visité Alors, dans l’année, dans l’année… Alors, ça va être presque dans l’année, on va dire. C’est en… Parce qu’en fait, c’est en fin d’année. On n’ira pas vérifier. C’est pour mon anniversaire l’an dernier. Ma famille m’avait offert un séjour au Futuroscope.
Olivier M. 1:16:40
– Ok. Poitiers.
Bruna T. 1:16:41
– Alors. Voilà, à Poitiers. Donc, c’est pareil, il y a quelques heures. Alors, nous, ça a été deux bus, mais parce que j’y suis allée avec ma sœur, donc on est allés toutes les deux. Elle m’avait arrangé tout le séjour, etc. Je ne l’avais jamais dit parce que moi, j’en entendais parler. Et puis oui, je n’ai pas précisé, mais j’ai grandi sans télé. Je n’ai pas eu de télé avant très tard. Donc, j’en entendais parler. De temps en temps, tu vois, tu vois passer des images. Et le Futuroscope, c’est toujours un truc. Et puis bon, quand j’ai reçu ça l’an dernier, je suis trop contente, gamine. Et en fait, ça a été un moment absolument magique. Alors, je n’ai pas trop changé depuis mon enfance, en fait, en vrai. Mais c’était un moment d’enfance. C’était un moment où on a juste pu se régaler et où je me suis éclatée. et je ne savais pas que le Futuroscope, en fait, c’était ça. Moi, je me faisais une idée un petit peu différente du parc. Bon, finalement, c’est celui-là. Et c’est absolument très bien. Je suis fan du concept. Et ça nous a apporté… Alors, je ne sais pas, un des plus beaux endroits que tu aies visité. Je l’ai à cœur. Très, très fort, j’ai à cœur ce moment-là, cette découverte-là. On s’est beaucoup amusés. Et en même temps, il y avait une dimension très forte humainement parlant.
Olivier M. 1:17:37
– Effectivement, dans ce que tu nous racontes, c’est un lieu qui est beau au sens de l’histoire que tu te racontes. Maintenant, c’est un peu ça le cœur de la question. Oui.
Bruna T. 1:17:45
– Tout à fait.
Olivier M. 1:17:46
– Mais effectivement, le Futuroscope, c’est, semble-t-il, une expérience.
Bruna T. 1:17:49
– Oui, voilà, c’est ce qui m’a marquée. Et on en a fait une où on te fait entrer dans un endroit qui est totalement noir. Tu ne vois rien du tout. Mais alors, c’est vrai que tu n’as aucune lumière qui filtre là-dedans. Et tu dois suivre un parcours particulier. Donc ça, c’est parlant pour ma vie. En fait, quand j’étais petite, ça m’est arrivé de ranger ma chambre en entier dans le noir. Totalement. Je ne voyais rien. Je me mettais exprès. Alors, j’ai fait ça aussi dans les cages d’escalier où j’éteignais tout. J’étais dans le noir total. Et je me disais, j’y arrive. J’y arrive, je m’y retrouve. Et donc, en fait, l’idée, c’était de voir après. donc j’ai fait ça très très souvent étant gamine.
Olivier M. 1:18:21
– C’est marrant parce que du coup, le noir ne te faisait pas peur alors ?
Bruna T. 1:18:24
– Non, j’ai voulu l’apprivoiser, il ne m’a jamais fait peur. Et en même temps, j’ai voulu être sûre justement de voir que dans ce cas-là, c’est un petit peu comme si du coup, avec ce que j’ai vécu, je voulais être sûre que je suis capable tout le temps de m’y retrouver. Et que voilà, il y aura toujours une issue, il y aura toujours… Donc je me mettais dans la situation exprès. Et comme j’y arrivais à chaque fois, ma chambre, quand je rallumais la lumière, était nickel. C’était rangé, c’est bon, c’était… Malgré le chaos, tu arrives à ranger… C’est ça, j’arrivais… Donc toi.
Olivier M. 1:18:45
– Tu fais partie des gens, d’accord, qui, dans ton temps libre, entre guillemets…
Bruna T. 1:18:50
– Ranger sa chambre en plus avec des obstacles et des handicaps supplémentaires ok je me mets en plus en noir voilà donc là j’ai retrouvé cette école-là au Futuroscope c’était inattendu et d’autres expériences incroyables c’était vraiment vraiment chouette et le voyage est l’une des choses que j’aime le plus forcément je vois ma vie comme ça en fait je suis vraiment nomade de mon point de vue on l’est pour moi et du coup là c’était un petit peu un condensé d’expériences et de découvertes en mode voyage donc c’était chouette voilà génial.
Olivier M. 1:19:19
– Ce que je te propose, c’est qu’on bascule sur le deuxième paquet.
Bruna T. 1:19:23
– Yes.
Olivier M. 1:19:24
– Parce qu’on parle du passé, c’est bien, mais on va aussi parler du futur. Alors, je vais faire la même chose. Donc, je prends l’autre paquet que je vais mélanger avec beaucoup de dextérité.
Bruna T. 1:19:35
– Sous mes yeux ébahis.
Olivier M. 1:19:36
– Sous tes yeux ébahis, oui, c’est exactement ça que je vois d’ailleurs. Et je vais te proposer d’en sélectionner une de la même manière, de nous la lire et d’y répondre.
Bruna T. 1:19:47
– Alors, à propos de l’année à venir, ce coup-ci, à qui souhaites-tu accorder plus d’attention ? À moi. Parce que c’est quelque chose que je suis en train de réapprendre et qu’il m’a fallu des années au passage de tout ça. Tu vois, quand on parlait tout à l’heure du fait d’avoir dû dire non en début d’année, là, pour moi, le fait de mettre fin artificiellement, parce que pour moi, ce n’est pas fini dans la dimension humaine, justement, mais devoir mettre fin artificiellement à quelque chose et à une histoire, vu ce que j’ai vécu, vu que tellement d’histoires que j’ai aimées ont pris fin et surtout… tellement de communications se sont interrompues, c’est très difficile, vraiment très difficile pour moi de le faire. Donc un petit peu dans la même lignée, il m’a fallu des années pour retrouver, alors confiance en moi-même, j’ai jamais perdu, mais confiance en moi-même dans un contexte, il m’a fallu des années pour construire cette valeur-là de moi-même, parce que j’ai dû le faire à peu près presque toute seule. Pas tout à fait toute seule, mais presque toute seule. Donc ça fait quelques années maintenant que je suis vraiment en train de réapprendre à m’accorder l’attention suffisante. pour pouvoir justement gagner encore en grandeur dans la perception que j’en ai je veux dire dans tout le quotidien que je t’ai décrit là dans le fait que je suis porteuse d’énormément de souhaits aussi et que voilà j’ai des choses que je veux vivre que j’ai envie de vivre et je sais que c’est en donnant plus d’attention encore à ma propre dimension que du coup je vais ouvrir tous les espaces pour ça. Donc pour donner de l’attention à toutes les personnes que j’aime tellement et que j’ai envie d’accompagner, je sais que la personne à qui il faut que j’en donne, c’est moi. Donc voilà.
Olivier M. 1:21:12
– C’est génial parce que c’est vrai que c’est un message, je pense qu’on ne comprend pas toujours très bien parce que dans une société où on pointe du doigt l’égoïsme, il y a des personnes qui peuvent avoir tendance à s’oublier elles-mêmes du coup. Mais effectivement, ce qui est important, et je pense que c’est ce que tu vis en ce moment, et c’est un message qui a aussi à transmettre, C’est qu’en fait, si tu ne penses pas un minimum à toi, au sens de qui tu es, la valeur que tu as, qu’est-ce que tu veux, qu’est-ce que tu as envie, qu’est-ce que tu n’as pas envie de faire, qui bien sûr est contextuel parce que les envies évoluent dans le temps, c’est difficile de construire quelque chose qui va être aligné avec toi. Et dans un monde, encore une fois, qui est aussi chaotique qu’on le voit aujourd’hui, si tu ne peux pas t’appuyer sur quelque chose qui est ta propre base à toi, c’est difficile d’avancer. Et du coup, tu traînes toujours un boulet et je ne parle pas forcément de personne. bah en fait déjà.
Bruna T. 1:22:00
– Un potentiellement tu vas moins vite si tu as envie d’aller un peu plus vite mais surtout tu te sens beaucoup moins libre parce que tu es toujours enchaîné à quelque chose tu mets des freins en fait continuellement et comme c’est vrai aussi c’est ce que je disais dans l’accompagnement aux personnes c’est ça que je veux transmettre je veux justement transmettre cet endroit là où les personnes peuvent avec elles-mêmes on ne vivra toujours qu’avec nous-mêmes ça au moins on en est sûr autant que ce soit une amitié autant qu’on puisse se regarder complètement autant qu’on puisse se dire tout ce qu’on a à se dire j’ai pas envie de me cacher de choses j’ai jamais eu envie Oui. donc je veux me dire tous mes secrets, je veux qu’on en parle et comme c’est comme ça que je veux aider les personnes, aider c’est une façon de parler c’est diriger le miroir comme je disais tout à l’heure à avoir cette conscience là pour elle-même, il faut que je le vive pour moi donc de toute façon tu vois c’est quelque chose à un vase communiquant quand tu dis je veux qu’on en parle.
Olivier M. 1:22:44
– Vous êtes combien dans ta tête ?
Bruna T. 1:22:46
– Alors il y a moi et moi, après je n’en dirai pas plus parce qu’il y a peut-être des… Mais bon, des fois, on est surpris. Mais voilà, je suis tout le temps en conversation effectivement avec moi-même parce que je me reprends. Tu te reprends ? Oui, bien sûr, pour que ce soit bien comme ça.
Olivier M. 1:23:01
– Tu m’avais dit que c’était le dernier chocolat.
Bruna T. 1:23:03
– Oui, alors ça peut faire ça. Surtout moi, ça peut faire ça. Le chocolat, je suis gourmande.
Olivier M. 1:23:09
– Tu m’avais promis. Je suis vraiment désolé. Non mais vraiment, c’est la dernière fois. Oui.
Bruna T. 1:23:13
– Tu m’avais dit que tu me le laissais. C’est quand même… Oui, mais non, écoute… Ça peut arriver que je ne me parle plus. Tu te boudes.
Olivier M. 1:23:21
– Oui.
Bruna T. 1:23:21
– Je me boudes. Ça m’arrive, ça m’arrive. Parce que ça, on en avait déjà parlé et quand même, ce n’est pas cool. Et par conséquent, je suis un peu la seule personne que je traite vraiment comme ça. Parce que ça me permet d’avoir toute la fluidité possiblement avec toutes les autres personnes parce que c’est mon dialogue essentiel. Donc après, une fois que je l’ai, je peux après tout entendre.
Olivier M. 1:23:38
– Au moins, tu as ton espace à toi qui te permet d’être plus disponible pour les autres.
Bruna T. 1:23:42
– Voilà, c’est ça. C’est un équilibre. c’est un…
Olivier M. 1:23:44
– En tout cas… je serais très heureux de rencontrer les autres personnes dans ta tête alors attention on ne sait pas ce qu’il y a on ne sait pas ce que l’on pourra découvrir on ne sait pas ce que je te propose c’est que tu vas en tirer il n’y en a pas 50 000 mais tu vas en tirer 3 et tu vas me les donner et ce que je vais faire c’est que je vais les lire et puis je te sélectionnerai la question d’accord à laquelle tu vas répondre. Alors, il y en a une qui est très proche à laquelle tu viens de répondre qui est « à quoi souhaites-tu consacrer plus de temps ? » Parce que toi, c’était « à qui ? » Là, c’est « à quoi ? » Il y en a une autre, c’est « de quelles mauvaises habitudes souhaites-tu te débarrasser ? » Et il y en a une qui est une phrase à trous qui est « le moment est venu de… » Trois petits points. Ce que je te propose, c’est que je vais éliminer le « à quoi ? » À quoi souhaites-tu consacrer plus de temps ? Un peu trop proche de la précédente. Moi, en fait, j’aime beaucoup le moment est venu de, parce que du coup, il y a une dimension d’aller vers l’avant, plutôt que de laisser quelque chose dans le passé. Du coup, je te propose celle-là. Et puis, si tu as une habitude dont tu veux te débarrasser, tu pourras aussi dire que c’est le moment de se débarrasser de cette habitude-là, si tu le souhaites. Mais la phrase, c’est vraiment le moment est venu de. Et qu’est-ce qui te vient là ?
Bruna T. 1:25:08
– Parler.
Olivier M. 1:25:09
– Ça tombe bien.
Bruna T. 1:25:10
– Ça tombe bien, ça tombe très très bien. Je savais que ça allait tomber bien. Mais effectivement, sans rire, c’est aussi pour ça que ça avait beaucoup de sens. Parce qu’avec toute la fougue que j’ai eue pour parler de quelque chose que j’aime tellement, je me suis aussi rendue compte au fil de tout ça, de plusieurs choses. Ça, je t’en parlais juste avant, c’est que les personnes n’ont pas globalement parlant, mais même en fait dans toutes mes rencontres, je le constate, sauf vraiment éventuellement des personnes avec qui je chemine très très proche, dans très grande proximité. Sinon, cette importance-là de leur propre vie leur échappe. leur échappe, je veux dire en conscience, pas forcément dans ce qu’elles vivent, c’est pas du tout ce que je veux dire, mais dans la conscience de l’importance de leur propre vie pour elles-mêmes et pour les autres, ça échappe très souvent. Donc c’est vraiment quelque chose sur quoi je veux mettre l’accent à partir de maintenant. Et je me suis rendu compte que du coup, je suis tellement au service des messages des autres personnes que je ne fais passer le mien que par là. que par ce biais-là, ce qui me va tout à fait. Mais c’est vrai aussi que j’arrive à un endroit, je le sens, et je sens que je suis poussée par là. Ça va presque plus vite que je ne peux y aller moi-même pour l’instant, d’où que je sais que les choses vont s’ouvrir et que je le sens, mais qu’en même temps, je veux aussi aider à les matérialiser. Je crois que le moment est venu pour moi de parler, de m’exprimer et d’avoir justement le moyen peut-être de m’être à la portée, non plus seulement dans l’opérationnelle façon de parler, dans les rencontres, dans les moments qui sont tellement privilégiés pour les personnes que je souhaite garder. Ces parenthèses-là, c’est… de mettre en lumière aussi justement un message global que je porte et que jusqu’à maintenant, je n’ai pas l’occasion de faire passer et qui pourtant, je crois, a vraiment son sens et son importance. Donc profondément, je crois que ma prochaine étape, c’est celle-là. C’est de me faire entendre moi aussi. Et c’est pourtant quelque chose de particulier. À la fois, j’ai toute confiance, à la fois que je suis excitée et à la fois, c’est spécial parce que justement, je suis vraiment dans l’ombre globalement parlant. Un écrivain public, normalement, quand il est passé par là, personne ne le sait. Des fois, on le dit, des fois, on ne le dit pas. Mais personne ne sait qu’il est passé par là et moi ça me va très bien. Il n’y a pas mon nom, il n’y a pas moi ce que je veux, c’est juste ça, que ça puisse exister. Mais c’est vrai aussi qu’à force de dire que toutes les choses peuvent exister, il faut que j’arrive à dire et moi avec, et moi aussi. Donc j’en suis un peu là. Comme on dit.
Olivier M. 1:27:05
– Pour qu’une ombre existe, il faut aussi qu’il y ait la lumière. Et malheureusement, si on veut vivre pleinement, il faut bien aller explorer les deux.
Bruna T. 1:27:12
– Il faut aller explorer les deux, donc il faut que je mette un petit peu sous la lumière, moi aussi. Et voilà, c’est la prochaine étape.
Olivier M. 1:27:18
– Génial, en tout cas, c’était une bonne première manière de prendre la parole.
Bruna T. 1:27:21
– Donc un grand merci vraiment parce que l’opportunité alors elle m’est tombée dessus je ne savais pas du tout que ça se…
Olivier M. 1:27:25
– Je ne sais pas que ça n’a pas fait trop mal en tombant non elle m’est tombée très très très très non non non comme une pluie comme voilà comme c’était très chouette et complètement inattendue donc vraiment merci beaucoup bah génial merci beaucoup en tout cas Bruna pour ce moment très sympa avec tous les aléas qu’il y a pu y avoir autour de nous oui on était quand même en condition voilà ça ressemble à ce que je disais c’est ça merci pour l’adaptation c’est une expérience qui est intéressante il y a quand même un peu de des bébés qui sont arrivés derrière nous. Tu ne les as peut-être pas vus, toi ? Non.
Bruna T. 1:27:53
– Moi, j’avoue que j’étais complètement focalisée. Je ne les ai pas vus. Oui.
Olivier M. 1:27:55
– Tu me vois, moi et le paysage. Moi, je vois tout le reste de la salle qui se balade et qui nous regarde. Du coup, mais… Je n’en ai pas conscience. Il y a des choses qui se sont passées à côté. Merci pour ça, en tout cas. Et avant de vraiment clôturer l’épisode, si des personnes ont envie de discuter avec toi, parce que elles ont envie de découvrir aussi les autres personnes dans ta tête, par exemple, j’en sais rien. Comment est-ce qu’on fait pour te contacter ?
Bruna T. 1:28:17
– Alors, je suis extrêmement disponible. au contact déjà, ça c’est une première chose et j’ai un site internet donc on peut passer par la page de contact très simplement, sinon je peux mettre ça, et honnêtement vu qu’en plus ça passe par ton podcast etc si on peut laisser soit le numéro de téléphone soit l’adresse email, allons-y.
Olivier M. 1:28:33
– De toute façon je suis là pour être contacté de toute façon je laisserai toutes les infos où il faudra où il faudra.
Bruna T. 1:28:38
– Super.
Olivier M. 1:28:39
– Merci beaucoup et bien merci beaucoup et puis à très bientôt.
Bruna T. 1:28:43
– Merci.
Olivier M. 1:28:43
– Ciao salut.