Il y a des personnes qui transforment ce que la vie leur impose en carburant pour avancer. Kevin Bustamante est de celles-là.
À 6 ans, Kevin perd la vue. Un décollement de rétine. Dès les mois suivants, lui et sa mère apprennent ensemble le braille. Pas de temps à perdre, pas de place pour le découragement. Juste : on avance.
Dans cet épisode de Change & Chill, Kevin nous emmène dans un parcours de vie hors du commun — et pourtant profondément humain. Celui d’un homme qui a appris à anticiper chaque carrefour à l’oreille, à naviguer un marché grâce aux cris du marchand de canettes, à décrire ses représentations mentales comme des dessins animés aux couleurs vives. Celui d’un professionnel qui a choisi de faire de sa propre expérience du handicap une expertise au service des autres.
Aujourd’hui référent accessibilité numérique chez TF1, Kevin ne se contente pas de cocher des cases réglementaires. Il transforme des équipes entières. Il crée des ambassadeurs. Il fait en sorte que le numérique — cet outil qui peut être la plus grande source d’autonomie pour une personne en situation de handicap, ou son plus grand obstacle — soit conçu pour tout le monde, dès le départ.
Au fil de cette conversation, vous découvrirez :
Cet épisode vous fera probablement regarder votre écran différemment. Et peut-être, reconsidérer ce que le mot « contrainte » veut vraiment dire.
Présentation de Kevin Bustamante et son parcours 00:00:38
Définition du changement et son impact 00:02:41
Parcours scolaire et apprentissage du braille 00:06:39
Développement des sens et techniques de compensation 00:30:35
Transition vers le métier de référent accessibilité numérique 00:38:28
Rôle et missions du référent accessibilité chez TF1 00:49:35
Impact de l’intelligence artificielle sur l’autonomie 00:59:56
Passions personnelles et vie quotidienne 01:04:37
Olivier M. 00:05
– Bienvenue sur Change & Chill, le podcast où l’on parle de changement simplement. Je suis Olivier My et avec mes invités, nous explorons comment le changement peut être une force positive dans nos vies. Des histoires inspirantes avec une touche de légèreté. Bienvenue dans ce nouvel épisode de Change & Chill où j’ai le plaisir d’accueillir Kevin Bustamante. Salut Kevin !
Kevin B. 00:30
– Salut Olivier, salut tout le monde.
Olivier M. 00:32
– Comment ça va ?
Kevin B. 00:34
– Ça va impeccable, ravi d’être dans ce podcast.
Olivier M. 00:38
– Merci pour ton temps et comme je te disais, je ne savais pas comment on prononçait ton nom au départ, mais tu me disais qu’il avait des origines espagnoles, c’est ça ?
Kevin B. 00:45
– C’est ça, mais on ne prend pas l’accent quand c’est gris. Espagnol, mais pas trop. C’est ça.
Olivier M. 00:53
– C’est un épisode très particulier pour moi parce qu’effectivement, quand j’ai lancé ce podcast, C’était effectivement l’occasion d’avoir une interaction et un moment avec des personnes en chair en os, si on en a parlé. On aurait très bien pu faire cet épisode à distance, mais le fait d’être en présentiel, c’est intéressant. Et effectivement, ce qui est très particulier pour moi, c’est que là, c’est un épisode qui est audio. Et souvent, j’ai une interaction visuelle avec mes invités où il peut se passer des choses que les personnes ne voient pas. Ce qui, dans cet épisode, va être un peu plus compliqué. Mais… Au contraire, je trouve que c’est une opportunité de vivre une expérience différente. Du coup, merci d’être là. Et avec cette petite introduction, je vais te donner la main pour te présenter.
Kevin B. 01:36
– Le teasing ?
Olivier M. 01:36
– Le teasing, oui.
Kevin B. 01:38
– Alors, me présenter, Kevin Bustamante. J’ai 30 ans. Alors, pour rebondir sur ce que tu as dit, en fait, je suis non-voyant. Donc, je ne vois pas depuis l’âge de 6 ans. Et puis, je suis également référent accessibilité numérique. En fait, je travaille dans l’informatique pour accompagner différentes équipes sur les questions d’accessibilité, pour faire en sorte que les logiciels, les applications puissent être accessibles aux personnes en situation de handicap.
Olivier M. 02:09
– Super, merci en tout cas. Et effectivement, quand on nous a mis en relation, la curiosité que j’avais, c’était véritablement, comment est-ce qu’on devient un référent accessibilité en étant non-voyant ? Et puis de vivre cette expérience avec toi et que tu nous expliques un petit peu comment est-ce que dans ton quotidien à la fois personnel et professionnel, tu navigues finalement l’environnement. Tout à fait. Une petite question pour toi avant de démarrer, c’est si je te dis changement, qu’est-ce que toi ça t’inspire ?
Kevin B. 02:41
– Challenge.
Olivier M. 02:42
– Challenge, oui.
Kevin B. 02:43
– Challenge parce que le changement, déjà ça permet de sortir de sa zone de confort. Donc ça permet d’en apporter. prendre plus sur soi, je trouve, parce que finalement, on acquiert des habitudes, des astuces, et en fait, ça permet de les challenger.
Olivier M. 02:59
– On reboucle la boucle.
Kevin B. 03:00
– C’est ça. Je trouve ça enrichissant, parfois, aussi, le changement. Personnellement, ça ne fait pas spécialement peur. Je trouve que, justement, ça permet aussi d’interroger notre manière de nous adapter.
Olivier M. 03:12
– Oui, tout à fait.
Kevin B. 03:12
– Donc, non, c’est quelque chose que je trouve ça plutôt stimulant.
Olivier M. 03:18
– Effectivement, on pourrait très bien voir le changement comme étant plutôt négatif. Il est souvent un peu négatif lorsqu’on nous l’impose. En tout cas, les premiers pas ne sont pas toujours très agréables. Mais effectivement, après, quand on commence à le vivre, redevenir acteur ou actrice du mouvement, c’est beaucoup plus facile. Et on peut découvrir des opportunités qu’on n’aurait pas imaginées auparavant.
Kevin B. 03:38
– Moi, je suis d’accord. Mais après, sur le changement, il y a aussi cette notion de laisser le temps, parfois. Parce que moi, je vois dans ma démarche d’accessibilité, au début, ça peut effrayer parce que Merci. former les collaborateurs aux questions d’accessibilité. Parfois, on peut avoir des collaborateurs qui, pendant un certain nombre d’années, ont travaillé d’une certaine manière. D’un seul coup, leur dire, en fait, il va falloir que tu travailles d’une manière un peu différente. Forcément, et ça peut se comprendre, ça peut faire peur. Et puis, même par fierté, se dire, mais attends, en fait, pendant des années, je n’ai peut-être pas fait de la bonne manière, je n’ai pas codé, pensé de la bonne manière pour que les logiciels, les applications mobiles que je crée pour les personnes en situation de handicap soient accessibles. En fait, c’est aussi à nous, en tant qu’animateurs du changement, de laisser le temps. Et en fait, c’est petit à petit, la personne va prendre conscience de l’intérêt, prendre son temps pour s’approprier le sujet et aussi pouvoir créer ses automatismes pour elle s’adapter à ce changement.
Olivier M. 04:34
– Oui, je te rejoins tout à fait. La notion de temps est fondamentale parce que c’est quelque chose qui est vivant, le changement. C’est comme quand tu manges un plat, tu as besoin de ce temps de digestion. Tout à fait. Et c’est un petit peu ce que j’entends dans ton discours, effectivement. Merci en tout cas pour l’avoir amené. Est-ce que toi, quand tu étais enfant, tu te serais imaginé faire le métier que tu fais aujourd’hui ?
Kevin B. 04:53
– Non, non. Quand j’étais plus jeune, j’avais plein d’idées. Je crois que le départ, c’était… journaliste.
Olivier M. 05:00
– Journaliste, ok.
Kevin B. 05:01
– Au départ, c’était…
Olivier M. 05:02
– C’est quoi qui te plaisait derrière ça ?
Kevin B. 05:04
– Le côté, en fait, de pouvoir traiter plein de domaines. Parce que finalement, le journaliste, il échange, il interroge avec beaucoup d’interlocuteurs, il va traiter plein de sujets. Donc, je trouvais d’avoir cette polyvalence de pouvoir s’informer. Et puis, je pense que c’est une nature curieuse de base. Donc, c’est dans ce métier ce qui me plaisait. Et puis, après le lycée, j’ai beaucoup été sensible à la question de l’entreprenariat. au monde de la start-up, de l’innovation, ce que pouvait apporter le numérique. Et puis, le numérique, c’est aussi un levier en termes de solution de compensation quand on est en situation de handicap. Moi, je pense que le handicap est source d’innovation. Et donc, forcément, je suis arrivé sur ces métiers plutôt du numérique. Mais non, je n’aurais pas pensé, même au lycée, j’ai fait un bac éco.
Olivier M. 05:49
– D’accord, oui.
Kevin B. 05:50
– L’algorithmie, ce n’était pas mon truc.
Olivier M. 05:53
– Oui, je comprends.
Kevin B. 05:53
– Du code, et puis, je ne sais pas. il y a quelques années, j’ai voué une passion pour apprendre à coder, d’un seul coup ça s’est débloqué.
Olivier M. 06:00
– Ça arrive à tout le monde mais en tout cas effectivement on va repasser par ce parcours là, c’est intéressant de voir qu’effectivement c’est souvent des pas les uns après les autres qui nous amènent au chemin qu’on est aujourd’hui et effectivement une question que j’avais c’était que ton chemin c’est aussi basé sur l’expérience que tu as eu tu me disais que c’est à partir de 6 ans Merci. que du coup, tu as perdu la vue ou en tout cas une partie ? Parce que tu me l’as teasé tout à l’heure. Donc, c’est la curiosité que j’avais. C’est de savoir, est-ce qu’effectivement, tu as vécu une perte de ta vie où tu voyais des choses ou pas ? Je comprends que oui, mais peut-être qu’il y aura plus de détails avec ton explication.
Kevin B. 06:39
– Alors, moi, quand je suis né, je ne voyais pas de l’œil droit de base.
Olivier M. 06:41
– Donc.
Kevin B. 06:41
– Je ne voyais que de l’œil gauche. Et puis, à l’âge de 6 ans, j’ai eu un décollement de rétine qui a fait que j’ai perdu la vue. Bon, j’ai eu la chance d’avoir une famille assez proche. qui tout de suite m’a soutenu dans l’apprentissage et de se dire, bon, il faut avancer. Il faut qu’on avance. Et donc, très vite, j’ai été mis à apprendre le braille.
Olivier M. 06:59
– OK. Donc, très vite, c’est genre immédiatement. Ah oui.
Kevin B. 07:02
– Très, très vite. Je pense que j’ai perdu la vie, c’était en mars. Et dès juillet-août, on s’est mis à apprendre le braille.
Olivier M. 07:08
– Et quand tu dis on, c’est qu’il n’y avait pas que toi. Ah oui.
Kevin B. 07:10
– J’ai ma mère qui s’est mise aussi à apprendre le braille avec moi pour me former. Et puis, l’avantage d’avoir vu avant, c’est que je sais à quoi correspond telle ou telle couleur. Si aujourd’hui, même on me parle d’un carré, d’une voiture, d’un bateau, je peux te le dessiner. Je sais comment ça se représente. Je pense qu’une personne qui n’a jamais vu, elle va voir, mais d’une autre manière.
Olivier M. 07:34
– Potentiellement, il va falloir lui faire sentir d’abord et peut-être le représenter. Oui.
Kevin B. 07:38
– Alors ça va être plutôt aussi des émotions, des sensations, je pense, qui vont lui permettre de se le représenter mentalement. Moi, en tout cas, ça m’aide et au quotidien, ça m’aide pour quand j’échange moi avec mes collègues qui me parlent, par exemple, à me décrire un écran. Je sais quand on me dit, écoute, tu as un petit bandeau en haut à gauche, tu as une petite icône en forme de flèche. Je sais à quoi ça correspond.
Olivier M. 08:01
– D’accord, donc en fait, c’est un avantage d’avoir pu voir dans le passé.
Kevin B. 08:04
– C’est marrant, c’est que je vois comme un enfant parce que je pense que mes souvenirs, mes souvenirs. Mais c’est vrai que quand j’imagine les informations, qu’après je me les représente mentalement. C’est un peu comme un dessin animé. Non, mais c’est vrai en plus.
Olivier M. 08:16
– Tu vois le soleil avec les rayons. Oui, c’est ça.
Kevin B. 08:18
– Oui, non, mais vrai. Mais vraiment, et les couleurs très vifs. Le rouge, c’est le rouge vif, le bleu très vif, un peu comme ce qu’on a dans les dessins, très pastel. Je n’ai pas la nuance de bleu. Je sais ce que c’est le bleu ciel et le bleu foncé, mais…
Olivier M. 08:31
– Mais quand tu te les représentes, c’est uniforme. Oui.
Kevin B. 08:34
– C’est ça.
Olivier M. 08:34
– Et ça, tu penses que c’est basé sur quoi ? Sur les souvenirs qui te restent ?
Kevin B. 08:39
– Oui, je pense. Je pense que c’est mes souvenirs qui me restent.
Olivier M. 08:42
– Mais ça veut dire que tu es obligé à chaque fois de forcer une image mentale à chaque fois qu’on te parle pour naviguer ce qu’on te raconte.
Kevin B. 08:48
– C’est ça. Mais par exemple, tu me donnes une couleur, le bordeaux. Je pense que quand j’étais plus jeune, je n’ai pas dû associer cette couleur. Ce mot, cette couleur, je n’arrive pas à me la représenter, le bordeaux.
Olivier M. 08:58
– Et si on te la décrit ? En fait, c’est dur parce que du coup…
Kevin B. 09:02
– On m’a dit que c’est un peu noir, rouge, non ? rouge noir.
Olivier M. 09:06
– Bordeaux il me semble qu’il y a une notion un peu de violet dedans ouais ouais après ce qui est marrant c’est que même les gens qui voient tu sais ils sont pas d’accord sur les couleurs qu’ils voient le débat le débat tu vois mais en tout cas c’est intéressant de voir qu’effectivement ton expérience qui fait que tu as vu pendant une période de ta vie te permet d’avoir cette capacité d’interaction aussi avec les personnes aujourd’hui de ton quotidien avec lesquelles tu peux vraiment échanger concevoir potentiellement. Est-ce que tu penses que tu serais en mesure de faire ton métier si tu n’avais pas vu avant ?
Kevin B. 09:40
– Je pense que le fait d’être en situation de handicap et d’être confronté à cette problématique quotidienne de l’accessibilité, je n’ai pas l’occasion d’en parler, mais l’accessibilité, il faut savoir que nous, quand on est en situation de handicap et en l’occurrence non voyant, on a des outils adaptés, donc une synthèse vocale, c’est un logiciel. qui va me vocaliser tout ce qui s’affiche à l’écran.
Olivier M. 10:00
– Donc, c’est quelque chose que tu portes sur toi ? C’est quelque chose qui… Non.
Kevin B. 10:03
– Qui est installé directement sur mon PC ou sur mon smartphone. Sauf que pour que cet outil adapté puisse fonctionner, il faut que les sites web et les applications mobiles aient été pensés et codés de manière accessible. Et donc, souvent, on peut avoir disposé de ces outils adaptés, sauf que parfois, on a des sites web, des sites de e-commerce, par exemple, qui ne marchent pas. La petite case à cocher qu’on ne peut pas… acceptés pour valider le panier d’achat. Parfois, on a des images qui ne sont pas décrites. Donc, la synthèse vocale ne va pas pouvoir les interpréter. Donc, plein de petits exemples comme ça qui font que le numérique, oui, c’est un formidable moyen de devenir plus autonome quand on a son handicap. Et en même temps, ça peut être parfois un obstacle majeur parce qu’il suffit que le site web ne soit pas correctement pensé. Eh bien, on est totalement bloqué. Et donc, oui, par rapport à ta question, Peut-être que si je n’avais pas été confronté à cette problématique de l’accessibilité au quotidien, sans doute que je n’aurais pas fait ce job. Et moi, j’ai plein d’amis qui sont non-voyants, qui ont la compétence pour travailler, qui ont eu des entreprises, qui étaient prêtes à les recruter. Mais pour des questions d’accessibilité, par exemple, un intranet, un projet de ciel qui ne marche pas, ne pouvait pas malheureusement faire le métier pour lequel il s’était projeté.
Olivier M. 11:21
– Projeté, oui. Et justement, si on refait ton parcours. Il y a vraiment cette curiosité que j’ai sur tous ces mécanismes de compensation que tu évoquais, que tu as appris, découvert et puis fait progresser, parce que le numérique est arrivé un peu plus tard, je pense. Donc, tu as appris le braille. Le braille, c’est une manière de pouvoir lire des choses, avoir accès à l’information de manière plus autonome. Quels sont les autres mécanismes que tu as dû apprendre ? Est-ce que tu as des expériences que tu peux nous raconter justement sur l’apprentissage de ces mécanismes-là ?
Kevin B. 11:54
– Alors, moi, ce qu’il faut savoir, c’est que j’ai connu à la fois le milieu spécialisé et le milieu ordinaire pendant mon cursus scolaire. Quand je parlais de l’apprentissage du braille, c’est-à-dire que mes trois années de primaire, j’étais en milieu spécialisé en CLIS. Donc, on était une petite classe de 7 où vraiment, on a un cursus scolaire classique avec le programme classique. Mais on a en plus des cours pour pallier notre handicap. Donc, ça peut par exemple être la dactylographie. Donc, je ne sais pas, par exemple, sur le F et le J, tu as des petits traits. Je ne sais pas si tu as remarqué ou sur le chiffre 5. Donc, tu positionnes tes doigts et après, le principe de la cartographie avec des raccourcis, tu vas pouvoir naviguer sur ton ordinateur et remplacer ainsi la souris.
Olivier M. 12:34
– Mais c’est des éléments qui sont présents partout ?
Kevin B. 12:37
– Partout. C’est standard. Sur le F et le J, tu as des petits traits. C’est pour poser les doigts.
Olivier M. 12:43
– Oui, d’accord. OK. C’est ça. Et dans ces classes spécialisées, c’était que des personnes avec un handicap ?
Kevin B. 12:50
– Déficient visuel, oui.
Olivier M. 12:50
– Déficient visuel, ok. Donc.
Kevin B. 12:51
– C’est vraiment… Non voyant et mal voyant.
Olivier M. 12:54
– Ok, donc tu as les deux. Ok. Comme ça, au moins, il y a une sorte de thème commun qui vous permet aussi de pouvoir avoir peut-être des cours, des choses comme ça. Oui, c’est ça.
Kevin B. 13:04
– Alors, on a ça. Après, on est dans une école classique. On était dans une école classique. Il y avait juste une classe qui était spécifique pour cela. Et puis, on a notre enseignant qui va adapter le cours, par exemple, en faisant, par exemple, la géographie, nous apprendre les montagnes et les bassifs montagneux. Il va nous faire des maquettes en terre cuite, par exemple. pour qu’on puisse se représenter telle ou telle carte. On va avoir des cartes en relief, des cartes de France avec de la feutrine, par exemple. Et puis, on va avoir aussi des cours de la vie quotidienne. Par exemple, apprendre à faire ses lacets pour être autonome dans la vie de tous les jours. Donc, on va avoir tout cet aspect-là. Comment aussi s’approprier son handicap, ça c’est important. Et puis, au fur et à mesure, j’ai été, on peut dire, on dit le terme intégré, en milieu ordinaire, progressivement.
Olivier M. 13:48
– Mais tu me disais que tu étais déjà en milieu ordinaire.
Kevin B. 13:50
– J’étais en milieu ordinaire dans un établissement, mais j’avais une classe spécialisée.
Olivier M. 13:55
– D’accord. Mais du coup, tu étais isolé au sens où tu étais dans la classe spécialisée.
Kevin B. 13:58
– C’est ça.
Olivier M. 13:59
– Mais du coup, tu interagissais quand même déjà. Oui.
Kevin B. 14:01
– Dans la récréation, etc. avec les élèves.
Olivier M. 14:03
– D’accord.
Kevin B. 14:04
– Et puis, au fur et à mesure des années, progressivement, pour le français, pour l’histoire, pour les maths, etc., tu intègres une classe classique.
Olivier M. 14:13
– D’accord. Donc, quand tu étais en classe spécialisée, tu me disais, c’était plutôt vers quel âge ?
Kevin B. 14:17
– Ouais, si de l’âge de 6 ans à 10 ans.
Olivier M. 14:21
– Ok, donc c’est la partie primaire quoi.
Kevin B. 14:22
– Ouais, primaire. Et puis après.
Olivier M. 14:23
– À partir du collège, grosso modo, tu es…
Kevin B. 14:26
– Milieu ordinaire. Alors, je me rappelle le 6e pas évident parce qu’il fallait changer de salle. Ouais, effectivement. Pas une salle qui est attitrée. J’avais l’ordinateur, j’avais alors un outil que je pouvais brancher à mon ordinateur, c’est une plage braille. C’était pas forcément le plus ergonomique possible. On parlait de changement. Les premiers mois, c’était pas le plus simple.
Olivier M. 14:45
– Puis il faut trouver sa place. Et puis.
Kevin B. 14:49
– Fin de sixième, on m’a mis dans les mains un nouvel outil, un genre de bloc-notes qui est assez compact, qui faisait à la fois ordinateur et à la fois qui gérait le braille. En fait, c’était marrant, c’est que c’était tellement compact, un peu comme un headbook, donc beaucoup plus facile. Même en termes d’autonomie de la batterie, il pouvait durer 10 heures. Ça veut dire que je n’étais pas obligé avec mon PC portable qui ne durait que 3 heures de me mettre à côté d’une prise. Ça veut dire qu’à côté d’une prise, souvent tu es soit tout devant, soit tout derrière. Tu ne peux pas te mettre à côté de ton pote, de ton camarade de classe. Donc, le fait d’avoir eu cet outil qui était beaucoup plus autonome me permet d’être plus autonome aussi. Et la preuve ? J’avais un AESH, donc un auxiliaire, une personne qui pouvait m’aider en classe pour, par exemple, lire ce qu’écrivait le professeur.
Olivier M. 15:36
– Donc, une personne physique qui était avec toi.
Kevin B. 15:38
– C’était une personne tierce, tout à fait. Et elle m’accompagnait dans toutes les matières en sixième. Et puis, grâce à cet outil, elle ne m’accompagnait en cinquième que sur les maths, la physique et l’ASVT, les matières scientifiques.
Olivier M. 15:51
– Ah, d’accord.
Kevin B. 15:51
– Sur toutes les autres matières, par la suite, j’étais autonome. Pourquoi ? Parce que finalement, le professeur, l’enseignant, qui n’était pas… sensibilisé au handicap. J’avais juste à finalement mettre les cours sur une clé USB, me les transmettre, je le mettais sur mon moteur adapté et puis hop, tout de suite, j’avais accès aux cours comme tout le monde.
Olivier M. 16:08
– D’accord. Et toi, tu as senti la différence entre le passage de la classe spécialisée à être intégré, comme tu le disais, dans un contexte plus ordinaire ?
Kevin B. 16:19
– Non, parce que ça s’est fait progressivement en plus. Ça s’est fait progressivement. Dès les dernières années de primaire CM1, CM2, on m’avait intégré déjà en français. Donc, ça s’est fait un peu progressivement, en fait. Donc, non, je n’ai pas été perturbé. Et puis, une fois que tu as acquis, entre guillemets, tes petits process au collège, etc. Après, ça roule, quoi. Enfin, je veux dire, tu sais que le début d’année, il faut sensibiliser les professeurs.
Olivier M. 16:42
– Oui, c’est ça. Mais ça veut dire que même les professeurs qui sont dans l’établissement dans lequel tu étais, qui savent que tu vas être intégré, n’ont pas toujours, on va dire, les bases.
Kevin B. 16:51
– Oui, bien sûr. C’est notre rôle, en fait. Et c’est peut-être là la difficulté, parce qu’en tant qu’élève, Tschüss ! sort de ton rôle d’élève pour, entre guillemets, les rassurer. Parce que parfois, ils ont peur. Les rassurer sur ton handicap. Ils ont peur de quoi ? Ils ont peur de ne pas réussir, de ne pas savoir faire, de comment faire. Donc, il faut leur dire, mais ne vous inquiétez pas, on va y aller progressivement. Oui, ensemble, on va y aller. Progressivement ensemble. Et puis, je connais mon handicap, donc je sais ce que j’ai besoin. Donc, on acquiert des petits souvenirs. Alors, parfois, on a des petites résistances. Ça n’arrive que des professeurs m’envoient le cours à 23h pour le lendemain. On a oublié ou tu as appris ton cours et le lendemain, tu arrives pour le contrôle. Et puis, on dit, je ne vais pas l’énoncer. Tu reviendras demain. Ah oui.
Olivier M. 17:32
– D’accord. Mais du coup, effectivement, pour les examens, comment ça se passe ? C’est-à-dire qu’il faut qu’ils les envoient ?
Kevin B. 17:37
– Non, en fait, ils pouvaient me mettre sur clé USB et puis en instantané. Mais il fallait qu’eux, en amont, il y ait un petit travail quand même sur le support. Par exemple, s’il y avait des schémas, il faut les décrire.
Olivier M. 17:46
– Ah oui, forcément.
Kevin B. 17:47
– Il faut les décrire. Donc, il y a un petit travail quand même en amont de leur côté pour adapter le support pour que je puisse l’utiliser. Et puis, on avait un backup, on avait un service support qui pouvait aussi accompagner les enseignants pour les sensibiliser et pour adapter les cours. Mais ça dépend aussi de la volonté de l’enseignant.
Olivier M. 18:03
– Oui, c’est un peu comme tout. Mais c’est vrai que ce que j’entends, c’est qu’il y a vraiment une dimension responsabilisante très rapidement.
Kevin B. 18:11
– Oui, très vite en fait. Comme je dis, des fois, tu n’as pas le choix.
Olivier M. 18:15
– Oui, effectivement.
Kevin B. 18:16
– Tu le fais parce que sinon, tu le fais et puis tu t’adaptes, tu acquiers des automatismes. Tu essaies d’anticiper un max, en fait. Tu calcules tout le temps. Et tu vas, enfin, j’aurai l’occasion d’en reparler, mais dans la vie de tous les jours aujourd’hui, chaque action, je vais l’anticiper en disant je dois préparer un trajet pour aller d’un point A à un point B. Il faut que j’anticipe. Quel transport en commun je peux prendre ? Est-ce que je vais passer, par exemple, par Châtelet, qui n’est pas la station la plus simple ?
Olivier M. 18:41
– Est-ce que je vais peut-être la contourner ?
Kevin B. 18:43
– La contourner, peut-être que je vais prendre le bus. Le GPS me dit que c’est plus long, mais l’avantage dans le GPS, c’est que je m’assois dedans. sur le siège et je n’ai pas de changement. Et je me rapproche de tel ou tel endroit. Donc, c’est de l’anticipation. Il va pleuvoir. Donc, peut-être que mon ressenti au niveau de Louis ne va pas être le même. Parce que le bruit des voitures, donc, ça va aussi impacter.
Olivier M. 19:03
– Une sorte de charge mentale presque supplémentaire qui est permanente, quoi.
Kevin B. 19:07
– Ouais, alors, je pense qu’en fait, tu t’habitues à force. Moi, je me rappelle, tu vois, au collège, quand je te parlais, on était en milieu classique, mais j’avais quand même des cours de locomotion. Donc, en fait, c’est ça. En fait, c’est des cours pour te former à te déplacer. Donc tout à l’heure, je te parlais de préparation de trajet, ça, ce n’est pas inné.
Olivier M. 19:23
– Ah, mais tu dis de locomotion au sens, là, c’était dans les classes spécialisées.
Kevin B. 19:26
– Oui, mais même on avait un service qui continuait à nous dispenser quand même des cours un peu adaptés pour la vie quotidienne et pour le déplacement. Et je me rappelle à l’époque, quand j’étais ado, ce n’était pas évident de rester, par exemple, devant un carrefour qu’on doit traverser, de l’analyser. En plus, il faut l’analyser à l’oreille. Donc dans cette phase d’analyse, des fois, tu pouvais rester 10 minutes, 20 minutes devant le passage piéton. Il faut analyser le nombre de branches. d’essayer d’identifier à l’oreille s’il y a des feux. Si c’est un carrefour sans feu, le démarrage des voitures, de comprendre la logique du carrefour.
Olivier M. 19:57
– Je vois que c’est quand même complexe.
Kevin B. 19:58
– Et ça, c’est des complexes parce qu’en plus, tu as ça, puis en plus, tu as tes études. En plus, tu as les enseignants avec lesquels il faut sensibiliser, former, anticiper, dire j’ai un examen la semaine prochaine. Est-ce qu’il m’a donné, m’a envoyé tous les supports ? Ah, il ne m’a pas envoyé le support, donc je vais peut-être voir avec un pote pour qu’il me fasse un scan de son support pour que je puisse anticiper.
Olivier M. 20:18
– Ouais il y a déjà le travail à faire en lui-même qui prend du temps mais en plus toi tu avais de la préparation supplémentaire, de la logistique supplémentaire quoi Ouais et ta forme hein.
Kevin B. 20:27
– Parce qu’aujourd’hui t’as tellement pendant tes études en fait acquis ces automatismes qu’une fois que t’es dans la vie de tous les jours, ta vie adulte.
Olivier M. 20:35
– T’acquiers les mêmes Ce qui est sûr c’est qu’un gros avantage que tu as en le vivant toi-même c’est que maintenant côté accessibilité, il y a des choses qui sont évidentes pour toi Oui Merci. qu’il faut mettre en œuvre. Et effectivement, quand tu me les évoques, je me dis effectivement, je n’aurais pas pensé à, parce que du coup, quand tu n’es pas confronté à la problématique et que tu n’es pas sensibilisé à la problématique, tu ne te rends pas compte.
Kevin B. 20:56
– Tout à fait. Tout à l’heure, une des premières questions, c’était qu’est-ce que tu as appris aussi ? Tu vois, le fait de travailler avec les autres. Et en fait, tu comprends vite aussi que quand on est en situation de handicap, alors tu as des outils qui permettent de le compenser, mais parfois, tu as aussi des limites. Tu te rends compte très vite des limites. Je suis toujours en échange avec l’enseignante qui m’a appris le braille.
Olivier M. 21:15
– Ça date du coup alors ?
Kevin B. 21:15
– Ah oui, ça date. C’est marrant. On échange régulièrement. Et c’est vrai qu’elle me dit, elle me dit, mais Annie, je crois que c’était dès la sixième, elle dit, la question que je lui avais posée, ça l’avait un peu marqué, c’était que je ne pourrais pas conduire. Peut-être qu’avant, quand j’étais plus jeune, je ne me rendais pas compte que je ne pouvais pas conduire une voiture parce que j’étais non-voyant. Donc, tu te rends compte en fait des limites et donc tu prends conscience et après, tu essaies de trouver des alternatives. Alors bon, la conduite, ce ne sera pas possible. Ce n’est pas tout de suite que les voitures autonomes plus tard, mais…
Olivier M. 21:43
– Peut-être.
Kevin B. 21:44
– Mais en tout cas, tu vois l’exemple de faire un PowerPoint, je peux te faire le texte. Par contre, m’occuper de la mise en forme, je ne pourrais pas te le faire.
Olivier M. 21:52
– C’est plus complexe. C’est plus compliqué.
Kevin B. 21:53
– Donc là, c’est un travail à mener. Par exemple, ça va être un travail de groupe, un travail de groupe qu’on va devoir faire pour un exposé. Par exemple, je vais aller voir mes camarades. Alors, tiens, je m’occupe de rassembler tes infos. Je m’occupe de ta partie pour le texte. Moi, je fais ma partie textuelle. Par contre, est-ce que tu t’occupe de présenter mes slides ? Comme ça, on se partage le travail. On essaye aussi de trouver des petits des ajustements pour pas qu’ils n’ont plus un déséquilibre. C’est aussi important ça d’aider, de savoir demander de l’aide, de savoir comment la demander parce que souvent les gens ne savent pas comment aider et jusqu’où l’aide doit s’arrêter.
Olivier M. 22:28
– Ça c’est un élément qui est extrêmement important que tu évoques parce qu’effectivement le fait de demander de l’aide de manière explicite est déjà un exercice qui n’est pas évident non voyant ou pas non voyant d’ailleurs pour n’importe qui. Et un truc que je trouve extrêmement important dans ce que tu évoques aussi, c’est comment est-ce que je n’impose pas mes contraintes aux autres et que j’ai une conversation avec eux, parce que bien évidemment il y a des choses qui vont être plus difficiles pour toi à faire, mais du coup il y a une conscience quand même du fait que c’est une contrainte et ça je trouve que c’est extrêmement important de l’évoquer parce que du coup, même entre guillemets en n’ayant pas de handicap, il y a plein de gens qui imposent leurs propres contraintes aux autres et c’est ce qui crée plein de friction.
Kevin B. 23:03
– C’est hyper important de se poser la question et puis est-ce que ma demande Deux. comme tu dis, être une contrainte. Et comment je peux aussi l’alléger ? Comment je peux essayer de la rendre intéressante stratégiquement aussi ?
Olivier M. 23:16
– Oui, tout à fait.
Kevin B. 23:17
– Pour la personne aussi.
Olivier M. 23:18
– Et ça, c’est quelque chose que tu as développé toi-même, cette conscience-là ? Ou est-ce que c’est des choses qu’on t’avait apprises ?
Kevin B. 23:25
– Alors, d’abord, la demande d’aide, savoir comment l’expliquer. Ça, tout à l’heure, je te parlais des cours de locomotion. Par exemple, ça fait partie également du programme de savoir, par exemple, demander une information. Donc, par exemple, arrêter un passant, lui dire, écoutez, excusez-moi, J’ai analysé sur le carrefour ou sur mon trottoir. Je pense qu’il y a des travaux. Est-ce que vous pouvez me le confirmer ? Et peut-être qu’il va me confirmer une information. Et puis peut-être que parfois, le carrefour, je ne vais pas pouvoir l’entendre parce qu’il va y avoir un masquage auditif. Donc, des travaux à proximité, ce qui fait que le traverser à l’oreille va être dangereux pour moi. Et donc là, c’est important d’analyser, d’évaluer la situation pour après arrêter un passant. Lui dire, excusez-moi, vous pouvez m’aider à traverser cette rue. Donc bien lui indiquer de quelle rue on souhaite traverser, parce que parfois il ne va pas savoir. Souvent il va dire je fais comment, donc parfois il va te prendre par l’épaule. Et donc là tout de suite lui expliquer, ne vous inquiétez pas, je prends votre bras. Et de le rassurer, donc il y a tout un travail auquel on est formé pour savoir expliciter notre demande d’aide et rassurer la personne sur comment elle doit nous aider. Donc déjà c’est la première étape et puis cette prise de conscience. Ça, je pense que ça se fait au fur et à mesure. Tu le sens avec les gens. Moi, j’ai envie d’être traité comme tout le monde. Et ça, c’est important. Je prends un exemple très concret. Récemment, j’avais pris une canette au travail et puis je ne savais pas où était la poubelle. Souvent, le collègue, je posais la question, où est la poubelle ? Il va dire, tiens, je te la prends et je vais te la mettre. Et je dis, non, t’inquiète, c’est gentil. Est-ce que tu peux me montrer où se situe la poubelle pour que je sache pour les prochaines fois ?
Olivier M. 24:58
– Oui, ça, c’est des exemples pour montrer que, effectivement, c’est important pour toi, à un instant T, aussi, de savoir où aller. Sachant que, même pour les gens qui seront voyants, des fois, trouver les poubelles, ce n’est pas évident. Surtout maintenant où tout se recycle, je ne sais quoi, où on veut limiter les poubelles ou je ne sais pas. Des fois, c’est un peu un bordel, mais effectivement, je comprends.
Kevin B. 25:16
– Mais c’est ça, c’est des petits z comme ça. Et puis, des fois, le fait de, par exemple, dans mon métier, par exemple, il faut analyser les maquettes. Et les maquettes, c’est des images, souvent.
Olivier M. 25:25
– Oui, effectivement.
Kevin B. 25:26
– Et donc, moi, ma synthèse vocale ne peut pas lire les images. Alors maintenant, avec l’IA, on peut commencer à faire des choses intéressantes.
Olivier M. 25:32
– On va en parler, parce qu’effectivement, je pense que ça change pas mal d’éléments.
Kevin B. 25:34
– Mais c’est vrai que parfois, j’ai été amené à travailler avec d’autres collègues pour qu’ils me décrivent finalement la maquette. Et en fait, le fait de le faire… eux, les aider. Parce que le fait de me décrire la maquette textuelle et moi, en n’ayant pas accès au visuel, je n’étais pas influencé par le côté graphique, le côté UI. Et en fait, je ne posais que des questions fonctionnelles.
Olivier M. 25:58
– Oui, donc forcément, tu te focalises sur le besoin, ce qu’on a tendance à oublier quand on est noyé par la solution.
Kevin B. 26:03
– C’est ça.
Olivier M. 26:04
– Et effectivement, je te rejoins. C’est un sujet qui est extrêmement intéressant, la notion d’explicitation. C’est-à-dire que dans mon métier, en tout cas, qui navigue dans le monde des relations, vu qu’on veut aller très vite, on utilise beaucoup de raccourcis, donc on dit moins de trucs. En supposant qu’en ne disant pas les trucs, en essayant de les injecter, tu sais, d’une manière implicite, les gens vont comprendre. Et en fait, souvent, ça amène à incompréhension, à conflits qui n’étaient pas nécessaires, etc. Donc je trouve que c’est extrêmement important. les contraintes finalement. de ne pas voir quelque chose, ça force à expliquer et expliciter les choses. Et c’est ce qui t’aide à retoucher aussi l’essence de ce qu’on cherche à faire. Tout à fait.
Kevin B. 26:48
– Et puis, même que je puisse poser les questions. Pareil, ça, j’ai été formé après le collège. J’ai intégré par la suite l’Institut National de Jeunes Aveugles. Donc, en fait, j’ai par la suite enchaîné sur un lycée, mais en milieu spécialisé. Parce que, comme j’expliquais au collège, je faisais mon job d’élève, mais je faisais plus.
Olivier M. 27:02
– Pour le job d’élève, oui, c’est ça.
Kevin B. 27:04
– Et donc, je voulais, entre guillemets, pendant ces trois années de lycée, me concentrer vraiment sur la partie le bac. Et donc, je suis reparti en milieu spécialisé sur Paris. Donc, j’étais interne à l’époque. Et donc, pour le bac, on a des examens avec des schémas. Tout à l’heure, j’étais en économie. Donc, en plus, on avait beaucoup de graphie, de diagramme, etc. Et donc, là, en fait, vous avez 4 heures d’épreuve. En plus, c’est le tiers temps, parce qu’on a un temps supplémentaire. Ça peut monter jusqu’à 5 heures. Donc, ça va très vite. On peut avoir une vingt-dizaine, quinzaine de documents à analyser. Donc, ça peut être compliqué. pendant l’examen, un secrétaire qui est là pour… Une personne ? Ouais, une personne.
Olivier M. 27:39
– Avec chaque personne ?
Kevin B. 27:40
– Ouais. Alors, si on exprime le besoin, mais moi, ça faisait partie des aménagements qu’ils avaient mis en place. Avoir ce type de matériel que j’utilise au quotidien, plus une personne pour soit écrire ce que j’ai besoin de noter, par exemple, si c’est des questions, des quiz, etc., des QCM. Et puis, au cas où, s’il y a besoin de me faire la lecture de tel ou tel document et du schéma. Sauf que là, typiquement, avec ma prof d’économie… on avait mis tout en place une méthodologie pour savoir poser les bonnes questions, pour aller droit à l’essentiel. Ok, sur le schéma, qu’est-ce que vous voyez ? Combien de courbes ? Pour que comme ça, moi, dans ma tête, je puisse me faire cette représentation mentale.
Olivier M. 28:14
– C’est extraordinaire comme sujet parce que dans mon domaine, typiquement, je fais un exercice des équipes où il y a des personnes qui doivent représenter un dessin et du coup, au début, on les sépare. Et tu as des gens qui voient le dessin, qui doivent juste faire l’instruction. Et du coup, l’instruction se balade et va vers des dessinateurs, si tu veux, qui doivent la représenter. Ce qui, grosso modo, est exactement ce que tu décris. Et on voit à quel point c’est difficile de décrire quelque chose. Parce que du coup, il y a les mots que toi, tu utilises, qui sont représentatifs de ce que tu vois. Et les gens qui reçoivent, qui des fois ont un sens totalement différent du mot que tu as utilisé.
Kevin B. 28:50
– Oui.
Olivier M. 28:50
– Et puis c’est là où on se rend compte que des fois, vertical, horizontal, c’est pas toujours facile pour tout le monde. Mais est-ce que derrière, on vous a aidé à… soit être précis sur les mots, soit avoir cette capacité à non seulement décrire les choses ou à les expliciter. Ou est-ce que ça vient juste de toi et de ta compétence ?
Kevin B. 29:08
– Ça dépend. Et puis ça va être du cas par corps parce qu’en plus, moi, ça m’aide parce que j’ai vu avant en fait. Donc, si on parle d’horizontal, vertical, je vais réussir à le faire. Et puis même parfois, ce qui va être peut-être un peu différent pour des personnes qui n’ont peut-être jamais vu, mais si je n’ai pas compris, je vais faire peut-être le dessin sur la table. Si on me dit vertical, tiens, c’est ça, horizontal, un carré, tac, tac.
Olivier M. 29:29
– Il est en train de faire des dessins sur la table, effectivement, avec sa main.
Kevin B. 29:35
– Ça me permet en plus de compartimenter les étapes dans ma tête. Donc en fait, j’ai toujours un peu ces automations d’ancien voyant.
Olivier M. 29:42
– C’est marrant. C’est-à-dire que même si ta vie là est plus longue en tant que non-voyant que ta partie non-voyante, il y a quand même tout ce qui s’est ancré pendant les six premières années de ta vie qui sont là.
Kevin B. 29:53
– Oui, ma prof spécialisée me le disait. On était deux non-voyants pendant le collège. Et souvent, ma prof spécialisée m’expliquait, disait que la manière dont elle pouvait nous former, notamment sur les questions des mathématiques, pouvait être différente. Ma camarade de classe qui était non-voyante était beaucoup dans la mémorisation, dans le par-cœur, etc. Et dans le texte. Moi, j’avais besoin à chaque fois d’avoir des choses en relief.
Olivier M. 30:13
– Des choses en relief, c’est marrant.
Kevin B. 30:15
– Du relief. Et je pense que je gardais mes automatismes de voyant pour m’aider à mieux assimiler, à mieux raisonner sur telle ou telle notion.
Olivier M. 30:22
– Ouais, je comprends. Et du coup, tu sens ces aptitudes au niveau de tes sens qui se sont développés. C’est-à-dire qu’à la fois, Louis, le toucher, je ne me rends pas compte si le goût a changé ou j’en sais rien, mais on entend souvent ce truc-là. Ouais.
Kevin B. 30:35
– Alors le sixième sens.
Olivier M. 30:38
– La sentinelle.
Kevin B. 30:39
– D’art de ville.
Olivier M. 30:42
– Mais on ne dira pas que c’est toi.
Kevin B. 30:45
– Alors, comme je l’ai expliqué, en fait, ça s’apprend, ça s’acquiert en fait. Au fur et à mesure, ce n’est pas inné. et puis c’est pas automatique moi par exemple j’ai des amis qui sont non voyants qui ont l’oreille absolue moi je l’ai pas du tout j’ai fait de la musique mes parents ils m’ont dit tiens tu vas faire forcément c’est un peu le stéréotype mais mais si t’es non voyant tu vas faire du piano ah que j’ai pas du tout aimé puis j’étais pas moi reconnaître une note je sais pas j’arrive pas vraiment je comprends j’arrive pas je suis pas du tout sensible peut-être à cette question du son autant que j’ai des personnes non voyantes qui sur les questions sur la musique pour eux ça va être hyper important Merci. Donc, en fait, ce n’est pas inné. Et pour autant, ça se travaille. Ça se travaille. C’est une compétence, tu veux dire. Oui, c’est une compétence qui s’acquiert au fur et à mesure. Par exemple, tout à l’heure, je te parlais de la glaucomotion, toujours. On nous apprend à développer le sens des masses. Le sens des masses, c’est une conjugaison entre l’ouïe, le toucher. Et en fait, c’est quand tu claques des doigts, tu arrives à entendre avec l’écho, à la proxité du mur.
Olivier M. 31:44
– En gros, c’est comme les chauves-souris, quoi.
Kevin B. 31:46
– Oui, un petit peu comme ça. Alors, il y en a d’autres qui vont claquer avec la langue. mais ça te permet avec la langue ouais ah ok d’accord ça j’arrive pas à le faire là j’arrive pas à savoir où se situe le mur d’accord mais d’autres donc au bruit et puis parfois tu peux longer un mur toi je sais que là le mur derrière moi je peux le sentir à peu près la distance ouais ouais tu peux le sentir à proximité la sensation c’est un peu comme si que quelqu’un te regarde ok donc t’as toujours l’impression que des gens te regardent oui mais je sais pas c’est compliqué à expliquer mais c’est tu arrives à sentir qu’il y a quelque chose donc une masse Et donc moi ça m’aide par exemple Quand je longe un pâté de maison avec ma canne Et bien je vais pas forcément Longer avec la canne En tapant avec la canne le long du mur Je vais le frôler en fait Je vais marcher parallèlement Et je vais le sentir qu’on est parallèle l’un à l’autre D’accord mais du coup tu vas faire des pas chassés ? Non non Parallèle là Non mais parallèle tu vas longer le mur mais parallèlement en fait Ok d’accord C’est assez dingue ça veut dire que vraiment Bon déjà il faut réussir à claquer les doigts.
Olivier M. 32:46
– Ce qui est déjà une première compétence à part entière. Mais c’est vrai qu’on vous apprend du coup vraiment à… C’est une compétence, cette capacité à sentir la masse. Mais du coup, au travers du son.
Kevin B. 32:57
– Au travers du son. Et parfois, c’est quand tu longes ce mur, tu entends les bruits environnants. La voiture se répercuter sur le bruit du mur. Tu sens si tu es dans un environnement fermé. Si tu as un toit au-dessus de toi, etc. Si tu as un poteau qui est à proximité. Si tu es concentré. Alors quand tu es concentré, tu peux sentir… Il y a un truc à côté. Alors, c’est marrant parce que c’est quand tu vas le chercher que tu vas te le prendre.
Olivier M. 33:23
– Ça m’est déjà arrivé en étant petit. Je me souviens que le poteau, il m’a bien arrêté. En tout cas, c’est lui qui a gagné.
Kevin B. 33:30
– Mais c’est des choses qui, au fur et à mesure, ça se fait. Et je pense que je suis plus sensible aujourd’hui en tant qu’adulte parce que, tu parlais de cette charge mentale, tu peux la compartimenter. Aujourd’hui, ce n’est même plus une charge mentale. Le fait d’analyser un carrefour, le fait de… coordonner la canne, parce qu’en plus, tu as la canne blanche à coordonner selon ta marche. Donc, tout ça, maintenant, ça coule de source. Tu n’as plus besoin d’y réfléchir.
Olivier M. 33:52
– Il y a un automatisme qui s’est mis en œuvre.
Kevin B. 33:54
– C’est ça.
Olivier M. 33:55
– Effectivement, c’est impressionnant, ce genre de compétences que l’on développe. C’est pour ça que je reviens sur ce que tu disais autour de le handicap crée l’innovation. Moi, c’est vrai que j’utilise plutôt le terme contrainte, parce que du coup, c’est plus général, c’est-à-dire au sens le handicap est une contrainte, mais en fait, si on crée des contraintes, ça force. à trouver des chemins différents.
Kevin B. 34:15
– En fait, c’est la situation qui crée. Si demain, j’éteins la lumière, c’est toi qui es en situation de handicap, ce n’est pas moi.
Olivier M. 34:20
– Oui, tout à fait.
Kevin B. 34:21
– C’est pour ça que je parle le contraire à toi. C’est pour ça, c’est la situation. Mais si par exemple, je sais que j’avais vu ça, souvent on me parle, quand tu es en situation de handicap, j’ai pu vivre un petit peu ce que tu vis parce que je suis allé dans un restaurant dans le noir.
Olivier M. 34:35
– Oui, ok.
Kevin B. 34:35
– Je ne sais pas si tu as déjà entendu parler de ce type d’animation. Et du coup, qu’est-ce qu’on te dit alors ? J’ai été sensibilisé. Alors déjà, pour utiliser ce type d’action pour sensibiliser, Ça dépend dans quel contexte. Parce que je dis, mais une fois que tu es sorti de ce repas… Qu’est-ce que tu t’es dit ? Ah, c’est compliqué. Bon, déjà, la sensibilisation, elle n’est pas bonne. Parce que si tu dis que c’est compliqué, si demain, tu es RH et que tu es amené à avoir un candidat sans handicap, tu vas tout de suite te dire, ah, c’est compliqué. Mais en fait, moi, j’avais déjà animé ce type d’événement. Je leur ai dit, mais ce qui est important, c’est de savoir comment tu pallies le fait que tu ne vois pas. Par exemple, quand tu te sers de l’eau, tu peux, avec le pichet, écouter le bruit de l’eau qui coule dans ton verre ou même au poids. Donc, tu peux apprendre à te servir de l’eau. tout seul. Donc en fait, l’intérêt, c’est de montrer les techniques qui permettent de compenser le handicap et ainsi devenir plus autonome.
Olivier M. 35:22
– C’est vrai que, effectivement, soit on regarde la situation toujours de notre propre référentiel, et auquel cas, effectivement, on peut avoir l’impression que c’est plus difficile, plutôt que d’essayer d’apprendre en se mettant dans le nouveau référentiel, en se disant, si j’étais dans cette situation dans mon quotidien, qu’est-ce que je pourrais mettre en œuvre pour quand même continuer à avoir, on va dire, une vie sur laquelle je suis autonome.
Kevin B. 35:44
– Absolument. Et puis moi, je connais des non-voyants qui n’ont jamais vu. Tu leur demanderais est-ce que tu souhaiterais revoir ? Ils te disent non. Parce qu’on a appris à vivre comme ça. Mais moi, aujourd’hui, je ne sais même pas si je te dirais oui tout de suite. Parce que j’ai appris à vivre comme ça. Ça veut dire qu’il faut que je réapprenne tout. Tu mettrais une bouteille de coca, alors je sais que, je ne sais pas si c’est toujours, il y a toujours une étiquette rouge.
Olivier M. 36:00
– En tout cas, j’ai l’impression.
Kevin B. 36:02
– Ah non, ça va encore. Mais tu vois, il y a des choses qu’il faudrait que je touche. Parce que je n’aurais peut-être pas associé la bonne image.
Olivier M. 36:09
– Surtout quand les gens décident de changer au dernier moment par une lubie… marketing, tu sais.
Kevin B. 36:14
– C’est ça. Non, mais tu vois, à l’époque, quand j’avais l’âge de 6 ans, les sites web et les applis mobiles n’étaient pas encore très développés. La notion d’icône avec la souris, le survol de la souris avec le hover. Non, mais ça, pour moi, je ne sais pas ce que c’est. Demain, je reverrai. Il faudrait que je réapprenne à utiliser cette souris parce que je ne sais pas comment l’utiliser.
Olivier M. 36:35
– Oui, je comprends.
Kevin B. 36:35
– Tu vois ? Donc, en fait, ça dépend.
Olivier M. 36:37
– C’est vrai que je trouve ça intéressant de ce que tu évoques en tant que… d’expérimenter au travers de nos yeux à nous, tu vois, ce que des non-voyants peuvent vivre, et ça peut être le cas dans n’importe quelle autre situation d’ailleurs, si j’entends pas ou si j’ai pas de bras, enfin je suppose, si je l’ai côté touché. Et c’est vrai que je trouve que c’est difficile, effectivement, vraiment de se mettre de l’autre côté et de rester à un endroit et de se challenger lorsque tu sais que tu peux faire autrement.
Kevin B. 37:05
– Bien sûr.
Olivier M. 37:07
– Mais par contre, c’est extrêmement important, au sens même empathique du terme, pas sympathique, tu vois, mais vraiment empathique du terme pour comprendre à quoi ressemble le contexte et la situation des autres, pour aussi réussir à apprendre des choses, parce que sinon, en fait, on reste coincé chez nous. Je trouve, en tout cas, c’est vraiment ce que tu apportes dans ton discours et que je trouve brillant dans ce sens-là, c’est que c’est quelque chose de positif. C’est-à-dire qu’on pourrait se dire, voilà, on va dire la plupart des gens fonctionnent de telle ou telle manière, et du coup, c’est comme ça que la vie devrait être. En fait, on se rend bien compte qu’il y a de la diversité dans la manière de vivre les choses et qu’on n’est pas forcément moins… heureux. Absolument.
Kevin B. 37:44
– Alors, tout n’est pas simple. Comme on est sur une société qui est quand même basée beaucoup sur l’image, parfois c’est compliqué. Mais bon, après on essaye de trouver des automatismes et parfois on a des limites. Mais oui, en tout cas, on arrive au fur et à mesure à être heureux. Comme je vais te dire, tous les matins, j’ai le smile.
Olivier M. 38:03
– En tout cas, tu l’as. Là, en face de moi. Et au contraire, je trouve que c’est quelque chose qui se partage.
Kevin B. 38:08
– Ouais, je… Et puis avec mon handicap, je peux faire mon métier, tu vois, mon métier qui est vraiment une passion, de pouvoir travailler avec les différents corps de métier. En plus, je suis directement impacté par le sujet, donc directement concerné.
Olivier M. 38:23
– C’est pour ça que je trouve que c’est un gros avantage. Mais justement, vu que tu l’évoques, qu’est-ce qui t’a amené à faire ce que tu fais ? Parce que du coup, on a fait tout ce parcours-là, on a fait, on va dire, école spécialisée. Donc tu disais même, tu es retourné avant le bac. C’est quoi le trou entre ce moment-là ? Et ton arrivée dans ton poste actuel ?
Kevin B. 38:42
– Après, l’école spécialisée était sur Paris, au lycée. J’ai fait une année de droit, ça ne m’a pas trop plu. Mais en fait, cette année, ça a été un peu une forme d’année de césure. Parce qu’en fait, là, je prenais mon indépendance. C’est vrai qu’au milieu spécialisé, j’étais interne, mais là, c’était vraiment mon indépendance. J’avais mon appart sur Paris. Et puis, je mettais en application vraiment tout ce que j’avais appris de la vie quotidienne.
Olivier M. 39:03
– Oui, je comprends.
Kevin B. 39:04
– Donc, faire ses cours, etc. Donc, c’est toute une phase d’apprentissage. Donc, ça m’a beaucoup aidé. Puis, j’ai fait beaucoup de rencontres dans le tissu associatif. Et puis, j’avais même un ami tout à l’heure où ça m’a beaucoup, je pense, interpellé parce qu’il voulait faire la radio. Donc, il est non voyant, il veut faire la radio. Donc, il avait la compétence. Ça faisait depuis des années qu’il travaillait sur le sujet de la radio, qu’il a fait de la radio associative, qu’il s’exprime très bien, qu’il avait fait une école de radio. Et pour des questions d’accessibilité, il n’a pas pu y travailler parce que… quand tu es animateur de radio dans la plupart des studios, tu dois t’occuper de l’animation, mais tu dois également t’auto-réaliser avec une console.
Olivier M. 39:43
– Ah, ok.
Kevin B. 39:44
– Et l’autoréalisation, en tout cas, tu n’as pas de système de vocalisation sur les systèmes de console. En tout cas, pas partout.
Olivier M. 39:51
– C’est-à-dire que là, techniquement, en tout cas, c’était une contrainte forte. Oui.
Kevin B. 39:55
– Ça a été compliqué. Et dans le tissu associatif, j’ai fait beaucoup de rencontres et j’ai vu beaucoup de personnes nouvelles diplômées qui avaient la compétence, qui se débrouillaient, qui étaient autonomes, qui s’étaient quand même sacrément battues parce que, au milieu scolaire, il y a quand même du travail pour en arriver là, et qui arrivaient sur les questions d’emploi. étaient confrontés à cette problématique de l’accessibilité. Donc ça m’a beaucoup interpellé. Entre temps, j’ai fait une école de commerce, après mes années de droit, où j’ai pu faire mon cursus en alternance. Et donc j’ai travaillé en tant que chargé de mission dans une fédération d’entreprises, le Club Handicap et Compétences, où c’est une trentaine d’entreprises qui ont décidé de se rassembler, de dire, bon, voilà, nous, on souhaite trouver des solutions pour répondre aux problématiques d’insertion. et de maintien dans l’emploi des personnes handicapées. Et donc moi, j’avais pour mission d’animer la vie de l’association. Et c’est vrai que quand j’échangeais avec les responsables handicap, je parlais de cette problématique de l’accessibilité. Ils avaient en interne des collaborateurs, on a un collaborateur qui est tombé non-voyant, on a acheté le logiciel de vocalisation, mais ça ne marche toujours pas, comment on fait ?
Olivier M. 41:00
– Donc la solution facile ou en tout cas courante ne suffit plus ? C’est ça.
Kevin B. 41:05
– On fait comment ? Parce que les progiciels ne sont pas correctement compatibles. Moi, j’étais amené à faire des tests, mais à l’époque, je ne savais pas coder. Donc, je pouvais dire que ça ne marche pas, mais je n’avais pas expliqué pourquoi. Et donc, à l’issue de mon école de commerce, à l’issue de mon cursus, on me dit qu’est-ce que je fais ? Est-ce que je continue dans les ressources humaines ? Et après, j’ai dit non, il faut que j’apprenne à coder.
Olivier M. 41:27
– Ça veut dire que tu as senti non seulement un potentiel et un besoin, et tu n’as pas hésité à essayer d’y répondre.
Kevin B. 41:34
– Et d’ailleurs, les gens… J’aime beaucoup parler, j’aime beaucoup le commerce, j’aime beaucoup le monde de la start-up. On me disait, tu vas aller partir dans du code. Puis à l’époque, c’était la caricature du geek. Le geek, la pizza, le coca, enfermé dans sa chambre.
Olivier M. 41:49
– La barbe et tout.
Kevin B. 41:50
– Je sais que j’avais la famille, mes amis qui me disaient, mais t’es sûr ? Mais t’es sûr ? Et je dis, non, on va y aller. Et puis j’ai trouvé une école pour apprendre à coder. Une école spécialisée qui forme des non-voyants au codage.
Olivier M. 42:01
– Ok, mais c’était nécessaire ou pas ? Oui.
Kevin B. 42:03
– Parce que j’ai essayé de me rapprocher. Alors, mon école de commerce, c’était un milieu classique. Mais le milieu spécialisé, pourquoi repartir là-bas ? Parce que, en fait…
Olivier M. 42:12
– Parce que t’as enlevé une charge mentale. Oui, c’est ça.
Kevin B. 42:14
– La charge mentale. Et puis là, je ne connaissais vraiment pas du tout ce domaine, le code. Et puis, il y a besoin de matériel bien spécialisé, des plages bright qui coûtent relativement cher.
Olivier M. 42:22
– Oui, c’est pour ça aussi.
Kevin B. 42:23
– Et puis, j’avais des écoles qui étaient prêtes à me prendre, ordinaires. Mais elles me disent, il faut que vous nous formiez.
Olivier M. 42:30
– Oui, mais après, même tout le matériel, peut-être, c’est toi qui devais l’acheter. C’est ça.
Kevin B. 42:35
– Alors, on aurait pu faire trouver des financements, mais c’était compliqué. Donc, j’ai fait deux ans. Et puis, en fait, le fait d’avoir fait d’alternance et retourné en cursus initial. Donc là, j’étais vraiment full formation. En fait, comme j’avais connu le monde pro, je pouvais cibler les questions à mon formateur, mais dans une logique vraiment opérationnelle.
Olivier M. 42:51
– Oui, d’accord.
Kevin B. 42:52
– Et comme j’avais un projet, mon projet, c’était vraiment devenir expert accessibilité numérique.
Olivier M. 42:57
– Donc ça s’est construit en fait vraiment quasiment dès le départ, cet objectif sur l’accessibilité. Et du coup, le fait de rentrer un peu plus dans le code, ça te permet de mieux comprendre quels sont les moyens pour y accéder.
Kevin B. 43:09
– Et puis de parler des solutions. C’est-à-dire que là, j’ai la partie test que je pouvais faire avant, donc tester avec mes outils. Et puis ensuite, tout de suite aller dans la solution pour tout être à la solution. Et puis, je suis resté en contact avec cette fédération d’entreprises. ouais on est resté en Bonne relation. Et on m’a proposé de faire un diodé. Je ne sais pas si tu sais ce que c’est.
Olivier M. 43:29
– Non, ça ne me dit rien.
Kevin B. 43:29
– En fait, c’est une journée, vie ma vie, d’une personne en handicap. Donc, tu vas passer dans une entreprise. Et donc, on m’a proposé de le faire avec le…
Olivier M. 43:37
– C’est toi qui vas passer dans une entreprise ? C’est ça.
Kevin B. 43:39
– Non, c’est moi qui vais passer une journée aux côtés d’un professionnel du monde de l’entreprise.
Olivier M. 43:43
– OK, d’accord.
Kevin B. 43:44
– Et on m’a proposé de le faire avec le directeur général de la filiale d’ingénierie de la déco. Et je me souviens d’ailleurs, on en reparle des fois, quand je le croise, il me dit… Il me sort cette phrase, la performance économique vient avec la performance sociale. Et je dis, ça tombe bien, les sites web et les applications qu’on développe pour nos clients ne sont peut-être pas accessibles. Il y a peut-être un truc à faire. Et de fil en aiguille, il m’a proposé par la suite de poursuivre mon cursus de développement en alternance chez lui et par la suite en CDI.
Olivier M. 44:13
– Mais sur ce sujet de l’accessibilité.
Kevin B. 44:16
– On a créé une offre tout autour de l’accessibilité pour accompagner des clients sur ces sujets. Et c’est là après que parmi… J’avais le client TF1 qui a voulu pérenniser la démarche d’accessibilité. Et trois ans après mon CDI, j’ai basculé côté client chez TF1 en tant que référent accessibilité. Et aujourd’hui, très heureux.
Olivier M. 44:39
– Tu t’éclates.
Kevin B. 44:40
– C’est un kiff.
Olivier M. 44:41
– Mais c’est vrai que ce que j’entends, c’est qu’il y a une sorte de… Alors, j’interprète comme ça, donc tu me diras, mais il y a un peu une mission qui s’est révélée à toi, non seulement parce que tu as été touché par le sujet, et puis ensuite, tu as vu le potentiel des solutions que tu pouvais toucher du doigt. Tu te formes, puis ensuite, parce que tu as la tchatche et que tu aimes bien papoter avec les gens, j’ai l’impression en tout cas, tu réussis à frayer ton chemin et convaincre que finalement, c’est quelque chose qui a non seulement du sens soit pour les personnes en situation de handicap, mais également pour l’entreprise.
Kevin B. 45:15
– Oui, c’est convaincre. Et je pense qu’aujourd’hui, si je devais faire un bilan, ce que j’aime dans mon job, c’est le fait de voir les équipes s’approprier le sujet eux-mêmes et de devenir autonomes sur le sujet et d’être ambassadeurs même. C’est même encore plus kiffant. Alors, bien évidemment, je suis content quand j’ai une interface qui est accessible. Donc, en tant que non-voyant, je dis, ça marche, je suis trop content. Je suis trop content. Mais quand je vois les équipes, des fois, je suis dans l’open space. chez mon casque et puis j’écoute. Et puis je vois les équipes tester avec les outils eux-mêmes, avec leur système de vocalisation, dire « Ah mais non, il faut qu’on fasse comme ça ! » ou me pinguer sur Slack en disant « Tiens Kevin, regarde, on a fait un carousel qui est totalement accessible, regarde, ça marche ! » Et là, c’est encore plus, tu dis « Ah ! On a réussi à passer un step ! .
Olivier M. 45:57
– Oui, ça veut dire que c’est vraiment des personnes qui ont compris ce que ça voulait dire, mais je pense que quoi qu’il arrive, et c’est là où il y a une grande valeur dans ton positionnement, c’est que ce ne sera jamais pareil que pour une personne qui vit la chose. Ou toi, tu vas pouvoir naturellement dire en fait, il y a ce truc-là, oui, ça a l’air de marcher, mais en fait, ce n’est pas suffisant pour telle ou telle raison.
Kevin B. 46:16
– Alors, ça dépend parce qu’après, quand on est… Toi, tout à l’heure, on parlait de maîtrise des outils adaptés. C’est un apprentissage. Donc, parfois, on peut être en situation de handicap et pas forcément être à l’aise avec ces outils adaptés. Donc, pas forcément être en capacité, si tu veux, de faire un bon feedback. Donc, il faut faire attention de se dire que ce n’est pas parce qu’on est en situation de handicap qu’on est le plus à même. D’ailleurs, d’être expert en accessibilité, il ne faut pas qu’on fasse ce raccourci. Par contre, en termes d’usage, évidemment qu’il faut des tests utilisateurs et il faut s’adresser également à des utilisateurs qui sont moins à l’aise avec les outils pour récupérer leur feedback, pour penser des parcours qui soient le plus simple pour eux. en fait. Oui.
Olivier M. 46:52
– Effectivement. Moi, je pensais surtout à la partie usage au sens utilisateur. Oui, bien sûr. L’usage, je suis d’accord. Autant que ce soit les personnes qui le vivent, qui te le disent. Après, effectivement, c’est intéressant de se dire et je pense que c’est un peu dans cette direction que j’aimerais aller aussi, c’est… Du coup… Comment est-ce que tu sais, toi, qu’un site est accessible ?
Kevin B. 47:10
– D’abord, on a des référentiels. Il faut savoir que l’accessibilité, c’est aussi des obligations légales. Il y a tout un volet réglementaire auquel sont assujettis les entreprises privées, les organisations publiques. Et on a également des standards. En France, on a le RG2A qui regroupe un certain nombre de règles. Donc, on a des règles fonctionnelles, graphiques qui s’appliquent aux designers. On a des règles plutôt côté développement. Donc, pour apprendre à coder accessible, pour faire en sorte que ma synthèse vocale, par exemple, puisse être compatible. Et ensuite, on a des règles même éditoriales pour permettre, par exemple, au webmaster de publier accessible ou un community manager. Quand il poste sur Facebook une publication, par exemple, il décrit correctement telle ou telle image.
Olivier M. 47:53
– Quand tu dis coder accessible, c’est quoi la nuance du coup ? Coder accessible, en fait.
Kevin B. 47:58
– C’est que tu dois produire un code avec toute une sémantique, des attributs, des balises. qui permettent à la synthèse vocale de correctement interpréter ton site.
Olivier M. 48:08
– Ok, donc c’est-à-dire qu’effectivement, il y a une nuance au sens, il y a peut-être des informations supplémentaires à mettre qui vont être captées par les différents outils ?
Kevin B. 48:15
– C’est ça, absolument. Et puis même, par exemple, tu vas imaginer un parcours. Tout à l’heure, on parlait du survol de la souris. Donc, tu vas afficher des informations au survol. Il faut qu’également, ça soit accessible au clavier. Parce que si tu te déplaces avec les flèches ou tu te déplaces avec la touche tab, il faut que tu aies également le même niveau d’information que les utilisateurs qui utilisent la souris. Et c’est important. Alors là, on a beaucoup parlé du handicap visuel, mais l’accessibilité, c’est tous les handicaps. L’avantage de ces référentiels, c’est qu’on touche le handicap, tout ce qui est dyslexie, le handicap moteur. Une personne qui a un handicap moteur ne va peut-être pas utiliser la souris, elle va peut-être utiliser un logiciel de high tracking ou elle va peut-être utiliser un petit joystick, par exemple, pour se déplacer. Donc en fait, le fait de se reposer sur ces référentiels, Ça nous permet d’atteindre la conformité et donc de répondre à la réglementation. Et puis, à contrario, de pouvoir prendre en compte l’ensemble des besoins. Alors, ce n’est pas parce que ton site est conforme qu’il sera forcément simple à utiliser, parce que tu peux avoir un site hyper complexe, bien conforme, mais une galère à prendre en main, donc à bien dissocier de l’usage. Mais en tout cas, c’est déjà une bonne base pour déjà avoir un site qui fonctionne à peu près pour l’ensemble des utilisateurs.
Olivier M. 49:30
– Et donc… Toi, en tant que référent accessibilité, ton rôle, c’est quoi ?
Kevin B. 49:35
– Alors, c’est de faire vivre la démarche auprès des équipes, de les sensibiliser, de les former. La sensibilisation aujourd’hui, moi je vois chez TF1, on a passé un step parce que cette prise de conscience, ils l’ont maintenant. C’est maintenant, il faut passer. La plupart des organisations maintenant en parlent de plus en plus. Je sais que quand j’ai quitté mon lycée en 2014, là ils parlaient de sensibilisation. Parce que les gens ne savaient pas encore qu’une personne non-voyante pouvait utiliser un PC. Aujourd’hui on est vraiment dans la phase de formation, c’est comment on fait. Comment on fait pour faire une maquette accessible, comment on produit un code accessible. Donc là on est plutôt dans cette optique là. Donc, faire vivre la démarche, c’est mettre en place des workshops, des actions de formation, c’est créer des tickets. Donc, je vais analyser tel et tel élément. C’est également travailler avec nos cabinets de conseil qui nous auditent, parce qu’on a des audits par rapport à la réglementation.
Olivier M. 50:23
– Donc, toi, tu es la personne interne qui garantit, on va dire, au maximum… la cohérence d’ensemble, mais vous vous appuyez effectivement sur l’externe pour…
Kevin B. 50:32
– Pour réaliser les audits et puis même réfléchir ensemble, parce que parfois on a des composants qui sont plus compliqués à aménager des interfaces. Donc pour essayer de concilier à la fois ces questions de conformité et à la fois ces questions d’usage. Donc il y a toute une réflexion de conduite du changement à mener auprès des équipes, essayer de prioriser aussi tel ou tel ticket, puis c’est aussi d’insuffler ce mindset de l’accessible by design. Ça veut dire, comme j’aime dire, si on transposait l’accessibilité numérique à l’accessibilité éthique physique, mieux vaut prendre en compte l’accessibilité quand on dessine les plans.
Olivier M. 51:07
– Oui, que de l’ajouter.
Kevin B. 51:08
– Que de l’ajouter et de se dire, tiens, la maison est construite, il faut que je mette mon ascenseur, mes toilettes à mobilité réduite. Ah, oui, mais la maison est déjà construite. On fait comment ? C’est plus long, c’est plus coûteux. Donc, l’intérêt, c’est de petit à petit. Alors ça, ça se fait au fur et à mesure parce qu’encore une fois, on est beaucoup.
Olivier M. 51:23
– Le changement prend du temps, comme tu disais.
Kevin B. 51:24
– Prend du temps, et puis on est beaucoup. Et puis moi, je ne peux pas encore… L’intérêt, c’est aussi à terme que les équipes soient autonomes. Là, par exemple, j’ai travaillé assez… Ça fait un peu plus de deux ans que je suis chez TF1, sur le web et le mobile. Si demain, je travaille sur l’accessibilité de TF1+, sur TV et ses box, il faut que les équipes sur web et mobile continuent la démarche.
Olivier M. 51:42
– Oui, effectivement, il ne faut pas que tu sois la personne qui fait que…
Kevin B. 51:45
– Donc, il y a tout un travail avec les équipes. Et puis, moi, j’aime beaucoup, c’est valoriser celles et ceux qui sortent de leur zone de confort.
Olivier M. 51:51
– Oui.
Kevin B. 51:52
– Moi je… toutes les petites équipes, j’ai des petits ambassadeurs, mais qu’on ne va pas nommer officiellement. On ne va pas leur dire, tu seras le responsable de l’accessibilité QA. C’est finalement une personne que je vois qui a un intérêt un peu plus, auquel forcément je vais un peu plus travailler avec lui parce que j’ai les tickets à prioriser. Et puis le fait de le… Moi j’aime beaucoup, c’est important de le remercier. On y pense peu, mais c’est important. Moi j’ai souvent cette fameuse phrase que j’entendais ici et là, dans des organisations autres, où on dit personne n’est indispensable. Oui, alors ça dépend. C’est quand on n’est plus là qu’on se dit « Ah, elle faisait ça ? .
Olivier M. 52:24
– Oui, effectivement. C’est bizarre, cette personne, il faut la remplacer par deux ou trois, quatre personnes.
Kevin B. 52:28
– Oui, c’est ça. Donc, c’est important aussi de prendre conscience de l’apport de telle ou telle personne et puis de la valoriser. Et le fait, en fait, que cette personne va prendre ces initiatives, ses pairs de son même équipe vont s’y mettre, en fait, progressivement. Moi, je vois des collègues qui ont travaillé sur l’accès et puis d’autres, ils voient que leurs collègues travaillent dessus. Et j’ai eu des collègues, maintenant, qui forment d’autres collègues.
Olivier M. 52:49
– D’accord. tu n’as plus besoin d’être là.
Kevin B. 52:51
– Je suis trop content. Alors là, pour moi, j’ai un collègue qui est en QA et puis on a eu deux nouveaux arrivants et puis je rencontre, je discute avec lui, je lui dis, non, je lui ai montré.
Olivier M. 53:00
– Ça veut dire qu’il y a quand même quelque chose qui est passé au-delà de l’obligation légale, au-delà de la contrainte de ton rôle, c’est qu’il y a un automatisme qui s’est créé, qui devient plus naturel pour eux de se dire, en fait, c’est comme ça qu’il faut qu’on le fasse de manière à ce que ce soit… cohérents pour le public qu’on veut toucher et pour bien faire notre job.
Kevin B. 53:19
– Absolument. Et c’est même eux, des fois, je me rappelle c’était avec TF1 Info, où je leur ai fait des retours. Et alors, des fois, t’as le retour un peu conformité, parce qu’il faut avancer et puis t’as le retour usage. Toi, donc, tu dis, bon allez, on va faire déjà le premier lot 1 conformité, et ensuite on va le lot 2 usage pour peaufiner par la suite. Et en fait, c’est eux qui m’ont mis un stop en disant mais attends Kevin, on a testé d’un point de vue usage. Alors, ok, là c’est intéressant, mais c’est pas forcément simple à utiliser. Et c’est même eux qui, de plus en plus, sont demandeurs pour aller au-delà des questions de conformité et de s’inscrire dans une logique d’utilisabilité. Et là, quand tu touches ça, et même quand on échange sur un parcours design, où parfois, ce n’est pas un problème. Alors, on va identifier un problème d’accessibilité, mais ce n’est pas un problème d’accès, c’est un problème de conception en lui-même. Et en fait, c’est même eux qui disent, mais attends, Kevin, je ne vais pas dire au designer, entre guillemets, tu as mal pensé, parce que lui, il a ses contraintes business, il a son design, etc. Mais je veux que ce soit lui qui, de lui-même, se dise, mais attends. Ce que j’ai fait, ce n’est pas un problème d’accessibilité, c’est en fait un problème pour tous mes utilisateurs. Parce que finalement, l’accessibilité, c’est essentiel pour certains, mais ça profite à tous. Et donc, c’est là, en fait, j’essaye petit à petit, en fait, il ne faut pas être pressé, mais c’est important. C’est important, en fait, de ne pas être pressé. Alors, c’est important de donner, surtout dans ce type de démarche, parce qu’on peut vite se disperser, se donner des jalons, des objectifs. Évidemment, il y a des résultats très importants sur ces sujets. Mais c’est important de dire que, aussi, la personne prend le temps de digérer l’information et d’elle-même, en fait, qu’elle prenne conscience. En fait, la manière dont j’ai pensé ce parcours, ce n’est pas de la bonne manière, en fait. Ce n’est pas un problème d’accessibilité, c’est juste parce que j’ai l’habitude de voir sur les autres sites ce type de besoin. Et donc, en fait, je duplique finalement le besoin et je ne le pense pas forcément usage pour l’utilisateur.
Olivier M. 55:02
– Et du coup, toi, à partir de là, avec déjà ces victoires que tu as pu avoir, aussi petites ou aussi grandes soient-elles, comment est-ce que tu vois ton futur à 2-3 ans ? C’est quoi qui te paraîtrait être vraiment la step d’après ?
Kevin B. 55:16
– C’est compliqué. Non, mais honnêtement, aujourd’hui, je suis tellement heureux.
Olivier M. 55:19
– C’est beau à voir en tout cas.
Kevin B. 55:21
– Je suis heureux. Donc, je ne sais pas, c’est compliqué.
Olivier M. 55:23
– Pas forcément toi au niveau de ta carrière, mais au sens de l’accessibilité. Moi.
Kevin B. 55:28
– Je veux que là où je suis chez TF1, que l’application soit le plus accessible possible et que je figure de modèle pour inciter d’autres organisations à s’inscrire dans cette démarche. Parce qu’aujourd’hui, force est de constater que faire ses courses, acheter tel ou tel quand c’est le Black Friday pour acheter quelque chose, c’est compliqué. Ça reste aujourd’hui, Il y a très, peu de sites aujourd’hui qui sont accessibles. C’est une galère.
Olivier M. 55:51
– C’est-à-dire qu’il y a quand même encore aujourd’hui un gros travail à faire.
Kevin B. 55:55
– Malheureusement. Donc oui, moi j’aimerais que ça fasse effet domino et que au travers de cet exemple de TF1, on dit que ça marche. Quand il y a une démarche, quand il y a une véritable démarche et une véritable volonté d’avancer, parce que c’est aussi une question d’envie. C’est vrai que j’ai la chance d’une direction qui a envie d’avancer sur ces sujets d’accessibilité de se dire que quand on initie ce type de dynamique, ça peut fonctionner et on peut avoir des résultats. Et que ça puisse faire effet domino à l’externe.
Olivier M. 56:19
– Oui, mais génial, génial. Merci en tout cas pour tous ces éléments qui sont à la fois éclairants et c’est beau de voir à la fois cette passion et cet enthousiasme que tu as dans ton quotidien et sur ce sujet-là. Est-ce qu’il y a un élément qu’on n’aurait pas évoqué ensemble qui te semblerait important à partager ou que tu aurais envie de partager ?
Kevin B. 56:37
– Non. Non.
Olivier M. 56:37
– Ça te paraît pas mal ? Non.
Kevin B. 56:38
– Non.
Olivier M. 56:39
– C’est déjà pas mal.
Kevin B. 56:39
– Oui, c’est déjà pas mal.
Olivier M. 56:40
– C’est déjà pas mal. Ce que je te propose du coup, c’est qu’on va basculer sur les petites cartes que je t’avais dit que j’avais préparées. Donc du coup, ce que je vais faire, c’est que je vais te les passer dans la main. Ce que je vais te proposer de faire, c’est d’en choisir une.
Kevin B. 56:54
– Et après, tu lis mon avenir.
Olivier M. 56:56
– Et effectivement, à peu de choses près, je vais lire ton avenir. En tout cas, je vais pouvoir te lire la question que tu vas avoir. Tiens, dans la main, il y en a un sympa paquet. Donc je te laisse en tirer une, peut-être que tu souhaites. Alors, entre plus d’argent et plus de temps, que préférerais-tu et pourquoi ?
Kevin B. 57:16
– C’est compliqué ça.
Olivier M. 57:17
– Je n’avais pas dit qu’elle serait facile.
Kevin B. 57:19
– Entre plus d’argent, que préférais-tu ?
Olivier M. 57:21
– Après, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse, encore une fois.
Kevin B. 57:23
– Le plus de temps, j’aime plus d’argent. Non, c’est surtout… Plus de temps et plus d’argent. Non, mais après, je ne sais pas comment… Moi, j’ai besoin d’être passionné. J’ai vraiment besoin d’être passionné. Si le sujet ne me fait pas vibrer, je ne sais pas si c’est le bon terme.
Olivier M. 57:38
– Oui, très bien.
Kevin B. 57:39
– J’aurais du mal à m’impliquer, je pense. Donc, que ce soit de l’argent ou du temps…
Olivier M. 57:43
– Tant qu’on te met sur un sujet qui te fait vibrer… Ah ouais, mais moi.
Kevin B. 57:46
– Je ne vais même pas compter. Je vais être concentré sur le sujet, quoi. Je ne vais faire que ça. Quand je kiffe, je ne vais pas regarder, en fait.
Olivier M. 57:52
– Donc, peu importe la ressource entre 10 mecs qu’on met à disposition, tant que toi, effectivement, et ce sujet qui te fait vibrer, aujourd’hui, c’est l’accessibilité.
Kevin B. 57:59
– Ouais, c’est pour d’autres choses.
Olivier M. 58:00
– Peut-être que demain, il y aura autre chose. Peut-être Connex, peut-être encore autre chose. C’est la chose qui permettra de te sentir heureux.
Kevin B. 58:06
– Ouais, c’est ça. Et l’échange, l’échange avec les gens.
Olivier M. 58:09
– Donc, c’est-à-dire qu’aujourd’hui, le fait que tu ne sois pas isolé… D’ailleurs, dans… ton écosystème. Donc toi, tu es référent accessibilité. Et du coup, est-ce que tu es seul ou est-ce que tu es dans un collectif ? Alors.
Kevin B. 58:19
– Je suis dans une équipe programme transverse qui est une équipe un peu de chef de projet qui intervient en mode gaule volant auprès des différentes équipes de manière transversale. Donc, j’ai voulu dans cette équipe et puis après, je suis amené finalement à travailler avec tout le monde en fait. Ouais, donc au final.
Olivier M. 58:34
– C’est au sens interactionnel du terme, ça touche.
Kevin B. 58:38
– J’ai pas de limite, donc tu peux discuter avec tout le monde Et même, j’ai gardé contact avec mes anciens collègues Où on par exemple Va se contacter sur quand on a de l’intelligence artificielle Qui arrive, on fait des tests ensemble On va se faire des soirées On va essayer de se trouver Se développer des solutions Tiens, ça peut marcher comme ça Tiens Kevin, mais toi qui vois pas, tu peux utiliser maintenant cette solution Ça va t’aider dans ton quotidien Et puis je vais me développer des petits outils qui vont me permettre de me changer la vie Donc en fait, je pense que Apprendre je trouve ça hyper intéressant, de prendre du recul. Parce que parfois, des fois ça m’arrive, des fois tu es en formation, tu le ressens en plus par rapport à ton audience. Est-ce que je l’ai bien abordé le sujet ? Des gens plus, moi qui est à l’oreille, je l’entends, le ton de la voix de la personne, est-ce que ça l’intéressait ? Est-ce que ça ne l’a pas intéressé ? Est-ce que je l’aurais dû l’aborder de cette manière-là ? Donc, c’est aussi intéressant d’en apprendre plus sur soi et de réinterroger, de dire peut-être que j’aurais dû faire de cette manière-là ou là, je n’ai pas été bon. Il faut que je retrouve une autre manière pour réamener le sujet d’un point de vue tactique.
Olivier M. 59:39
– Les autres, vous êtes beaucoup en apprendre sur nous.
Kevin B. 59:41
– Clairement. Donc, temps et argent, ce n’est pas le sujet, en fait.
Olivier M. 59:45
– C’est au contraire le sujet qui importe.
Kevin B. 59:48
– Oui, c’est ça.
Olivier M. 59:49
– C’est ce que j’entends. Et justement, tu l’as abordé parce qu’on l’avait abordé en off avant et on n’est pas revenu dessus. Mais tu parles du sujet de l’IA aujourd’hui. Qu’est-ce que l’IA t’a permis aujourd’hui et que tu ne pouvais pas faire avant ?
Kevin B. 1:00:02
– Déjà, par exemple, tu vois, il y a des solutions qui sont apparues, des applications qui intègrent l’IA qu’on peut télécharger sur notre smartphone pour, par exemple, reconnaître les couleurs.
Olivier M. 1:00:12
– OK, oui.
Kevin B. 1:00:13
– Donc, pour choisir ses vêtements, par exemple, pour prendre une photo, elle va nous le décrire.
Olivier M. 1:00:17
– De manière encore plus précise, finalement.
Kevin B. 1:00:19
– Et puis même, ce qui est intéressant, c’est que je vais pouvoir prendre une photo et puis elle va me générer une description. Et puis, je vais pouvoir ouvrir un chat pour lui poser des questions sur la description qu’il a générée.
Olivier M. 1:00:28
– Oui, effectivement. C’est-à-dire que par exemple, dans ton exemple du carrefour, tu pourrais très bien finalement, plutôt que de demander à quelqu’un, prendre des photos, interagir avec et puis tu aurais les infos, non ?
Kevin B. 1:00:37
– Absolument. C’est ça. C’est ça. Alors, je sais qu’ils ont commencé avec Meta à travailler sur ces sujets. La question, c’est savoir où on s’arrête. Et puis, pour ces questions de sécurité, je n’aurais pas encore confiance. Oui, je comprends. Je préfère déclencher ma traversée. avec quelqu’un avec et puis même avec ce que j’ai appris en locomotion mais par contre oui ça m’aide au quotidien et puis même aujourd’hui mon temps de développeur l’IA aujourd’hui ça m’aide à coder des solutions donc par exemple quand je vous parlais de solutions aujourd’hui qui n’étaient pas accessibles avec mes outils bah en fait maintenant je contourne le problème je me développe mes propres solutions l’autre jour j’avais un logiciel qui ne marchait plus j’avais fait une mise à jour c’était pour scanner oh là ça m’a saoulé j’ai dit c’est pas possible j’ai dit oh non ça marche pas Plus je dis, allez, on va aller sur Cloud Code, qui est une solution. J’ai dit, développe-moi une solution avec ce scanner pour que ça marche. Allez, en 10 minutes, ça marche. Et donc, j’ai contourné mon problème.
Olivier M. 1:01:35
– C’est vrai que c’est la capacité à pouvoir créer, comme tu le dis, qui est beaucoup plus facile.
Kevin B. 1:01:39
– Ah ouais.
Olivier M. 1:01:40
– Donc, ça a ses avantages et ses inconvénients, bien évidemment, quand on crée beaucoup vite. Mais en tout cas, au moins, ça te permet d’être plus autonome. lorsque tu es bloqué sur quelque chose.
Kevin B. 1:01:49
– Oui, c’est ça. Et puis, d’être toujours dans… Si tu as beaucoup d’idées, d’être beaucoup dans l’action, c’est-à-dire à chaque fois dire « Oh, vite, il faut que je crée ce projet. Ah, j’ai une idée. » Et donc, j’ai un fichier texte avec plein d’idées. Je dis « Tiens, il faut que je développe cette solution, ça va m’aider au quotidien. » Maintenant, en plus, il y a les agents IA qui sont sortis. Donc, en plus, ça me permet de gagner du temps dans ma démarche. Je dis « Tiens, il faut que je crée cet agent IA que je vais entraîner pour comme ça me mettre à disposition des équipes. » Non, moi, je trouve ça positif. Après, il ne faut pas dire que l’IA va tout faire. Et puis, c’est important. Moi, j’ai appris finalement à développer mes automatismes sans l’IA. L’IA, en fait, plus globalement, le numérique, c’est des instruments. Des instruments, par exemple, le GPS qui va me permettre de me donner les informations de mon itinéraire. L’IA qui pourrait même m’optimiser l’itinéraire. Finalement, c’est un peu comme un commandant de bord. C’est des instruments supplémentaires qui me permettent dans mon déplacement de faciliter mon déplacement. Mais si demain, je ne dispose pas de ces outils, je sais faire… Merci. Autrement, comme j’ai appris à l’époque, j’avais pas de smartphone, j’allais au guichet de l’ARATP et je demandais à la personne l’information où je peux aller sur les différents sites, me créer mon propre trajet.
Olivier M. 1:02:59
– Je pense que c’est important en tout cas de bien avoir en tête que finalement, c’est comme une canne en plus que l’on a. L’idée, c’est de garder son autonomie, même si ça nous facilite la vie.
Kevin B. 1:03:12
– Et dépendant. Enfin, moi, chaque fois que je dis, on a beaucoup des startups qui arrivent sur le marché, qui disent tiens, vous allez voir votre smartphone, vous allez voir, vous allez retrouver la vue parce que vous allez pouvoir vous déplacer avec des lunettes qui vont vous décrire tout ce qui est autour ou des cannes électroniques, etc. Et vous n’avez pas besoin d’être autonome à la base. Ça va vous rendre autonome de base en disposant de ces outils. Ouais, ouais. Mais si le téléphone n’a plus de batterie, on fait comment ?
Olivier M. 1:03:37
– On s’arrête.
Kevin B. 1:03:38
– On ne fait rien. Enfin, on fait comment ? Donc, l’autre jour, j’avais plus de batterie sur mon téléphone. J’étais bien content de retrouver mes petits automatismes de base que j’avais appris. Puis, j’ai réussi à rentrer chez moi tranquillement.
Olivier M. 1:03:48
– Je pense qu’effectivement, c’est important d’avoir à minima les bases pour s’en sortir lorsqu’on n’est pas outillé. Et puis ensuite, aussi de profiter, on va dire, de ce que nous apportent ces outils. Parce qu’on ne va pas non plus cracher dessus. C’est fait pour quelque chose. Moi.
Kevin B. 1:04:02
– J’adore.
Olivier M. 1:04:02
– Je pensais que c’était important quand même qu’on aborde ce sujet parce qu’on l’avait abordé en off juste avant. et C’est intéressant. Et du coup, je te vois manipuler les cartes. Effectivement, ce que je te propose, c’est même, tu vas m’en choisir deux. C’est parti. Je vais te lire les deux. Et puis, tu peux choisir la question à laquelle tu veux répondre.
Kevin B. 1:04:18
– Hop, je te les prends.
Olivier M. 1:04:20
– Alors, la première, c’est si tu pouvais avoir un super pouvoir. lequel serait-ce ? Et surtout, comment l’utiliserais-tu ? Donc ça, c’est la première. La deuxième, c’est raconte-moi la dernière fois où tu as fait quelque chose pour la première fois.
Kevin B. 1:04:37
– Ah oui, il y a un truc. Oui, parce qu’au-delà du numérique et de l’accessibilité, j’ai plein de passions. J’aime le sport. Donc c’est un petit rituel. Tous les jours, moi, j’ai un tapis de course. Donc c’est mon petit moment. Une fois que j’ai fait ma journée de travail, de me dépenser, de me vider la tête, de courir. Et puis, sinon, j’aime bien et c’est vrai que j’essaye de faire ça. Donc, répondre à la question de cuisiner et apprendre à faire des recettes un peu, des nouvelles recettes. Donc, le jour, j’ai appris à faire de la compote. Je voulais faire de la compote. Non, mais des trucs comme ça et faire des smoothies, des choses comme ça. Donc, j’étais content d’apprendre, en fait, de m’informer. Donc, je vais sur l’IAO où j’appelle des amis ou des proches et je leur dis, tiens, je veux faire ça. Et ça me détend, en fait.
Olivier M. 1:05:18
– Tu as fait de la compote la dernière fois. C’est ça, la première fois que tu fais de la compote. Oui.
Kevin B. 1:05:22
– C’est ça, la compote. Des fois, c’est d’apprendre une nouvelle recette, en fait. De me dire, tiens, ce week-end, je vais essayer de me faire un petit truc. Donc, ça me permet de déconnecter, de débrancher un peu. Parce que dans les idées, dans l’anticipation, de se dire, tiens, je vais faire ça.
Olivier M. 1:05:36
– Et ça nourrit bien ce que tu me décrivais depuis le départ, qui était la curiosité. C’est vraiment quelque chose qui semble être particulièrement fort chez toi.
Kevin B. 1:05:45
– Et puis aussi, content de soi. De faire quelque chose de toi-même. De toi-même, de dire je le fais tout seul. Non mais faire tout seul, déplucher correctement sa pomme, sa poire, son doigt, absolument, tout à fait. Dire voilà, j’ai fait ci, j’ai mis le niveau de dos suffisant. Donc c’est des petits trucs comme ça qu’on acquiert au fur et à mesure. Et on a une petite fierté personnelle. On se dit, ah j’ai réussi. J’ai réussi. Donc des petites choses un peu anodines.
Olivier M. 1:06:14
– Mais qui ont de l’importance quand même.
Kevin B. 1:06:15
– Ouais. Ouais, c’est con. Et puis, tu vas au marché. Donc, le marché, ça veut dire qu’il faut que je prenne mes automatismes pour aller dans le marché parce qu’il y a plein de plein de monde. Retrouver tel stand, tel stand à chaque semaine te crée tes repères.
Olivier M. 1:06:29
– Du coup, c’est vrai. Comment tu fais dans un marché pour retourner un stand, sachant que parfois, bon, généralement, ils sont aux mêmes endroits, mais tu as des stands où effectivement, ils parlent. Donc, du coup.
Kevin B. 1:06:39
– Peut-être que tu pourrais reconnaître.
Olivier M. 1:06:41
– Mais des fois, il y en a qui ne parlent pas.
Kevin B. 1:06:42
– Ah non, ils parlent moins. Il parle et il crie dans le marché. Donc, c’est mes repères.
Olivier M. 1:06:46
– Toi, ça va alors. Moi.
Kevin B. 1:06:47
– C’est mes repères. Et puis, je me mets dans un coin et j’écoute.
Olivier M. 1:06:50
– Mais du coup, cette notion de sens de la masse, quand tu as beaucoup de monde autour…
Kevin B. 1:06:55
– Là, ce n’est pas possible. Et puis, ta canne, tu ne balayes pas. Tu as ta canne en mode marcheur. Et tu ne balayes pas. Donc là, tu écoutes. Et en fait, j’ai un petit repère. Je sais que dans le marché, il y a un petit stand de canettes. C’est le seul stand de canettes. Parce que si tu dis stand banane, tu as plusieurs stands de bananes. Parce que l’objectif, c’est de trouver l’entrée. et de retrouver la même sortie. Parce qu’après, la sortie, pour après, le bon carrefour. On retrouve les process.
Olivier M. 1:07:17
– C’est important.
Kevin B. 1:07:19
– On retrouve le process. Et donc, je me suis noué d’amitié avec la personne des canettes et donc je dis, si tu vois que… Alors, normalement, je ne rate pas, mais ça peut arriver que parfois je le rate parce qu’il y a un flux de personnes. Je dis, n’hésite pas à me rater. Il s’appelle Samy. J’ai à m’arrêter. Et puis, c’est un petit automatique, on discute et puis ça me permet, moi, de dire, OK, je suis dans le cœur du marché et je sais qu’à droite, j’ai tel stand, dans l’autre, j’ai tel stand.
Olivier M. 1:07:43
– Au moins, tu retrouves ton chemin.
Kevin B. 1:07:44
– Je retrouve mon chemin. C’est des petites choses comme ça. On ne voit pas qu’il faut toujours anticiper. Donc, c’est des petites choses. J’étais content ces temps-ci. Je suis dans la période des fruits.
Olivier M. 1:07:57
– En tout cas, merci beaucoup pour toutes ces histoires, pour ta bonne humeur. Kevin, c’était très cool.
Kevin B. 1:08:02
– Avec plaisir, vraiment.
Olivier M. 1:08:03
– Et si des personnes, pour le coup, voudraient échanger avec toi, en savoir un peu plus, comment est-ce qu’elles peuvent te contacter ?
Kevin B. 1:08:10
– C’est sur LinkedIn.
Olivier M. 1:08:11
– Sur LinkedIn, directement.
Kevin B. 1:08:12
– Kevin Bustamante.
Olivier M. 1:08:13
– Donc moi, je mettrais quoi qu’il arrive tes coordonnées dans l’article et dans l’épisode. D’ailleurs, chose qui était vachement étonnante pour moi, de t’envoyer un mail la première fois. Mais effectivement, maintenant que tu nous as décrit tous les outils qui sont à ta disposition, tout fait sens. C’est vrai que ça m’avait fait bizarre au début de venir. Je vais écrire un mail.
Kevin B. 1:08:29
– Ça a été accessible. Tout est accessible.
Olivier M. 1:08:35
– En tout cas, merci encore et puis à très bientôt.
Kevin B. 1:08:38
– À bientôt.
Olivier M. 1:08:39
– Salut.